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dimanche 29 mars 2026

VU DU DROIT : Bally Bagayoko face à la meute : ignorance, bêtise et maintenant racisme décomplexé...Dimanche 29 mars 2026

 


La victoire de la liste LFI dès le premier tour aux élections municipales a pris et c’est bien normal, une importante force symbolique. Voilà que la « nouvelle France » créolisée chère au cœur de Jean-Luc Mélenchon s’impose dans ce qui est depuis plus d’un siècle la capitale politique du nord de l’ancien département de la Seine avant le découpage qui fit de Bobigny la capitale administrative. C’était une citadelle emblématique de la banlieue rouge que Doriot avait pourtant réussi un temps à confisquer, pour l’emmener sur la voie du fascisme. Après la guerre le (vrai) PCF avait fait de la ville des rois une citadelle inexpugnable. Sa disparition politique vient d’aboutir, vote communautaire aidant, à l’installation à l’hôtel de ville d’une équipe issue d’une immigration récente. L’auteur de ces lignes a évidemment la nostalgie de cette ceinture rouge qui entourait une Ville de Paris embourgeoisée par l’expulsion méthodique des travailleurs. Le « communisme municipal » travaillant sans relâche à essayer d’assurer à ces populations un cadre de vie décent. Depuis Giscard, avec l’instauration du regroupement familial, le Capital a mis en œuvre une stratégie d’importation de travailleurs immigrés pour disposer d’une main-d’œuvre moins chère et plus docile et surtout, créer une division communautaire au sein d’une classe ouvrière que l’on souhaitait affaiblir. Stratégie gagnante qui donne à la région parisienne, une organisation spatiale que l’on dirait inspirée par le baron Haussmann. Quand au XIXe siècle se multiplièrent dans Paris des bâtiments qualifiés justement d’Haussmanniens. Des quartiers pour les bourgeois, d’autres pour les petits-bourgeois utiles, et enfin ceux prévus pour le petit personnel. Au XIXe siècle c’était dans les chambres de bonnes des immeubles d’habitation, aujourd’hui c’est dans la première couronne où résident les plongeurs des restaurants bobos, les nounous et les femmes de ménage de la petite bourgeoisie urbaine qui vote PS sans désemparer, et enfin les fournisseurs de la cocaïne pour les élites. Allez savoir pourquoi, je trouve que c’était mieux avant.

Mais il faut savoir vivre avec son temps, et suffrage universel aidant, fût-il communautaire, on se retrouve avec Bally Bagayoko un maire d’origine malienne (né en France). On a alors fait la connaissance d’une personne sympathique, tout d’élégance et de maîtrise allant sur les plateaux se confronter au dépit et à la mauvaise foi d’une caste journalistique en rage de cette victoire politique de l’horrible Jean-Luc Mélenchon. Et on a immédiatement eu l’avant-goût détestable de ce qui l’attendait.

Et ça n’a pas traîné.

Voilà que porté à la responsabilité de maire par le nouveau conseil municipal, il s’exprime comme c’est la tradition par une petite allocution en forme de discours de « politique générale ». Sans mesurer qu’en face de lui, la meute était dans les starting-blocks. Qui s’est jeté sur ses propos, immédiatement déformés dans l’intention évidente de le disqualifier, avec l’accusation de « sectarisme totalitaire ». Comme celui prêté à Jean-Luc Mélenchon…

Cette déclaration mérite d’être reproduite in extenso : «« Si nous savons que les agents sont avant tout au service d’une politique publique, nous savons aussi que certains agents auront à un moment donné des difficultés aussi à pouvoir porter un projet qu’ils ont combattu. C’est la raison pour laquelle nous respectons le choix de chacun, mais il ne sera pas possible de pouvoir rester, par exemple, dans un service de tranquillité publique en ayant l’ambition de porter une option politique qui a été battue dans les urnes. » Que n’avait-il dit ! Ce fut immédiatement la clameur, puis l’intervention « gouvernementale » ensuite accompagnée de déclarations invraisemblables et ouvertement racistes.

C’est d’abord David Amiel, nervi socialiste rallié au gangstérisme macronien et aujourd’hui ministre de l’action et des comptes publics qui s’y est collé. En adressant au nouvel édile un courrier rendu public dans lequel il n’hésitait pas à le chapitrer en lui donnant une leçon de droit. « Aucune autorité municipale ne peut légalement laisser entendre que la situation d’agents communaux, leur affectation ou leur maintien en fonctions pourraient dépendre de leur adhésion, réelle ou supposée, aux orientations politiques de l’exécutif municipal »

Alors on va se permettre de renvoyer ledit ministre à ses chères études juridiques qu’il n’a évidemment jamais effectuées puisque passé par l’ENS où jusqu’à nouvel ordre, on ne fait pas de droit.

