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dimanche 8 mars 2026

Le Nouvel OBS - RUE 89 - Peut-on échapper aux coups de vieux ? Dimanche 8 mars 2026

 

 
Dimanche 8 mars 2026
Chaque dimanche, une question existentielle qui nous a traversé l’esprit et une sélection des meilleurs articles, séries, entretiens et témoignages qui explorent nos vies intimes.
Peut-on échapper aux coups de vieux ?

Par  Bérénice Rocfort-Giovanni

Par deux fois, le poids de l’âge m’a frappée tel un uppercut lors des dernières vacances à la montagne. Avec mon compagnon, nous racontions au jeune serveur d’un café être ravis de faire découvrir la station à nos enfants. D’un signe de la tête, je lui ai désigné, à l’arrière-plan de la terrasse, les petites silhouettes casquées qui serpentaient autour des fanions des écoles de ski. Mais son regard s’est arrêté à nos voisins, deux trentenaires à qui il a souri. J’ai 42 ans, mon conjoint est également quadragénaire : même au siècle dernier, lorsqu’on devenait parents très jeunes, ce sympathique couple, qui a ri de la méprise, n’aurait pu être notre progéniture.

Deuxième coup de pelle : j’ai voulu rejoindre sur une piste verte mes enfants (les vrais, cette fois). J’ai alors emprunté une remontée mécanique qui n’existait pas la dernière fois que j’ai chaussé les skis, il y a près de dix ans : un tapis roulant sous un tunnel. Le dispositif est censé éviter les affres du tire-fesses aux débutants. A son approche pourtant, j’ai senti une vague d’angoisse monter. Pourquoi ne pas demander conseil à un moniteur ? Au lieu de ça, je me suis engagée sur la petite descente (raide, la petite descente) menant vers la bande noire en mouvement, jusqu’à sentir sa butée. Mon corps rigide comme un tronc a immédiatement perdu l’équilibre. J’ai fini échouée sur le flanc, non sans avoir tenté, dans un geste désespéré, de planter mes bâtons dans la gomme.

Le perchiste a tout de suite stoppé l’engin de malheur, m’a redressée et a tenté de m’expliquer la bonne posture à adopter en me donnant du « Madame ». Mortifiée, je n’en ai pas écouté un mot et j’ai fui vers les bonnes vieilles perches métalliques, véritable safe place à côté du tube maudit. Depuis, j’ai toujours, imprimée sur la fesse droite, en bleu-jaune, la carte d’un pays indéterminé.

L’an dernier, des chercheurs de Stanford ont découvert que nous ne vieillissons pas de manière linéaire. En raison de changements moléculaires, nous traverserions en fait deux « poussées de vieillissement » majeures au cours de nos vies : l’une au milieu de la quarantaine et l’autre à 60 ans. Il faut croire que je suis en plein dans la première.

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