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lundi 12 novembre 2012

La loi de financement de la Sécu aujourd’hui au Sénat


La loi de financement de la Sécu aujourd’hui au Sénat

Sénat sécu
s'informerLe projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2013 (PLFSS), voté en première lecture par l’Assemblée Nationale, est discuté au Sénat à partir d’aujourd’hui. Assurés, médecins, établissements de santé, tout le monde est appelé à faire des économies, à hauteur d’environ 2,4 milliards.
Au menu, moins de remboursement pour les transports sanitaires, les visites chez le médecin, les actes de biologie, les médicaments. Les hôpitaux quant à eux doivent se serrer la ceinture de 657 millions dès 2013.
« Les franchises médicales, la taxe sur les mutuelles, pourtant unanimement condamnées par l’ensemble de la gauche l’année dernière, restent dans le projet de cette année », regrettent les sénateurs communistes. Ces derniers ne se sont pas opposé à l’adoption des rapports sur les différentes parties du PLFSS en commission des Affaires sociales, présidée par l’une des membres de leur groupe parlementaire.
Dans cette loi sont également prévues de nouvelles contributions, hausse de cotisations et taxes diverses, augmentation de la CSG pour les retraités
Les députés de la majorité, comme Christian Paul (PS), avaient salué à l’Assemblée Nationale, une « reprise en main des comptes sociaux pour une meilleure protection sociale des Français ». Les élus du centre et de la droite quant à eux avaient dénoncé « une avalanche de taxes » et une « absence de mesures structurelles ».
En 1945, le système de financement de la Sécurité sociale à partir des salaires avait été choisi pour la protéger des appétits du capital et des exigences d’économies des gouvernements.

Jean-Luc Mélenchon invité du 12/13 sur France 3 le 11/11/2012

Invité du 12/13 sur France 3

« Le capitalisme entre dans sa phase sénile »un article du Grand Soir


« Le capitalisme entre dans sa phase sénile »

