Cet "orchestre debout", surnom que se sont donné ces musiciens réunis via les réseaux sociaux, faisait son retour à République dix jours après une première prestation au soir du 20 avril, quand il avait remporté un franc succès avec son interprétation de cette célèbre pièce d'Anton Dvorak.
Samedi, ils ont étoffé leur répertoire et reçu le renfort de choristes pour jouer l'"Hymne à la joie" de la symphonie n°9 de Ludwig van Beethoven, puis le "Choeur des esclaves" du Nabucco de Giuseppe Verdi, avant de reprendre leur succès fondateur du "Nouveau monde" et, pour finir, un bis de Verdi en rappel. Une demi-heure de concert, saluée spontanément par un Bella ciao improvisé.
Ci-dessous, la vidéo de ce moment particulier filmée par une journaliste du HuffPost.
Un autre point de vue disponible ci-dessous :
"Ça m'a émue. La Symphonie du nouveau monde, c'est impressionnant", confie Mathilde, tromboniste amateur de 24 ans. "Juste avec les images, on sentait la communion avec le public, l'émotion dans l'air", confie un violoniste trentenaire qui veut rester anonyme.
"C'est majoritairement des amateurs, donc il n'y a pas vraiment d'exigence artistique. On fait en sorte que ça tienne debout", explique Guillaume Durand, choriste professionnel de 29 ans. Tous se sont inscrits sur la page Facebook créée pour l'occasion, ont téléchargé la partition sur un site de téléchargement libre de droits et les voilà au pied de la statue. Une répétition par groupes (cordes, bois, cuivres, choeur) d'une heure et demie a assuré les réglages.
Un répertoire symbolique
"La répétition s'est faite de manière plutôt efficace, contrairement à ce qu'on entend sur ce mouvement qui ne sait pas s'organiser", sourit le jeune homme, qui se dit "écologiste" et que les thématiques lancées par le mouvement Nuit debout "touchent". Les morceaux ont été choisis par un sondage sur la page Facebook. "L'idée était que, dans le corpus de ce qui était faisable, on trouve des oeuvres symboliques", explique Sylvain Haderlé, pianiste de 24 ans venu chanter avec son ami Guillaume.
La Symphonie du nouveau monde, qui évoque initialement l'Amérique, "prend une résonance particulière" sur le lieu de rassemblement d'un mouvement qui cherche des alternatives au système existant, souligne le violoniste.
Créé en 1842 à la Scala de Milan, la capitale lombarde alors sous domination autrichienne, l'opéra Nabucco et son "Choeur des esclaves" (également connu sous le nom de "Va pensiero") célèbrent la sortie du peuple hébreu de sa captivité babylonienne et sont aussitôt devenus des chants de ralliement patriotique du Risorgimento, le mouvement pour l'unité italienne.
Et l'Hymne à la joie, devenu hymne de l'Europe, incarne l'universalité clamée par les partisans du mouvement.
Une manifestation du 1er mai sous haute-surveillance à Grenoble
France 3 Alpes avec l'AFP
Publié le , mis à jour le
Comme partout ailleurs, la manifestation du 1er mai cette année à Grenoble est placée sous le signe de la contestation envers la loi Travail et la politique gouvernementale. Dans la capitale des Alpes aussi on craint les tensions et les échauffourées.
Ils avaient rendez-vous ce matin à 10 heures devant la gare. A Grenoble aussi on a vu pour la première fois depuis de nombreuses années les encartés de FO se joindre au traditionnel défilé du 1er main, eux qui d'ordinaire se réunissaient à part.
Finalement, peu avant 20 heures, l'attroupement s'était dispersé pour regagner la MC2 et une nouvelle "Nuit Debout". Quelques jeunes étaient restés un peu avant de lever le camp.
Un 1er mai placé sous le signe de la Loi Travail
Le 1er mai syndical, qui verra CGT et FO défiler côte à côte pour la première fois en sept ans, est dirigé cette année contre la loi travail, dans un climat tendu après deux mois de contestation et de manifestations émaillées de violence.
De Nouvelle-Calédonie, le Premier ministre Manuel Valls a adressé dimanche une ferme mise en garde aux éventuels "casseurs" et appelé les organisateurs des manifestations à prendre "leurs responsabilités". La veille, son ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve avait envoyé des consignes aux préfets sur les mesures à prendre pour éviter les débordements.
Les manifestations de jeudi contre le projet de loi travail, à Paris et en province ont fait 78 blessés chez les forces de l'ordre, tandis qu'un étudiant de 20 ans, atteint par un projectile à Rennes, a perdu la vision d'un oeil.
Gouvernement et syndicats se renvoient la balle des responsabilités des violences.
Le Parti de Gauche a de son côté demandé samedi "des comptes" à M. Cazeneuve face à une "escalade de la violence" policière lors des manifestations, appelant à l'abandon des lanceurs de balles de défense.
Soudés dans leur refus du projet de loi travail, examiné à l'Assemblée nationale à partir de mardi, FO et CGT, vont défiler ensemble ce dimanche pour la première fois depuis 2009.
Les secrétaires généraux Philippe Martinez (CGT) et Jean-Claude Mailly (FO) prendront le départ de la manifestation parisienne à partir de 15H00 à Bastille, pour rejoindre Nation, en réclamant "le progrès social". Les leaders de FSU, Solidaires et des organisations étudiantes (Unef) et lycéennes (UNL et FIDL) seront aussi présents. Des manifestations et rassemblements sont prévus partout en France.
Dans la matinée, M. Mailly se rend au Mur des Fédérés, au cimetière du Père Lachaise, en hommage à la Commune, une tradition de FO, avant un apéritif républicain place Gambetta, dans le 20e arrondissement à Paris.
Une convergence des luttes
De leur côté, les réformistes (CFDT, CFTC et Unsa) se retrouvent dans la matinée, pour des tables rondes, dont l'une porte sur la loi travail. Pour ce camp, pas question de "demander le retrait d'un texte porteur de progrès pour les travailleurs", rappelle Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT qui loue, entre autres, la mise en place du compte personnel d'activité (CPA) prévue dans cette loi.
Depuis 2013, CGT et CFDT ne défilent plus ensemble le 1er mai, leur relation s'étant dégradée après l'approbation par la centrale de Laurent Berger de l'accord sur la sécurisation de l'emploi, dénoncé par la CGT. La loi travail n'a fait qu'aggraver la division entre les deux premiers syndicats français.
Le 1er mai cette année prend une tournure spécifique avec l'avènement de "Nuit debout", lancé au soir du 31 mars, jour de la plus grosse mobilisation contre la loi travail (390.000 personnes dans 250 villes, selon les autorités; 1,2 million selon les organisateurs). Dimanche, des responsables syndicaux ont prévu de se rendre place République, mais pas les numéros uns.
Jeudi, Philippe Martinez y est intervenu pour la première fois, pour évoquer la "convergence des luttes", à un moment où 63% des Français estiment que ni Nuit debout, ni les syndicats, ni les partis ne sont "en phase avec les salariés", selon un récent sondage Odoxa. En revanche sept Français sur dix considèrent que "la lutte des classes est une réalité en France".
La journée des travailleurs, célébrée dans de nombreux pays, est née à Chicago en 1886 à l'initiative d'un mouvement syndicaliste réclamant la journée de travail de huit heures.
Mais "c'est d'abord un jour férié aujourd'hui et le sens historique ou politique est perdu. C'est lié à la baisse de la représentativité syndicale dans toutes les entreprises, pas qu'en France", relève Sylvain Niel, avocat spécialiste du droit du travail.