| | Hadrien Mathoux Directeur adjoint de la rédaction
Mensch, les aveugles et les fous L'audition d'Arthur Mensch, cofondateur et directeur général de Mistral AI, par la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur les vulnérabilités du secteur numérique le 12 mai dernier, avait quelque chose de saisissant. Patron de la plus prometteuse entreprise française du secteur qui va révolutionner l'économie mondiale des prochaines décennies, le trentenaire a évoqué des enjeux colossaux — indépendance nationale, marché de l'emploi, investissements dans l'énergie... devant une salle presque vide.
Et des députés parfois dépassés, voire affligeants, à l'image de la rapporteure de la commission, l'écologiste Cyrielle Châtelain, qui semble n'avoir tiré pour seule conclusion de l'audition qu'une vidéo, publiée sur les réseaux sociaux, dans laquelle l'élue s'appuie sur une légère confusion de traduction d'Arthur Mensch (qui emploie « trilliard » en voulant dire « trillion ») pour le charger, à grand renfort de démagogie : « On a des personnes qui balancent des chiffres, entre eux, qui seraient des spécialistes, et vous, qui vous sentez un peu délégitimés car vous ne connaissez pas ces chiffres-là. Ils veulent assécher le débat démocratique en faisant croire que vous n'êtes pas assez spécialistes pour traiter du sujet. (...) Ne vous laissez pas impressionner. » Misère… et confirmation que, pour une partie de la gauche, les fleurons émergents de l'économie nationale ne représentent rien d'autre qu'une manne d'argent magique à redistribuer, voire une menace à brider.
Arthur Mensch, pourtant, présente un profil bien plus amène que les effrayants leaders de la tech américaine et leurs fantasmes post-démocratiques. L'homme est soucieux de la souveraineté de son pays, des problèmes éthiques potentiels engendrés par l'IA, ainsi que des conséquences sur l'emploi. Il pointe les atouts de la France — des talents nombreux, preuve que l'excellence scientifique tricolore existe encore, et une énergie abondante et peu chère — mais également les freins bien réels : fiscalité, complexité administrative, absence de stratégie.
Le témoignage du jeune patron est, au passage, un énième rappel de la nullité absolue de l'Union européenne, monstre bureaucratique qui combine le pire du capitalisme — un libre-échange naïf qui a ravagé notre capacité à produire, une absence totale de planification et de stratégie industrielle — et du communisme — surréglementation absurde, avalanche de normes. Avec son arsenal unique au monde de 270 régulateurs actifs dans le numérique, l'UE arrive au beau résultat de zéro entreprise européenne dans les 50 leaders mondiaux de la tech. Pour rattraper ce retard, il faudra utiliser les idées françaises (culture de l'État stratège via la commande publique, planification industrielle, recours à l'énergie nucléaire) à l'échelle européenne, et rompre avec les dogmes fous qui ont mené le Vieux continent à la ruine.
Twitter @hadrienmathoux
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