«Mets tes pas dans mes pas, Simon.» Plus de trois mois après, les mots de Michel, le grand-père guidant l’enfant dans la neige sur les traces fantasmées du grand tétras, résonnent encore. Dans le Chant des forêts, film doublement césarisé sorti en décembre, et devenu, avec 1,3 million d’entrées, le plus gros succès d’un documentaire en salles depuis Demain, Vincent Munier célèbre la transmission familiale de l’amour pour le monde sauvage, autant que le bel oiseau noir quasiment disparu des Vosges.
Pendant des années, son père a passé d’innombrables nuits à l’affût pour observer le plus gros gallinacé d’Europe. Le naturaliste a entraîné son fils dans ses virées sous les sapins et, aujourd’hui, tous deux initient Simon, douze ans, au langage des bois et de leurs habitants à pattes et à bec. Mais le «coq de bruyère», emporté notamment par le changement climatique, se meurt en France. Il ne survit plus guère que dans les Pyrénées et le Jura.
Dans le documentaire, le trio fait le voyage jusqu’en Norvège pour le croiser. Dans les faits, les tentatives de réintroduction vosgiennes de volatiles scandinaves ont échoué : l’enfant et l’oiseau, c'est ici un mythe, écrit par Munier.
Mais la vie est parfois plus belle que les contes filmés. Le ministère de la Transition écologique vient d’engager l’inscription de l’animal à la liste des espèces protégées. Un statut qui doit mettre fin à la chasse. Dans le grand entretien qu’il accorde à Libé, Vincent Munier fait mine de ne pas savoir qu’il a contribué à ce miracle. Ce qui ne l’empêche pas de s’en réjouir et d’inviter le gouvernement à lutter contre «l’hémorragie» de la biodiversité. C’est à la fois le post-scriptum et la morale de ce conte sublime : «La disparition du grand tétras doit servir de leçon.» 
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