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dimanche 11 octobre 2026

Rue 89 avec le Nouvel OBS - Grandit-on plus facilement quand on sait que « toutes les géographies sont queers » ?Dimanche 11 octobre 2026

 

Dimanche 11 octobre 2026

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Grandit-on plus facilement quand on sait que « toutes les géographies sont queers » ?

Par Henri Rouillier

C’est une petite phrase qu’on lit au tout début de « Fiertés des champs » (Le Passager clandestin), que la journaliste indépendante Elodie Potente consacre ces jours-ci aux personnes LGBT qui vivent dans les territoires ruraux. « Toutes les géographies sont des géographies queers. Parce que nous existons partout », écrit-elle en évoquant Queering the Map, un site créé en 2017 par Lucas LaRochelle, un.e artiste non binaire canadien.ne, qui propose aux personnes queers du monde entier d’y géolocaliser anonymement leurs souvenirs sur un planisphère interactif.

L’image, sur laquelle on peut zoomer, est réconfortante pour qui a grandi dans une ville que l’on qualifiera de moyenne, bien avant internet, avec la certitude d’être en décalage avec le reste du monde. Un soir d’octobre, sur cette grande carte rose, je cherche la maison de mes parents, mon club de sport, le lycée. Sept points noirs apparaissent. Je m’attendais à moins.

Sur le parking de la gare routière : « Première fois qu’une femme m’a embrassée, et première nuit ensemble. PV de stationnement le lendemain matin parce qu’on ne s’est jamais levées. » Dans l’une des allées du jardin public du centre-ville, en anglais : « Il m’a embrassé sur ce banc pour la première fois, j’ai su qu’il était spécial à ce moment-là mais je ne m’attendais pas à l’aimer autant six ans plus tard. » Au cinéma d’art et d’essai, encore en anglais : « C’est là que j’ai vu “Milk” en 2009. Le lendemain, j’ai fait mon coming out à mes parents. » J’ai des questions. Est-ce que je connais ces gens ? Leur ai-je déjà parlé ? Est-ce qu’on grandit plus facilement quand on sait que « toutes les géographies sont queers parce que nous existons partout » ?

Une première bribe de réponse m’apparaît cinq jours après avoir refermé le livre d’Elodie Potente, alors que la Pride parisienne s’apprête à démarrer. On l’appellera R. Elle a la vingtaine et, autour de son cou, un drapeau arc-en-ciel qui lui fait une cape de super-héroïne. « Je suis en vacances en Europe, c’est la première fois que je vais à une pride », m’explique-t-elle en anglais, alors qu’un sourire traverse son visage de part en part. « Je viens d’Arabie saoudite. Les représentations LGBT sont complètement interdites dans mon pays. Moi, je ne sais pas encore si je suis lesbienne ou asexuelle mais aujourd’hui, je me sens très chanceuse d’être là. »

« Fiertés des champs », par Elodie Potente, 144 p., 18 heures, Le Passager clandestin.

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