Au Panthéon des tyrans, il est des noms qui résonnent immédiatement et ceux que l'oubli délibéré a dévoré. Enver Hoxha appartient à cette seconde catégorie et c'est, sans aucun doute, un crime contre la mémoire collective. Pendant 41 ans (1944-1985), ce petit homme a tenu l'Albanie dans une poigne de fer qui fait passer beaucoup de ses collègues dictateurs pour des amateurs. Il s'agit du plus long règne dictatorial de l'histoire moderne européenne. Pourtant, en France, son nom ne dit souvent rien. Pourquoi cette occultation ? Sans doute parce que son histoire dérange, parce qu'il est lié à la France, parce qu'il s'inscrit dans une lignée qui ne ment pas. Lénine et Staline en URSS, Mao en Chine, Pol Pot au Cambodge, la dynastie Kim en Corée du Nord, Ceaușescu en Roumanie, Castro à Cuba, Chávez au Venezuela, Morales en Bolivie, Hô Chi Minh au Vietnam, le Derg en Éthiopie, le Sentier lumineux au Pérou, les FARC en Colombie, les Tupamaros en Uruguay... Et dans bien d'autres contrées. Inutile de refaire l'histoire du communisme, partout, le constat est identique. Bain de sang, travail forcé, famine, culte de la personnalité, paranoïa systémique, censure, pensée unique... Les estimations des victimes du communisme oscillent entre 100 et 200 millions. Aujourd'hui, le marxisme semble pourtant survivre en pot-pourri idéologique. Il s'agglomère souvent au sans-frontiérisme, aux slogans "Pro Palestine", aux drapeaux arc-en-ciel et aux mouvements perçus comme "contestataires". Une esthétique de la rébellion qui prime sur la cohérence doctrinale. Car dans le marxisme-léninisme, l'infrastructure économique détermine tout. La lutte des classes est le seul moteur de l'histoire, pas les identités. Le marxisme rêve d'une dictature du prolétariat qui ferait table rase des particularismes au nom d'un monde uni et abstrait (rêve partagé avec le mondialisme et l'ultra capitalisme). La théorie du genre ? L'intersectionnalité ? Les droits minoritaires ? Superstructures bourgeoises qui divisent la classe ouvrière. Révisionisme. L'ouvrier n'a pas de patrie, pas de genre, pas de race... Même les communistes "historiques" rejettent ce pot-pourri, comme le montre cet article du site marxiste québécois dénonçant le "wokisme" comme une "caricature mécanique" du marxisme. Ce qui rend Hoxha singulier et très intéressant, c'est qu'il n'a pas dilué la doctrine. Il l'a appliquée à la lettre, sans compromis. Mais il y en aura toujours pour répond… Raphaël Lepilleur |
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