Samir Amin. (Foto Skill Lab)
« La pensée économique néoclassique est une malédiction pour le monde actuel. » Samir Amin, 81 ans, n’est pas tendre pour plusieurs de ses collègues économistes. Et encore moins pour la politique des gouvernements. « Economiser pour réduire la dette ? Des mensonges délibérés » ; « Régulation du secteur financier ? Des phrases creuses. » Il nous livre son analyse au scalpel de la crise économique. (revue Solidaire)
Oubliez Nouriel Roubini, alias Dr Doom, l’économiste américain devenu célèbre pour avoir prédit en 2005 le tsunami du système financier. Voici Samir Amin, qui avait déjà annoncé la crise au début des années 1970. « A l’époque, des économistes comme Frank, Arrighi, Wallerstein, Magdoff, Sweezy et moi-même avions dit que la nouvelle grande crise avait commencé. La grande. Pas une petite avec des oscillations comme il y en avait eu des masses auparavant, rappelle Samir Amin, professeur honoraire, directeur du Forum du Tiers Monde à Dakar et auteur de très nombreux livres traduits dans le monde entier. On nous a pris pour des fous. Ou pour des communistes qui prenaient leur désir pour des réalités. Tout allait bien, madame la marquise… Mais la grande crise a bien commencé à cette époque, et sa première phase a duré de 1972-73 à 1980. »
Parlons d’abord de la crise des cinq dernières années. Ou plutôt des crises : celle des subprimes, celle des crédits, des dettes, de la finance, de l’euro… Qu’en est-il maintenant ?
Samir Amin. Quand tout a explosé en 2007 avec les crise des subprimes, tout le monde est resté aveugle. Les Européens pensaient : « Cette crise vient des Etats-Unis, nous allons l’absorber rapidement ». Mais, si la crise n’était pas venue de là, elle aurait débuté ailleurs. Le naufrage de ce système était écrit, et dès les années 1970. Les conditions objectives d’une crise de système existaient partout. Les crises sont inhérentes au capitalisme, qui les produit de manière récurrente, à chaque fois plus profonde. Il ne faut pas appréhender chaque crise séparément, mais de manière globale.
Prenez la crise financière. Si on se limite à celle-ci, on ne trouvera que des causes purement financières, comme la dérégulation des marchés. En outre, les banques et institutions financières semblent être les bénéficiaires majeurs de cette expansion de capital, ce qui rend plus facile de les pointer comme uniques responsables. Mais il faut rappeler que ce ne sont pas seulement les géants financiers, mais aussi les multinationales en général qui ont bénéficié de l’expansion des marchés monétaires. 40 % de leurs profits proviennent de leurs opérations financières.
Quelles ont été les raisons objectives au déclenchement de la crise ?
Samir Amin. Les conditions objectives existaient partout. C’est la domination de « oligopoles ou monopoles généralisés » qui a mis l’économie dans une crise d’accumulation, qui est à la fois une crise de sous-consommation et une crise de la profitabilité. Seuls les secteurs des monopoles dominants ont pu rétablir leur taux de profit élevé, mais en détruisant la profitabilité et la rentabilité des investissements productifs, des investissements dans l’économie réelle.
« Le capitalisme des oligopoles ou monopoles généralisés » est le nom que vous donnez à ce qui est, selon vous, une nouvelle phase de développement du capitalisme. En quoi ces monopoles sont-ils différents de ceux d’il y a un siècle ?
Samir Amin. La nouveauté est dans le terme « généralisé ». Depuis le début du 20e siècle, il y a eu des acteurs dominants dans le secteur financier et le secteur industriel comme la sidérurgie, la chimie, l’automobile, etc.. Mais ces monopoles étaient des grandes îles dans un océan de PME réellement indépendantes. Or, depuis une trentaine d’années, nous assistons à une centralisation du capital sans commune mesure. Le magazine Fortune mentionne aujourd’hui 500 oligopoles dont les décisions contrôlent toute l’économie mondiale, dominant en amont et en aval tous les secteurs dont ils ne sont pas directement propriétaires.
Prenons l’agriculture. Autrefois, un paysan avait le choix entre plusieurs entreprises pour ses activités. Aujourd’hui, une PME agricole est confrontée en amont au bloc financier de banques et à d’énormes monopoles de production des engrais, des pesticides et des OGM dont Monsanto est l’exemple le plus frappant. Et, en aval, il est face aux chaînes de distribution et grandes surfaces. Par ce double contrôle, son autonomie et ses revenus se réduisent toujours plus.
Est-ce pour cela que vous préférez parler aujourd’hui d’un système basé sur « la maximalisation d’une rente monopolistique » plutôt que de la « maximalisation du profit » ?
