Des vacances qui n’allaient pas être longues. J’allais vite repartir sur l’écriture du dernier épisode de L’Empire n’a jamais pris fin, et puis le livre, etc. Encore un été studieux sous le soleil.
Et puis y a eu aussi un beau portrait, dans le nouveau numéro de Métal Hurlant (n°20 avec Philip K. Dick en couverture et aussi une interviou de Robert Crumb). Le portrait est écrit par Phalène de la Valette, avec des ajouts de Lloyd Chéry.
Et j’ai aussi fait une longue interviou dans la revue de poésie Cortège. Magnifique revue. Disponible gratuitement en PDF sur internet. C’est mon entretien le plus long et fouillé depuis longtemps : plus de trente pages. On parle surtout de L’Empire n’a jamais pris fin et de poésie, mais aussi de carnaval, des Sans Roi et de Colette Thomas.
Et sinon ?
Sinon j’ai aussi participé à une émission sur France Culture cet été. Les Midis de Culture, invité par Aliette Hovine. Je suis venu parler des Beatles, pour l’anniversaire de Revolver. C’était un très bon moment et c’est ici.
Et sinon ?
Sinon, à part mes trucs, plein de trucs. En musique pour commencer.
En musique pour commencer, Lung’s Poetry a enregistré et mis en ligne beaucoup de morceaux magnifiques cet été. Des musiques sublimes que vous pouvez découvrir sur les internets. Une vidéo où elle chante Of Tides and Tempests.
Une autre où elle fait une reprise de A Million Years de Christina Perri. Beau à pleurer.
La lecture d’un poème de Maya Angelou.
Et un duo magnifique, mais vraiment magnifique, avec Mike Makana, Dream Chest.
Et sinon ? Sinon le cher Ilios Chailly continue son travail démentiel sur Antonin Artaud sur le site Echo Antonin Artaud. J’ai une profonde admiration pour le travail qu’il fait.
Et cet été, tout d’abord, c’était une étude passionnante sur un tapuscrit d’Artaud destiné à Breton et retrouvé par Paule Thévenin, Artaud ou l’effraction génitale de la pensée. Exceptionnel.
Puis une étude sur les cures du jeune Artaud entre 1915 et 1919, Une géographie de la souffrance.
Enfin une longue Réponse à Florence de Mèredieu qui revient sur Paule Thévenin et toutes les questions d’héritage. D’éditions, de publications, d’argent, etc. Et comment tout cela influence la lecture d’un auteur aussi essentiel qu’Artaud.
Toutes ces questions me passionnent. Les questions de conditions de réception d’une œuvre sont toujours passionnantes. Cruciales pour la fabrication du présent. C’est sans doute pour ça que (parenthèse) j’aime tant les vidéos de Lays Farra sur sa chaîne C’est pas sourcé. Comme celle sur les médias qui aiment les fausses découvertes :
J’ai également adoré la dernière sur Hollywood, les religions anciennes et le réalisme historique.
Et sinon ? Sinon le dernier roman de Chloé Delaume, le déchirant Ils appellent ça l’amour, sort en poche. Si vous ne l’avez pas déjà lu en Fiction & Cie, achetez-le et lisez-le en Points. Sinon vous passez à côté des plus belles émotions de lecture romanesque.
Et sinon ? Sinon la Compagnie du Zerep continue à jouer son chef-d’œuvre (y a pas d’autres mots) Sturbzep. C’est si fort vous n’en reviendrez pas. Alors allez-y si vous le pouvez. Quand vous le pourrez. Les prochaines dates sont à Orléans, à Aix-en-Provence et à Angers. Bientôt Lyon, et bientôt Paris (je vous le dirai). Mais checkez bien sur l’agenda de leur site. Le Zerep, c’est une des choses les plus importantes artistiquement aujourd’hui. Mais le Zerep, c’est pas des vidéos qu’on regarde chez soi. C’est dans un théâtre, sur une scène, et ça déborde de partout. Ça déborde jusque chez vous.
