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vendredi 30 octobre 2026

L'actualité littéraire hebdo avec BIBLIOBS - Vendredi 30 octobre 2026

 

Vendredi 30 octobre 2026

Chaque vendredi, notre sélection d’articles pour suivre l’actualité littéraire et la vie des idées : romans, essais, polars et BD.
La jeunesse peut-elle s’inspirer des riot grrrls ?

Par Amandine Schmitt

« Les promesses entrevues pendant les deux décennies précédentes restent dans l’ensemble lettre morte et le contrecoup est brutal. Déclin économique et social, absence de perspectives, crise de l’énergie, catastrophes écologiques : les [jeunes] grandissent en voyant advenir les ravages d’un système qui s’emballe et qui laisse, sur le bord du chemin de sa fuite en avant, tout ce qui ne participe pas à sa surchauffe. » En lisant ce passage, on pense fortement aux lycéens qui défilent actuellement, non seulement pour demander des établissements décents, mais aussi pour une société plus juste et peut-être un changement, salutaire, de nos modes de vie. Pourtant, ce texte extrait de « Riot Grrrls » (éd. Philharmonie de Paris), signé par la chercheuse en civilisation nord-américaine Manon Labry, se penche sur les affects de la Gen X, soit la génération née entre 1965 et 1980. Un joli ouvrage rythmé par des paroles de chanson (en langue originale) et des illustrations de l’autrice de BD Nine Antico, qui raconte comment, dans les années 1990, des musiciennes ont pénétré avec fracas dans les sphères punk.

A Olympia (Etat de Washington) émergent les trois premiers groupes riot : Bikini Kill, Bratmobile et Heavens to Betsy. Peu à peu, le mouvement féministe essaime dans tout le pays et au-delà. Il s’agit, bien sûr, d’affirmer sa place légitime de femme dans le monde, de dénoncer les violences patriarcales, mais plus largement, toutes les logiques de dominance. Si, comme le note Labry, la musique est le « ciment primordial » des riot grrrls, c’est un « activisme culturel » bien plus vaste. Même sans moyens, elles confectionnent et diffusent pléthore de fanzines, organisent des conventions, multiplient ateliers et réunions. Cette jigsaw youth (« jeunesse puzzle »), du nom d’une chanson de Bikini Kill, cherche à faire corps sans renier aucune individualité. Chacun est différent, chacun compte. La « Revolution Grrrl Style », comme dit le slogan, se reconfigure, mue et poursuit la lutte dans un monde de plus en plus anxiogène.

« La musique et la littérature riot n’ont jamais été conçues pour être consommées, mais pour inspirer », écrit Manon Labry. On n’irait pas jusqu’à faire l’insulte d’apprendre quoi que ce soit à la Gen Z. On aimerait seulement lui insuffler l’énergie et la combativité de ses aînées. « En accordant écoute et légitimité à ces voix jusqu’alors dissuadées, les riot grrrls ont enclenché une addiction incoercible de déclics individuels profonds. De ceux qui changent jusqu’à l’appréhension du tout, de ceux qui mettent au jour la confiance requise pour le réformer, de ceux qui irradient, qui ruissellent, pour de vrai. D’une révolution l’autre », confirme Labry. On verrait bien sur une pancarte : « I don’t wanna play anymore of your games, So I stop the game and this time you lose » (« Je ne veux plus jouer à tes jeux, alors je mets fin à la partie et cette fois, c’est toi qui perds »), ritournelle des Heavens to Betsy dans « Playground ».

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