Samir Amin. Oui. Le contrôle assure à ces monopoles une rente prélevée sur le bénéfice total du capital obtenu par l’exploitation de travail. Cette rente devient impérialiste dans la mesure où ces monopoles opèrent dans le Sud. La maximalisation de cette rente concentre les revenus et les fortunes dans les mains d’une petite élite au détriment des salaires, mais aussi des bénéfices du capital non monopolistique. L’inégalité grandissante devient absurde. A la limite, c’est comparable à un milliardaire qui possèderait le monde entier et laisserait tout le monde dans la misère.
Les libéraux avancent qu’il faut « agrandir le gâteau » en réinvestissant les bénéfices. C’est seulement après que l’on peut opérer le partage.
Samir Amin. Mais on n’investit pas dans la production, puisqu’il n’y a plus de demande. La rente est investie dans la fuite en avant sur les marchés financiers. L’expansion depuis un quart de siècle des investissements sur les marchés financiers est du jamais vu dans l’histoire. Le volume des transactions sur ces marchés est de plus de 2 500 000 milliards de dollars, alors que le PIB mondial est de 70 000 milliards de dollars.
Les monopoles préfèrent ces investissements financiers à ceux dans l’économie réelle. C’est la « financiarisation » du système économique. Ce type d’investissement est la seule issue pour la poursuite de ce « capitalisme des monopoles généralisés ». Dans ce sens, la spéculation n’est pas un vice du système, mais une exigence logique de celui-ci.
C’est sur les marchés financiers que les oligopoles – pas seulement les banques – font leurs profits et se concurrencent entre elles pour ces profits. La soumission de la gestion des firmes à la valeur des actions de la Bourse, la substitution du système de retraites par capitalisation au système par répartition, l’adaptation des changes flexibles et l’abandon de la détermination du taux d’intérêt par les banques centrales en laissant cette responsabilité aux « marchés » doivent tous être compris dans cette financiarisation.
Cette dérégulation des marchés financiers est dans la ligne de mire depuis quelques années. Les dirigeants politiques parlent de « moralisation des opérations financières » et d’ « en finir avec la capitalisme-casino ». La régulation serait donc une solution à la crise ?
Samir Amin. Tout ça, c’est du blabla, des phrases creuses pour tromper l’opinion publique. Ce système est condamné à poursuivre sa course folle à la rentabilité financière. La régulation aggraverait encore davantage la crise. Où irait alors le surplus financier ? Nulle part ! Il entraînera une dévaluation massive du capital qui se traduirait entre autres par une krach boursier.
Les oligopoles ou monopoles (les « marchés ») et leurs serviteurs politiques n’ont donc pour autre projet que de restaurer le même système financier. Il n’est pas exclu que le capital sache restaurer le système d’avant l’automne 2008. Mais cela nécessitera des sommes gigantesques des banques centrales pour éliminer tous les crédits toxiques et pour rétablir la profitabilité et l’expansion financière. Et la facture devra être acceptée par les travailleurs en général, et les peuples du Sud en particulier. Ce sont les monopoles qui ont l’initiative. Et leurs stratégies ont toujours donné les résultats recherchés, c’est-à-dire les plans d’austérité.
Justement, ces plans d’austérité se succèdent, soi-disant pour réduire les dettes des États. Or on sait que cela aggrave la crise. Les dirigeants politiques sont-ils des imbéciles ?
Samir Amin. Mais non ! C’est sur l’objectif qu’il y a mensonge. Lorsque les gouvernements prétendent vouloir la réduction de la dette, ils mentent délibérément. L’objectif n’est pas la réduction de la dette mais que les intérêts de la dette continuent à être payés, et de préférence à des taux encore plus élevés. La stratégie des monopoles financiarisés, au contraire, a besoin de la croissance de la dette – le capital y gagne, ce sont des placements intéressants.
Entre-temps, les austérités aggravent la crise, il y a clairement contradiction. Comme le disait Marx, la recherche du profit maximal détruit les bases qui le permettent. Le système implose sous nos yeux mais il est condamné à poursuivre sa course folle.
Après la crise des années 1930, l’Etat a tout de même pu surmonter partiellement cette contradiction, et une politique keynésienne de relance a été menée.