Et sinon ? Sinon un vieux recueil des dessinateurs et peintres Placid et Muzo vient d’être publié : Bonnes blagues. Des dessins de 1984, publiés en 2026 par les éditions Zine Panique. Et c’est toujours aussi fort. Y a pas à dire. Placid et Muzo, séparés (la plupart du temps) ou ensemble (parfois), n’ont cessé de devenir meilleurs, mais ils étaient déjà parmi les plus grands. Leur force passée est toujours aussi vive dans le présent. Y a aussi une expo qui va avec. Au Regard Moderne, 10 rue Gît-le-cœur 75006 Paris, jusqu’au 12 septembre.
Et puis c’est cet été que Captain Cavern est parti.
Captain Cavern, artiste de la métamorphose, du vortex, des chutes, des vertiges. Peintre des images cachées dans le tapis. Dessinateur des bateleurs de foire et des trains fantôme.
Captain Cavern, de la même famille d’artistes que Bazooka, Pascal Doury, Placid, Muzo, Pyon, Pascal Blondeaux, Y5/P5… De la même famille mais génial à sa manière à lui.
Chacun était ou est génial à sa manière à lui.
Donc Captain Cavern est parti. Un de nos plus grands visionnaires. Il nous laisse seuls avec ses visions passées.
En 1985, il avait pris le pseudonyme de Captain Cavern, personnage d’un dessin animé de Hanna et Barbara qui passait le samedi après-midi sur TF1. Il ne l’avait pas quitté. C’était un gag mais pas uniquement. Pour lui, Captain Cavern, c’était une image du batelier du Styx qui conduit les morts aux Enfers. Une image d’Orphée qui descendait dans le monde souterrain. Captain Cavern était un artiste psychopompe, faussement naïf mais hypersensible et profondément conceptuel, le seul vrai successeur de Duchamp, son seul héritier au sens de la recherche de la quatrième dimension. Et avec un humour ravageur. Il avait été marqué par une phrase de Kandisky qu’il avait lu dans L’Art fantastique de Marcel Brion :
« La désintégration de l’atome fut dans mon âme comparable à la désintégration du monde entier. Les murs les plus épais s’effondrèrent soudain. Tout devint incertain, vacillant et peu substantiel. Je n’aurais pas été surpris si une pierre s’était dissoute dans l’air, devant moi, et était devenue invisible. »
Captain Cavern a fait tant de choses. Un graphzine, Vertèbres Comics, plusieurs revues ou magazines, Crimsex, Les Troglodytes attaquent, Vertige. Des bandes dessinées exceptionnelles, Voyages somnambules dans les galaxies virtuelles ou Psychic Murder Show. Une bande dessinée malheureusement inédite en album, Les Monstres du Spasmocolor, en 1988, où un professeur invente un moyen de traverser d’autres réalités au moyen d’un vortex. Tant de chefs-d’œuvre qui mériteraient un ou plusieurs livres rétrospectifs. C’est fou de se dire qu’on a vécu des décennies auprès de Captain Cavern qui faisait son œuvre à côté de nous et qu’on ne trouvait pas déplacé de s’y intéresser de façon si superficielle. Une œuvre « vaste comme la nuit et comme la clarté » comme dirait Baudelaire.
Je vous ai plusieurs fois indiqué dans cette niouzeletteur une longue interviou de Captain sur YouToube, par Alla Chernetska.
Elle est dure à revoir pour moi maintenant que Captain n’est plus là. Mais elle est si précieuse.
Il y a un texte sur lui sur le site de la galerie (galerie qui hélas n’existe plus) de Corinne Bonnet.
Corinne Bonnet lui avait fait une très belle expo à l’époque de sa galerie. Une de ses plus belles, A travers le miroir sans le voir. La photo qui accompagne cette niouzeletteur est un portrait de Captain par Arnaud Baumann qui accompagnait déjà cette expo sublimissime.
Captain Cavern… Il y a une cagnotte pour financer ses funérailles :
Cagnotte
Un site lui est consacré où ses amis recueillent ses tableaux : www.captaincavern.com
Le morceau de Zappa qui s’impose pour clore la niouzeletteur, surtout que Captain Cavern en avait repris l’expression, c’est Who are the Brain Police ? Bien sûr. La Police des cerveaux traversait les bandes dessinées de Captain Cavern. Captain Cavern est mort à 70 ans. Il peignait encore. Il va nous manquer, beaucoup.
Bonne fin de semaine, les amis. Encore une rentrée qui commence comme si les vacances n’avaient pas eu lieu.
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