Vendredi 11 septembre – #119 : Ne m’appelez plus jamais cadre !
BONNE RENTREE CHERS XOOMERS ! J’ose attaquer cette rentrée par des funérailles : RIP cher cadre. Avez-vous lu l'étude de la Fondation Jean-Jaurès consacrée au « ressenti des encadrants français » ? Elle sonne comme un requiem. Les actes du décès ? La massification, les bac+ alimentant une population variée de managers en tous genres. Et le désalignement, entre statut et fonction : certains cadres n’encadrent plus, certains encadrants ne sont pas cadres. On parle maintenant de N+ – c’est tout dire !
Biberon. Dans un pays biberonné aux statuts, cette dilution donne lieu à des analyses misérabilistes. Le cadre n’est plus le chef des décennies passées. Dépouillé de son autorité, noyé dans une hiérarchie brouillée, ravalé en simple animateur-facilitateur, il a perdu de sa superbe. Il s’est banalisé. Taux d’absentéisme en hausse, stagnation salariale et perte de sens en ont fait l’ombre de lui-même. Le cadre forcément dynamique perd son élan. Il s'éteint à petit feu, et avec lui la culture du surinvestissement dans le travail. Selon l’Apec, un tiers avoue un mal-être psychique...
Convention. Mais faut-il au nom de la sauvegarde du cadre en péril pleurer un statut né en 1947 avec la convention créant l’Agirc ? Condamner rétrospectivement la fusion entre Agirc et Arrco de 2015 actant la disparition de la seule référence juridique aux cadres ? Déplorer la généralisation du forfait-jours qui a mis fin au décompte horaire strict pour les salariés autonomes, remplaçant le présentéisme par l’obligation de résultat ? Vu sous cet angle, l’effacement s’avère moins romantique. Le cadre a vécu. Il est vaincu. D’autres formes de management, hors statut, prennent le relais.
Disparition. Les temps changent. La fin des cadres, c’est peut-être la disparition naturelle d’une rente de statut typiquement française qui n’a plus lieu d'être. Une catégorie socio-professionnelle qui bénéficiait d’avantages spécifiques aujourd’hui menacés à la fois par l’effacement juridique et par le progrès technique. D’ailleurs, cette distinction binaire cadre/non cadre qui structure la fiche de paie, la convention collective applicable et l’identité sociale du salarié n’existe nulle par ailleurs...
Révolution. La nostalgie s’impose quand le présent n’est pas à la hauteur du passé. Le voilà, le plus grand malaise ! La fin du statut emblématique de cadre, en une génération à peine, signale l’accélération de notre déclassement. On regrette la France heureuse des années 1960 et 1970. On redoute la France peureuse des années 2020 et 2030. Un peu à la manière de la petite noblesse provinciale au XIXe siècle, les cadres vivent – mal – le décalage entre capital symbolique résiduel et capital économique évaporé. Gare, chers xoomers, de ne pas rater la révolution managériale en cours...
GenXO. GenXO, c’est un X comme eXpérience et un O comme Opportunité, pour les actifs suractifs de plus de 55 ans qui n’ignorent rien de ce qui concerne l’encadrement. Puisque l’on appelle désormais les membres de la Génération Z les zoomers, je propose de baptiser notre communauté les xoomers.
XOOMERS, SI VOUS TROUVEZ CETTE EDITION UTILE, TRANSMETTEZ-LA A QUELQU’UN QUE VOUS ESTIMEZ !
Rémi Godeau, directeur de la rédaction de l’Opinion
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