Samir Amin. Oui, mais quand cette politique keynésienne a-t-elle été introduite ? Au début, la riposte à la crise de 1929 a été exactement la même qu’aujourd’hui : des politiques d’austérité, avec leur spirale descendante. L’économiste Keynes disait que c’était absurde et qu’il fallait faire le contraire. Mais ce n’est qu’après la Deuxième Guerre mondiale qu’on l’a écouté. Pas parce que la bourgeoisie était convaincue par ses idées, mais parce que cela lui a été imposé par la classe ouvrière. Avec la victoire de l’Armée rouge sur le nazisme et la sympathie pour les résistants communistes, la peur du communisme était bien présente.
Aujourd’hui, quelques-uns – ils ne sont pas très nombreux – des économistes bourgeois intelligents peuvent dire des mesures d’austérité qu’elles sont absurdes. Et alors ? Tant que le capital n’est pas contraint par ses adversaires à mettre de l’eau dans son vin, cela continuera.
Quel est le lien entre la crise surgie voici quelques années et celle des années 1970 ?
Samir Amin. Au début des années 1970, la croissance économique a subi une chute. En quelques années, les taux de croissance sont tombés à la moitié de ce qu’ils avaient été lors des trente glorieuses : en Europe, de 5 à 2,5 %, aux États-Unis, de 4 à 2 %. Cette chute brutale était accompagnée d’une chute de même ampleur des investissements dans le secteur productif.
Dans les années 1980, Thatcher et Reagan ont réagi par des privatisations, la libéralisation des marchés financiers et une très dure politique d’austérité. Cela n’a pas fait remonter les taux de croissance, mais les a maintenus à un très bas niveau. Par ailleurs, le but des libéraux n’a jamais été le rétablissement de la croissance, quoi qu’ils en disent. Le but était surtout de redistribuer les revenus vers le capital. Mission accomplie. Et maintenant, quand on passe en Belgique de -0,1 % à + 0,1 % de croissance, certains jubilent : « La crise est terminée ! » C’est grotesque.
Vous comparez les années 1990 et 2000 avec celles d’un siècle auparavant : une sorte de deuxième « Belle Epoque ».
Samir Amin. J’ai fait le parallèle entre les deux longues crises parce que, c’est très curieux, elles commencent exactement avec cent ans d’écart : 1873 et 1973. En plus, elles ont les même symptômes au départ et la réponse du capital a été la même, c’est à dire trois ensembles de mesures complémentaires.
Premièrement, une énorme centralisation du capital avec la première vague des monopoles, ceux analysé par Hilfirding, Hobson et Lénine. Dans la deuxième crise, ce sera ce que j’appelle les « monopoles généralisés » qui se sont constitués dans les années 1980.
Deuxièmement, la mondialisation. La première grande crise est l’accélération de la colonisation, qui est la forme la plus brutale de la mondialisation. La deuxième vague, ce sont les plans d’ajustement structurel du FMI, que l’on peut qualifier de recolonisation.
Troisième et dernière mesure : la financiarisation. Quand on présente la financiarisation comme étant un phénomène nouveau, cela me fait sourire. Qu’est-ce qui a été créé en réponse à la première crise ? Wall Street et la City de Londres en 1900 !
Et cela a eu les mêmes conséquences. D’abord, une période courte ou ça semble marcher, parce qu’on pompe sur les peuples, surtout ceux du Sud. Ce fut de 1890 à 1914, la « Belle Epoque ». On a tenu les mêmes discours sur la « fin de l’Histoire » et la fin des guerres. La mondialisation était synonyme de paix et de colonisation pour une mission civilisatrice. Or, a quoi tout cela a-t-il mené ? A la Première Guerre mondiale, la Révolution russe, la crise de 1929, le nazisme, l’impérialisme japonais, la Deuxième Guerre mondiale, la révolution chinoise, etc. On peut dire qu’après 1989, il y a eu une sorte de deuxième « belle époque », jusqu’en 2008, bien qu’elle ait, dès le début, été accompagnée de guerres du Nord contre le Sud. Le capital a, dans cette période, établi les structures afin que les oligopoles puissent bénéficier de leur rente. Et, comme la globalisation financière a mené à la crise de 1929, elle a récemment mené à la crise de 2008.
Aujourd’hui, on a atteint un même moment crucial qui annonce une nouvelle vague de guerres ou de révolutions.
Pas très riant, comme image d’avenir… Vous écrivez qu’ « un nouveau monde est en train de naître, qui peut devenir encore bien plus barbare, mais qui peut aussi devenir meilleur ». De quoi cela dépend-il ?
Samir Amin. Je n’ai pas de boule de cristal. Mais le capitalisme est entré dans sa phase sénile, qui peut amener d’énormes bains de sang. Dans une telle période, les mouvements sociaux et les protestations amènent des changements politiques, pour le meilleur ou pour le pire, fascistes ou progressistes. Les victimes de ce système réussiront-elles à former une alternative positive, indépendante et radicale ? Tel est aujourd’hui l’enjeu politique.