Le cadre juridique des « emplois fonctionnels »

Tout d’abord on va lui rappeler l’article 72 de la Constitution qui prévoit explicitement que « les collectivités locales exercent leurs pouvoirs LIBREMENT dans le respect de la loi ». Depuis les lois de décentralisation de 1982, le contrôle de l’État central ne peut se faire qu’a posteriori par la saisine du juge de la régularité des décisions. Ce courrier rendu public dans un souci de pure communication histoire d’exciter la meute, est évidemment la pression abusive d’un militant politicien zélé.

Ensuite, il existe dans la gestion des collectivités locales des emplois particuliers qualifiés de « fonctionnels ». Les fonctionnaires d’autorité indispensables à la mise en œuvre des politiques publiques choisis par le suffrage universel sont ce qu’on appelle « détachés sur emplois fonctionnels ». Dans la fonction publique territoriale (DGS, DGA, etc.) le régime de ces emplois combine une logique statutaire (fonctionnaire titulaire) et une logique de relation de confiance avec l’autorité territoriale. Pour ces postes de direction indispensables au fonctionnement des collectivités, et contrairement aux emplois classiques, l’agent concerné n’a pas de droit au maintien dans l’emploi, sa présence dépendant d’une relation de confiance avec l’exécutif local. De jurisprudence constante Conseil d’État a admis explicitement que cette relation repose sur la confiance personnelle, ce qui rapproche ces emplois d’une logique quasi-politique. C’est exactement l’esprit de l’intervention de Bally Bagayoko. Dans la pratique, en cas de changement de majorité, les mobilités spontanées sont très fréquentes, la plupart du temps à l’initiative des agents concernés. Sinon, l’exécutif peut procéder à ce que l’on appelle une « décharge de fonctions » motivée par l’intérêt du service largement entendu reposant sur la perte de confiance. Sans qu’il soit nécessaire de caractériser la moindre faute disciplinaire. C’est comme ça que ça marche. Et c’est ce qu’a rappelé le nouveau maire de Saint-Denis. Alors Amiel, qui lui avait écrit « qu’il ne pouvait se séparer d’agents en désaccord avec sa politique » a dit une grosse connerie. Tous les médias du système ont relayé servilement le « rappel à l’ordre » abusif. Mais il y en a qui ont été plus loin, beaucoup plus loin.

Ignorante et stupide, la meute comme d’habitude

Naturellement, la meute ignorante de ce cadre juridique, et excitée par la manœuvre ministérielle, s’est précipitée pour se livrer à des débordements infects. On retiendra d’abord celui d’un certain Doridot n’hésitant pas à se vautrer dans l’infamie sur le plateau d’une télé poubelle : « Maintenant c’est important de rappeler que l’homo sapiens, nous sommes des mammifères sociaux et de la famille des grands singes. Et par conséquent, dans toute collectivité, dans toute tribu - nos ancêtres chasseurs-cueilleurs vivaient en tribus - il y a un chef qui a pour mission d’installer son autorité ». Ben oui, la révolution néolithique il y a 10 000 ans, le passage à l’économie de production, l’entrée dans le processus historique de « civilisation » il n’y a que les blancs qui y soient parvenus. Les noirs, ils sont encore au niveau des chasseurs-cueilleurs. C’est-à-dire des grands singes vivant en tribus. C’est ça ? Sortie absolument effarante à l’occasion du commentaire d’une banalité politique et juridique exprimée par le maire d’une ville de 150 000 habitants, conseiller municipal depuis 25 ans et triomphalement élu au premier tour.

Avez-vous perdu la raison ?

Il y a ensuite la nouvelle démonstration par Michel Onfray de sa volonté déterminée de continuer à dévaler la piste noire qui conduit à l’infamie et au déshonneur. Après l’invention d’une « civilisation judéo-chrétienne » imaginaire dont il entendait être le premier défenseur, et son soutien constant et sans faille au génocide de Gaza, le voilà qui de nouveau se pique de compétences scientifiques. L’éthologie cette fois-ci, c’est-à-dire la science des comportements des espèces animales dans leur milieu naturel. Comme d’habitude on a droit à une énormité : « On n’est pas dans une tribu primitive, où vous avez le mâle dominant qui est là et qui décide, toi tu auras à manger, toi t’auras pas à manger, moi j’aurai les femelles, toi t’auras pas les femelles ».

Par conséquent, pour Michel Onfray se placer dans le cadre juridique des emplois fonctionnels de la fonction publique territoriale prévu au Code général de la fonction publique (CGFP) avec ses articles L.412-6 à L.412-8 qui les définissent et les L.544-5 à L.544-7 qui en organisent la fin, c’est se comporter en chef de tribu qui veut se garder les femelles.

Manifestement, il n’y a pas que Donald Trump qui a perdu les pédales.

Avant de partir, merci de m’offrir un café.

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