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dimanche 9 août 2026

Rue 89 avec Le Nouvel OBS - Pourquoi est-ce toujours le nom de mon mari qui finit sur la carte bleue du compte commun ? Dimanche 9 août 2026

 

Dimanche 9 août 2026

Chaque dimanche, une question existentielle qui nous a traversé l’esprit et une sélection des meilleurs articles, séries, entretiens et témoignages qui explorent nos vies intimes.
Pourquoi est-ce toujours le nom de mon mari qui finit sur la carte bleue du compte commun ?

Par  Louise Auvitu

Encore une fois, j’ai loupé le coche. La carte bleue du compte commun que je partage avec mon compagnon a été émise par ma banque avant que je ne trouve le temps de la contacter. La conséquence de ce malencontreux oubli est que je vais me retrouver à glisser un petit bout de plastique dans mon portefeuille sur lequel figureront exclusivement le prénom et le nom de mon mari. Mon patronyme, lui, sera invisibilisé. Comme toujours, depuis près de dix ans.

Ce qui est agaçant dans ce crime de lèse-majesté, c’est que nous sommes deux à être titulaires de ce compte joint. Deux, aussi, à l’alimenter pour combler son gargantuesque appétit. Comme dans la plupart des couples hétéros, mon salaire étant plus bas que celui de mon conjoint, nous y versons chaque mois une somme méticuleusement définie au prorata de nos revenus respectifs. Pas question d’y mettre l’intégralité comme le font 64 % des couples (oui, vous lisez bien). Pour autant, ce n’est pas parce que je contribue moins que je n’existe pas.

A l’occasion de l’écriture de ce billet, j’ai appris qu’une carte bleue était nominative. Par conséquent, il ne peut y figurer qu’un seul nom. Soit, mais pourquoi celui apposé est-il systématiquement celui de mon conjoint ? J’ai interrogé ma banque, qui m’a répondu que c’était le « choix fait au moment de l’ouverture du compte » – le nom de mon mari figurant probablement dans la case : « titulaire n °1 » –, et depuis, le renouvellement est juste « automatique ».

Un sésame à six chiffres

Sur l’application, il est possible de commander une nouvelle carte, d’en changer la couleur, mais pas le nom de son porteur. Si je veux voir le mien apparaître en lettres dorées, je dois « en parler avec mon partenaire, et solliciter ma conseillère bancaire », m’informe-t-on. Une réponse sexiste qui me renvoie un demi-siècle en arrière, avant 1966, lorsque les femmes mariées n’étaient pas autorisées à disposer d’un compte en banque individuel.

Cette tutelle d’un autre âge ne s’est pas éteinte, elle s’est simplement adaptée à son temps. Ainsi à chaque achat en ligne nécessitant une double authentification, me voilà contrainte à réclamer le code de sécurité que mon conjoint reçoit sur son téléphone. Un sésame à six chiffres, qui, comble du schmilblick, me permet de commander le lait, de payer la cantine ou les cours de tennis de mes enfants. Après avoir tourné le problème dans tous les sens, il semblerait que la seule solution qui s’offre à moi consiste à prendre une deuxième carte, qui occasionnera 150 euros de frais par an. Voilà, une nouvelle fois, ce que le patriarcat coûte aux femmes.

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