« Le socialisme, c’est plus que le capitalisme sans capitalistes »

« En ces temps de capitalisme sénile, les protestations des mouvements sociaux amènent des changements politiques, pour le meilleur ou pour le pire, fascistes ou progressistes. » Telle était la conclusion de l’économiste marxiste Samir Amin dans la première partie de cette interview, publiée dans Solidaire n°38. Dans cette seconde partie, il aborde la question du dépassement du capitalisme en crise. « Il est temps pour la gauche d’avoir de l’audace ! Elle doit construire un front contre les monopoles. »
Pour l’économiste Samir Amin, professeur honoraire, directeur du Forum du Tiers Monde à Dakar et auteur de nombreux ouvrages traduits dans le monde entier, « être marxiste implique nécessairement être communiste, parce que Marx ne dissociait pas la théorie de la pratique — l’engagement dans la lutte pour l’émancipation des travailleurs et des peuples ». C’est ce que fait Samir Amin : dans la première partie de cet entretien, il analysait la crise ; ici, il aborde la lutte contre la toute-puissance des monopoles capitalistes et pour une autre société.
Quelles sont les caractéristiques de ce « capitalisme sénile » qui pourrait selon vous mener à une « nouvelle ère de grands bains de sang » ?
Samir Amin. Il n’y a plus d’entrepreneurs créatifs, mais des « wheeler-dealers » (magouilleurs). La civilisation bourgeoise, avec son système de valeurs — éloge de l’initiative individuelle naturellement, mais aussi ses droits et libertés libéraux, voire même la solidarité au plan national — a fait place à un système sans valeurs morales. Voyez des présidents des États-Unis criminels, des marionnettes et technocrates à la tête de gouvernements européens, des despotes dans le Sud, l’obscurantisme (talibans, sectes chrétiennes et bouddhistes...), la corruption généralisée (dans le monde financier en particulier)... On peut décrire le capitalisme d’aujourd’hui comme sénile, qui peut inaugurer une nouvelle ère de massacres. Dans une telle période, les protestations des mouvements sociaux amènent des changements politiques. Pour le meilleur et pour le pire, fascistes ou progressistes. La crise des années 1930 a par exemple mené au Front populaire en France, mais aussi au nazisme en Allemagne.
Qu’est-ce que cela signifie pour les mouvements de gauche actuels ?
Samir Amin. Nous vivons une époque où se profile une vague de guerres et de révolutions. Les victimes de ce système vont-elles réussir à former une alternative positive, indépendante et radicale ? Tel est l’enjeu politique aujourd’hui. Il faut que la gauche radicale prenne l’initiative de la construction d’un front, d’un bloc alternatif anti-monopoles comprenant tous les travailleurs et producteurs victimes cette « oligarchie des monopoles généralisés », dont une grande partie des classes moyennes, les agriculteurs, les PME...
Vous affirmez que la gauche doit renoncer à toute stratégie qui aiderait le capitalisme à sortir de la crise.
Samir Amin. Il est temps d’avoir de l’audace ! Nous ne sommes pas dans un moment historique où la recherche d’un « compromis social » capital/travail constitue une alternative possible comme dans l’après-guerre avec la social-démocratie des États-providence. Certains nostalgiques s’imaginent pouvoir « faire reculer » le capitalisme des monopoles sur leur position d’il y a quelques décennies. Mais l’histoire ne permet jamais de tels retours en arrière.
Nous sommes dans un moment historique ou la gauche radicale doit être audacieuse. Je parle de la gauche qui est convaincue que le système capitaliste doit être dépassé fondamentalement. Mais aussi une gauche qui ne perd pas de vue que le socialisme doit être inventé sans ayant nécessairement un modèle préexistant. Dans les pays du Nord, il y a les conditions objectives pour isoler le capital des monopoles. Cela commence par une alliance sociale et politique qui rassemble l’énorme majorité.
Cette audace existe-t-elle aujourd’hui ?
Samir Amin. Le manque d’audace à gauche est terrible à l’heure actuelle. Vous vous rappelez comme les sociaux-démocrates ont été contents quand le régime soviétique s’est effondré, et avec lui les partis communistes d’Europe occidentale ? Je leur ai dit : « Vous êtes stupides. La prochaine chute, c’est la vôtre, le capital avait seulement besoin de vous parce qu’il y avait la menace communiste. » Et, au lieu de se radicaliser, ils ont au contraire glissé à droite. Ils sont devenus sociaux-libéraux. Maintenant, que l’on vote social-démocrate ou à droite, c’est la même chose. Tous disent : « Nous ne pouvons rien faire, c’est le marché qui décide, les agences de notations, le super parti du capital des monopoles. »
