Je vis dans un appartement d’une trentaine de mètres carrés, juché au dernier étage d’un vieil immeuble, lui-même situé à équidistance de deux grands parcs municipaux. Un beau jour, malgré cette proximité avec le vert, qui constitue en soi un privilège quand on vit à Paris (je vois des arbres depuis la fenêtre de ma chambre), j’ai décidé que ça n’était pas assez.
Il y a dix ans, pris d’une frénésie lancée par ma consœur de BibliObs Amandine Schmitt (lisez-la), j’ai découvert les plantes d’intérieur, comme on se découvre un nouvel ami passé 30 ans. En se réjouissant à l’idée de le laisser saupoudrer notre existence de sa petite magie : créer de la disponibilité pour l’imprévu, modérer sensiblement la perception que l’on a du temps qui passe, élargir l’éventail lexical commun jusque-là.
Une dizaine de plantes sont donc arrivées chez moi en l’espace de deux mois. Certaines sont encore là, d’autres sont mortes. De nouvelles ont été acquises entre-temps. Je ne connais pas leurs noms à l’exception du pilea qui, avec ses longues tiges et ses grandes feuilles rondes qui sont comme un feu d’artifice – ou sa faculté à pousser dans à peu près n’importe quoi –, me rend très joyeux. De fait, j’ai un problème inhérent au fait de résider dans une grande ville et de ne pas être millionnaire : je manque de place.
Car si l’on peut acheter des jeux vidéo (une autre passion) dans des versions dématérialisées, vous concevrez qu’il est plus compliqué de lâcher ses économies dans les jardineries, sans finir par perdre de l’espace au sol.
Une impasse dont je m’extraie de manière tout à fait rationnelle (quoique) : en jouant à des jeux vidéo de simulation d’aménagement de l’espace. A défaut de pouvoir faire de mon appartement une jungle, j’ai quelque part dans des clouds une multitude de maisons et de villes virtuelles, où prospèrent les plantes et autres espaces verts. Raison pour laquelle je risque de me ruer au cinéma dans les jours qui viennent, pour voir « Silent Friend », de la Hongroise Ildikó Enyedi. La seule présence reliant tous les personnages de son film, qui s’étire sur cent vingt années et se déroule dans une petite ville universitaire d’Allemagne, est le ginkgo biloba d’un jardin botanique. Pour lire ce que mon confrère Nicolas Schaller en a pensé, et voir la bande-annonce ? C’est par ici.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire