Pyongyang confirme la disgrâce du mentor de Kim Jong-un
Reuters – il y a 2 heures 25 minutes
Reuters/Reuters - Image de la télévision nord-coréenne KRT montrant l'expulsion de Jang Song Thaek d'une réunion du bureau politique. La Corée du Nord a confirmé lundi la disgrâce de l'oncle du dirigeant Kim Jong-un considéré jusqu'alors comme la deuxième personnalité la plus puissante du régime dynastique au pouvoir à Pyongyang. /Image diffusée le 9 décembre 2013/REUTERS/Yonhap
par
Ju-min Park et Jack Kim
SEOUL (Reuters) - La
Corée du Nord a confirmé lundi la disgrâce de Jang Song Thaek, oncle du
dirigeant Kim Jong-un considéré jusqu'alors comme la deuxième personnalité la
plus puissante du régime dynastique au pouvoir à Pyongyang.
"Jang et ses
partisans ont commis des actes criminels défiant l'imagination et ils ont causé
un tort énorme à notre parti et à la révolution", écrit l'agence de presse
officielle KCNA au lendemain d'une réunion du bureau politique du Parti des
travailleurs, au cours de laquelle la décision a été entérinée et à laquelle
participait Kim Jong-un.
La télévision
nord-coréenne KRT, rendant compte de cette réunion du bureau politique, a
diffusé lundi des images sur lesquelles on voit Jang emmené par des gardes en
uniforme. La chaîne n'a pas précisé toutefois si ces clichés avaient été pris
dimanche.
Par ailleurs, le
quotidien officiel Rodong Sinmun consacre une partie de sa une à l'éviction de
Jang, une rareté dans la presse officielle nord-coréenne qui ne couvre
habituellement pas les purges menées au sein du régime.
Jang a été déchu de
tous ses titres et relevé de toutes ses fonctions, précise l'agence KCNA qui
dresse la liste des griefs retenus contre lui: mauvaise gestion du système
financier national, corruption, abus d'alcool et de drogue et dépravation
sexuelle.
"Jang prétendait
soutenir le parti et le pouvoir, mais il était impliqué dans des luttes
intestines et poursuivait un rêve différent en s'impliquant dans un double jeu
en coulisses", écrit l'agence.
"Contaminé par le
style de vie capitaliste, Jang s'est livré à des irrégularités et à la
corruption et a mené une vie dissolue et dépravée", poursuit KCNA.
UN ENCOMBRANT MENTOR
Jang, marié à la tante
de Kim, la fille du fondateur de la République démocratique populaire de Corée
Kim Il-sung, était notamment vice-président de la puissante Commission de la
défense nationale et siégeait au politburo du Parti des travailleurs.
Après la mort de Kim
Jong-il, en décembre 2011, il a joué un rôle de premier plan dans la
transmission du pouvoir à Kim Jong-un, le jeune fils du "cher
dirigeant", et oeuvré à la consolidation de son emprise sur le pouvoir.
Mais il semble que Kim
ait décidé, avec l'aide d'un groupe de conseillers plus jeunes, de se
débarrasser de son encombrant mentor, estiment des coréanologues.
"C'est une
personnalité que Kim Jong-un devait à un moment supplanter pour solidifier sa
propre structure de pouvoir. Les jeunes élites ont poussé Kim à se débarrasser
de Jang, ce qui signifie qu'il va gouverner sans tuteur", analysait il y a
quelques jours Koh Yu-hwan, de l'université Dongguk de Séoul, quand les
services de renseignement sud-coréens ont fait savoir qu'ils pensaient que Jang
était tombé en disgrâce.
Le renseignement
sud-coréen pense également que deux de ses collaborateurs au sein du Parti des
travailleurs ont été exécutés pour corruption.
Un autre proche de
Jang, qui gérait ses avoirs, aurait de son côté demandé l'asile à la Corée du
Sud et serait sous protection d'agents sud-coréens dans un lieu tenu secret en
Chine, selon des médias sud-coréens.
La fuite, fin
septembre ou début octobre, de ce financier au courant des avoirs de la
dynastie Kim a peut-être servi d'élément déclencheur à la disgrâce de Jang,
croit savoir la chaîne sud-coréenne d'information continue YTN.
En revanche, l'épouse
de Jang, Kim Kyong-hui, ne serait pas menacée, a indiqué à Reuters une source
proche des cercles dirigeants nord-coréens.
RAYÉ DES ARCHIVES
Dans un documentaire
sur Kim Jong-un rediffusé samedi par la chaîne nationale nord-coréenne, Jang
Song Thaek n'apparaissait déjà plus.
Dans ce film d'une
heure à la gloire du dirigeant nord-coréen, diffusé pour la neuvième fois, il
n'était montré que sous des angles de vue rendant son visage invisible, voire
simplement effacé de certaines scènes, selon l'agence de presse sud-coréenne
Yonhap.
Il semble également
que son nom n'apparaisse plus dans les archives de l'agence KCNA.
Sa disgrâce est le
principal bouleversement politique survenu en République démocratique populaire
de Corée depuis la mort de Kim Jong-il.
Jang, qui avait déjà
été écarté du pouvoir en 2004 par le père de l'actuel dirigeant nord-coréen
avant une spectaculaire réhabilitation deux ans plus tard, entretenait des
liens étroits avec le voisin chinois.
Il dirigeait notamment
la délégation nord-coréenne chargée de mener de concert avec Pékin un projet
commun de développement d'une zone économique spéciale sino-nord-coréenne.
Contrairement à 2004,
des spécialistes de la Corée du Nord pensent que cette fois, il ne reviendra
pas. "Jang est fini, purgé. En Corée du Nord, il ne peut pas y avoir deux
soleils", explique Jeung Young-tae, expert à l'Institut sud-coréen pour
l'unification nationale.
Bertrand Boucey et
Henri-Pierre André pour le service français