Nous voyons même des segments importants de la gauche radicale accepter cela par crainte ou désarroi. Il y a même des gens qui se font appeler « communistes », mais disent qu’ils ne peuvent être qu’une aile gauche de la social-démocratie. C’est toujours la même logique d’accommodation du capitalisme. Une logique du « moins pire ». « C’est imposé par l’Europe » est l’argument par excellence. « L’Europe, ce n’est pas bon, mais la destruction de l’Europe ce serait pire. » Mais aller de moins pire en moins pire, c’est en arriver in fine au « plus pire ». Il y a deux ans, on disait aux Grecs, allez, une petite cure d’austérité et ça ira ! On en est à la quantième ? La huitième ?
Quels pourraient être les mots d’ordre de « l’alliance sociale et politique » que vous prônez ?
Samir Amin. L’idée générale est la création d’un bloc anti-monopoles. Il faut un projet global qui remette en question le pouvoir des « monopoles généralisés » (voir première partie de cette interview dans Solidaire n°38). Nous ne pouvons pas rêver que les individus puissent changer le monde juste par le miracle de leur action individuelle – idée que l’on retrouve dans plusieurs mouvements socialistes et chez des philosophes comme Toni Negri.
Cela commence par le fait d’expliquer qu’il existe des alternatives aux politiques d’austérité. Sous une forme populaire, cela revient à casser le discours du capital de « compétitivité et modération salariale ». Pourquoi ne pas dire l’inverse, que les salaires ne sont pas suffisants et les profits trop gros ?
Dans le meilleur des cas, cela mène à une légère réduction des inégalités…
Samir Amin. Ce n’est naturellement pas assez. Une gauche authentique doit inverser le désordre social produit par les monopoles. Des stratégies pour assurer l’emploi maximal et garantir des salaires convenables, allant de pair avec la croissance. C’est tout simplement impossible sans exproprier les monopoles. Les secteurs clés de l’économie doivent donc être nationalisés. Les nationalisations sont, dans une première étape, des étatisations, le transfert de la propriété du capital privé à l’État. Mais l’audace consiste ici à « socialiser » la gestion des monopoles nationalisés.
Prenons ces monopoles qui contrôlent l’agriculture, les industries chimiques, les banques et la grande distribution. Les « socialiser » signifie que les organes de gestion comprennent des représentants des agriculteurs, des travailleurs de ces anciens monopoles bien sûr, mais aussi des organisations de consommateurs et des pouvoirs locaux (concernés par l’environnement, mais aussi l’école, le logement, les hôpitaux, l’urbanisme, le transport…)
Une économie socialiste ne se limite pas à la socialisation de son management. Le socialisme n’est pas juste le capitalisme sans les capitalistes. Il doit intégrer la relation entre l’homme, la nature et la société. Continuer dans la forme que le capitalisme propose revient à détruire l’individu, la nature et les peuples.
Que faites-vous de Wall Street et de la City ?
Samir Amin. Il faut une « définanciarisation ». Un monde sans Wall Street, pour reprendre le titre du livre de François Morin. Cela implique impérativement la suppression pure et simple des fonds de spéculations et des fonds de pensions, devenus des opérateurs majeurs dans la financiarisation. L’abolition de ces derniers doit se faire au bénéfice d’un système de retraites par répartition. Il faut repenser entièrement le système bancaire. Ces dernières décennies, le système bancaire est devenu beaucoup trop centralisé et seuls quelques géants font la loi. Dès lors, on pourrait concevoir une « banque de l’agriculture », ou une « banque de l’industrie » dans lesquelles les conseils d’administration élus sont composés des clients industriels et des représentants des centres de recherche et des services de l’environnement.
Comment voyez-vous le rôle de mouvements comme Occupy, les Indignés et les syndicats dans la lutte contre les monopoles ?
Samir Amin. Qu’il y ait aux États-Unis un mouvement comme Occupy Wall Street est un signal magnifique. Que l’on n’accepte plus comme ça les injonctions « il n’y a pas d’alternative » et « l’austérité est obligatoire » est très positif. Idem pour les Indignés en Europe. Mais ce sont des mouvements qui restent faibles, qui ne recherchent pas suffisamment des alternatives. Les syndicats jouent un rôle important, mais ils doivent se redéfinir. Les mots d’ordre d’il y a cinquante ans sont dépassés. Il y a cinq décennies, quatre travailleurs sur cinq avaient un emploi sûr et stable, et le chômage n’existait quasiment pas. Aujourd’hui, seuls 40 % ont un job stable, 40 % travaillent avec un contrat précaire et 20 % sont au chômage. La situation est radicalement différente. Les syndicats ne peuvent donc pas se limiter à des revendications qui ne concernent que la moitié de la classe des travailleurs. Il est absolument nécessaire que l’on prenne en compte le droit des chômeurs et des personnes sous contrat précaire. Il s’agit souvent de gens d’origine immigrée, de femmes et de jeunes.
Comment voyez-vous la relation entre la lutte des classes dans le Nord et dans le Sud ?
