Comment on fait quand l’actualité devient prospective ? L’exemple le plus flagrant, c’est ce qui se passe aujourd’hui avec l’Intelligence Artificielle. En nous demandant − comme on le fait activement depuis quelques jours − si l’IA va tous nous tuer, on ne parle pas de ce que l’IA fait, mais ce qu’elle pourrait faire. La différence est énorme. Dans un cas, il s’agit de décrire des faits, dans l’autre, d’imaginer ce qui pourrait advenir.
Ce qui pose au moins deux problèmes.
Le premier : on ne sait pas très ce que fait l’IA. Nous parlons de ce que font ces IA qui opèrent au sein des laboratoires des géants du domaine. Les lanceurs d’alerte évoquent bien des machines qui nous échappent, qui désobéissent, qui contournent les règles qu’on leur fixe, mais les exemples ne pullulent pas. On peut s’interroger sur les raisons de ce flou : parce que personne n’y comprendrait rien et donc qu’on nous épargne les précisions ? Parce que ce sont des secrets industriels ? Qu’on ne connaisse pas beaucoup de faits ne signifie pas qu’ils n’existent pas. Il serait imprudent de prétexter ce flou pour ne pas s’inquiéter. Néanmoins, cela crée un autre problème.
Comment faire de la prospective quand les faits sont incertains ? Eh bien, il y a différentes méthodes. On peut plaquer ses angoisses existentielles (qui se plaqueraient sur n’importe quoi d’autre, après tout, il est question de mort, une bien vieille angoisse…). On peut faire travailler son imagination, certains le font très bien. On peut s’emparer d’imaginaires déjà existants. C’est sans doute une des raisons pour laquelle on retrouve dans ces projections beaucoup de scénarios qu’on a lus ou vus dans la science-fiction. On peut jeter des chiffres au doigt mouillé pour donner une impression de scientificité. Mais est-ce qu’on peut faire du journalisme ?
Eh bien c’est la question que je me pose. Et je n’ai toujours pas de réponse.
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