Samir Amin. Les conflits capitalisme/socialisme et Nord/Sud sont indissociables. Le capitalisme est un système mondial et les luttes politiques et sociales, si elles veulent être efficaces, doivent être menées simultanément dans l’arène nationale et sur le plan mondial. C’est-ce que Marx voulait dire avec « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! ». Être communiste veut également dire être internationaliste.
Il est absolument indispensable d’intégrer la question du climat, des ressources naturelles et de l’environnement dans le conflit Nord-Sud. L’appropriation privée de ces ressources et l’usage abusif de la planète mettent en danger le futur de toute l’humanité. L’égoïsme des oligopoles dans le Nord a été brutalement exprimé par Bush qui a déclaré « The American way of life is not negotiable » (le mode de vie américain n’est pas négociable). Cet égoïsme revient à nier l’accès aux ressources naturelles au Sud (80 % de l’humanité). Je crois que l’humanité ne pourra pas s’engager sérieusement dans la construction d’une alternative socialiste si l’on ne change pas ce « way of life » dans le Nord, ce qui ne veut pas dire que le Sud n’a qu’à patienter. Au contraire, les luttes dans le Sud réduisent la rente impérialiste et affaiblissent la position des monopoles dans le Nord, ce qui renforce les classes populaires du Nord dans leur lutte pour la socialisation des monopoles. L’enjeu dans le Nord est alors que l’opinion générale ne doit pas se limiter à la défense de ses privilèges vis-à-vis des peuples du Sud.
Les économies de pays émergents comme la Chine, le Brésil, la Russie et l’Afrique du Sud ne menacent-elles pas déjà quelque peu le pouvoir des « monopoles généralisés » ?
Samir Amin. Depuis 1970, le capitalisme domine le système mondial par cinq avantages : le contrôle de l’accès aux ressources naturelles, le contrôle de la technologie et de la propriété intellectuelle, l’accès privilégié aux médias, le contrôle du système financier et monétaire et, enfin, le monopole des armes de destruction massive. J’appelle ce système « apartheid on a global scale » (apartheid à l’échelle mondiale). Il implique une guerre permanente contre le Sud, une guerre entamée en 1990 par les États-Unis et ses alliés de l’Otan lors de la première Guerre du Golfe. Or les pays émergents, surtout la Chine, sont en train de déconstruire ces avantages. D’abord, la technologie. On passe de « Made in China » à « Made by China ». La Chine n’est plus l’atelier du monde pour des succursales ou les associés du grand capital des monopoles. Elle maîtrise la technologie à développer par elle-même. Dans certains domaines, notamment les domaines d’avenir de l’automobile électrique, le solaire, etc., elle possède des technologies de pointe en avance sur l’Occident.
Par ailleurs, la Chine laisse le système financier mondialisé se détruire. Et elle finance même son autodestruction en finançant le déficit américain et en construisant en parallèle des marchés régionaux indépendants ou autonomes à travers le « groupe de Shanghai », qui comprend la Russie, mais potentiellement aussi l’Inde et l’Asie du Sud-Est. Sous Clinton, un rapport de la sécurité américaine envisageait même la nécessité d’une guerre préventive contre la Chine. C’est pour faire face à cela que les Chinois ont choisi de contribuer à la mort lente des États-Unis en finançant leur déficit. La mort brutale d’une bête de ce genre serait trop dangereuse.
Et les pays d’Amérique du Sud ?
Samir Amin. Les démocraties populaires en Amérique latine ont sûrement affaibli la rente impérialiste. Mais ils auront des difficultés pour aller plus loin dans leur développement tant qu’ils berceront l’illusion d’un développement national capitaliste autonome. On le voit clairement en Bolivie, en Équateur ou au Venezuela. On le voit moins au Brésil parce que c’est un très grand pays qui a des ressources naturelles gigantesques. Ils ont amorcé la coopération entre eux avec l’ALBA. Mais l’ALBA reste très modeste jusqu’à présent en comparaison de la coopération militaire, économique et diplomatique du groupe de Shanghai, qui se déconnecte de l’économie mondiale dominée par les monopoles occidentaux. Par exemple, rien n’y est payé en dollars ou en euros. L’Amérique du Sud peut aussi se « découpler » du capitalisme des monopoles. Ils ont des possibilités techniques et les ressources naturelles pour faire du commerce Sud-Sud. Ce qui était impensable il y a plusieurs décennies.
Interview de Ruben Ramboer
SOURCE :
http://www.ptb.be/weekblad/artikel/interview-samir-amin-1-le...
et
http://www.ptb.be/weekblad/artikel/interview-de-samir-amin-2...
Version raccourcie d’une interview de Samir Amin parue dans Etudes marxistes n° 99.
Lire aussi Samir Amin, Sortir de la crise du capitalisme ou sortir du capitalisme en crise ?, Le Temps des cerises, 2009.
URL de cet article 18274
 
Samir AMIN

La réélection d’Obama un article du WSWS



Lu sur le site du WSWS        http://www.wsws.org/fr/articles/2012/nov2012/reel-n09.shtml

La réélection d’Obama

Par Patrick Martin
9 novembre 2012
À la fermeture des bureaux à travers le territoire continental des États-Unis, le président Barack Obama était en voie d’être réélu avec une marge confortable au collège électoral, tout en prenant de l’avance dans le vote populaire après minuit, alors que les résultats de la côte ouest ont commencé à arriver.
Le candidat républicain Mitt Romney a appelé Obama pour concéder la victoire juste avant 1 h, puis a fait une déclaration télévisée de concession devant les partisans réunis au siège de son parti à Boston. Il a déclaré l’élection terminée et appelé à une collaboration bipartite avec la nouvelle administration.
Ce geste visait à rassurer Wall Street et les marchés financiers mondiaux qu’il n’y aurait pas de vide politique comme après l’élection de 2000 contestée, et que les deux partis de la grande entreprise agiraient rapidement pour réduire le déficit fédéral.
Le discours de victoire d’Obama, prononcé juste avant 2 h du matin, reprenait les mêmes thèmes. Ce dernier a minimisé l’idée que sa victoire électorale puisse représenter le moindre mandat, parlant plutôt des « compromis difficiles » qui s’annoncent.
Il s’est engagé à « s’asseoir avec le gouverneur Romney pour parler des enjeux sur lesquels nous pouvons travailler ensemble ».
« Je suis impatient de rejoindre et de travailler avec les dirigeants des deux partis pour réduire le déficit et réformer le système fiscal, a déclaré Obama, ajoutant : Vous avez voté pour l’action, pas pour les politiques habituelles ». Cela doit être compris comme une promesse que le président réélu va agir rapidement pour arriver à un accord avec les républicains au Congrès pour proposer un budget en conformité avec les exigences de Wall Street.
Obama va remercier ses électeurs en appliquant des mesures qui dévasteront leur emploi, leur niveau de vie et leurs conditions sociales. Le « grand marchandage » qu’il a promis de négocier avec les républicains se fera au détriment de la classe ouvrière et comprendra des milliers de milliards de dollars en compression dans la sécurité sociale, Medicare, Medicaid et autres programmes sociaux.
Obama a également salué l’armée américaine, en mentionnant spécifiquement les troupes des forces spéciales qui ont tué Oussama Ben Laden. Il a également affirmé que son administration allait « mettre fin à la guerre ». En cela, il faisait référence à l’Afghanistan. Or les troupes américaines y resteront en force pendant des années encore, tandis que celles qui seront déplacées seront en fait redéployées pour intervenir en Syrie, en Iran ou contre d’autres objectifs dans des attaques militaires impérialistes.
Tous les grands réseaux de télévision ont prédit entre 23 h et minuit la victoire d’Obama dans les États clés chaudement disputés tels le New Hampshire, l’Ohio, le Wisconsin, l’Iowa, le Colorado et le Nevada. Obama a également obtenu des victoires claires, mais serrées en Floride et en Virginie, et on prévoyait des victoires probables pour le candidat démocrate dans ces deux États pour mercredi matin. Romney ne l’a remporté que dans un seul des États avec un écart minime : la Caroline du Nord.
Obama a obtenu 303 votes électoraux, contre 206 pour Romney, un total de 270 étant requis pour l’emporter. Obama était susceptible de remporter les 29 votes électoraux de Floride, ce qui n’influera pas sur le résultat de la course à la présidence de toute façon.
Bien que les aides de la campagne républicaine et les experts de droite des médias ont suggéré que Romney pouvait faire une percée finale en Pennsylvanie, au Michigan ou au Minnesota, Obama l’a remporté dans ces trois États avec des marges importantes. En fin de compte, Romney n’a réussi à gagner que deux États de plus que John McCain, le candidat républicain en 2008 : l’Indiana et la Caroline du Nord.
Obama a balayé les États densément peuplés du Nord-Est, du Maine au Maryland, tous les États du Midwest industriel à l’exception de l’Indiana, ainsi que la côte ouest, dont la Californie, l’État le plus peuplé du pays. Romney a remporté la majeure partie du Sud et les États des plaines faiblement peuplés, de même qu’une partie des États des Rocheuses.
Le vote est une expression de profonde hostilité populaire envers à la fois la couche sociale incarnée par Romney, l’ex-PDG de Bain Capital, c’est à dire, les parasites financiers responsables du krach de 2008 et de la récession économique qui a suivi, et également à la politique ultra-droitiste du Parti républicain. Il montre aussi que des illusions subsistent au sein de la classe ouvrière qui voit en Barack Obama, en dépit de sa feuille de route des quatre dernières années, une alternative à Romney et à l’élite financière, bien que le soutien populaire pour Obama ait considérablement diminué depuis 2008.
Beaucoup de ceux qui ont voté pour Obama l’ont fait pour empêcher la victoire de Romney et des républicains, et non pas parce qu’ils étaient enthousiastes à l’idée d’un second mandat d’Obama.
Un sondage mené par NBC à la sortie des urnes a donné un aperçu de ces sentiments populaires, montrant qu’une large majorité des personnes interrogées (54 %) pensent que le système économique américain favorise les riches plutôt que d’être juste envers tous; 52 % ont dit que Romney favorisait les riches, tandis que 35 % ont dit qu’il serait favorable à la classe moyenne et 2 % aux pauvres. La même question à propos de Barack Obama a suscité une réaction très différente : seulement 10 % ont dit qu’Obama favorisait les riches, 43 % la classe moyenne, et 31 % les pauvres.
Les résultats du vote du 6 novembre ont souligné le fossé entre la représentation du paysage politique américain par les médias et l’establishment politique – dont le Parti démocrate – et les sentiments réels de la population. La présentation considérablement gonflée de la popularité et de la force de la droite républicaine s’est dégonflée avec la défaite des candidats dans les grandes courses soutenues par le Tea Party. Dans les États chaudement disputés, Romney a fait beaucoup moins bien que prévu.
Les républicains ont essuyé une débâcle au Sénat américain, où ils avaient pourtant prévu faire des gains significatifs, étant donné que les démocrates avaient à défendre 23 des 33 sièges à pourvoir. Au lieu de cela, les démocrates ont augmenté leur marge.
Les candidats démocrates (et dans le cas du Maine, un candidat indépendant allié aux démocrates) ont remporté presque toutes les courses serrées, remportant les sièges républicains dans le Massachusetts, le Maine, et l’Indiana, tout en conservant les sièges démocrates du Connecticut, de la Virginie, de la Floride, de la Pennsylvanie, de l’Ohio, du Missouri, du Wisconsin, du Dakota du Nord, du Montana et du Nouveau-Mexique.
Les résultats dans le Missouri et l’Indiana sont particulièrement frappants, alors que les républicains soutenus par le Tea Party y avaient remporté les primaires âprement contestées, pour ensuite perdre les campagnes électorales générales alors qu’ils étaient fortement favorisés pour gagner.
Plus que jamais, il est clair que le Tea Party a été créé par certaines sections des médias et de l’élite entrepreneuriale à la suite de l’effondrement républicain en 2008 comme un instrument pour faire passer des politiques d’extrême droite et déplacer le spectre politique officiel vers la droite. En dépit de l’énorme publicité donnée à ce groupe d’extrême droite, son soutien populaire reste négligeable.
Les véritables positions du Tea Party – le chauvinisme anti-immigrant, le militarisme, l’élimination des programmes sociaux gouvernementaux, la suppression de tous les règlements sur le monde des affaires – répugnent la grande majorité de la population.
Les sondages effectués à la sortie du scrutin ont montré, par exemple, que 65 % de ceux qui ont voté en 2012 favorisaient l’octroi du statut légal aux travailleurs immigrés sans papiers, alors que seulement 28 % d’entre eux favorisaient leur déportation massive.
Comme toujours, les démocrates vont interpréter leur victoire dans les termes les plus sobres et conservateurs. La dernière chose qu’ils veulent, c’est bien un mandat pour s’opposer à la ploutocratie, car ils servent les mêmes intérêts des entreprises. Ils vont tendre le rameau d’olivier aux républicains et permettre à la Chambre contrôlée par ceux-ci de fixer l’ordre du jour à Washington, comme c’est le cas depuis ces deux dernières années.
Le résultat des élections aux 435 sièges à la Chambre n’a pratiquement rien changé, les démocrates ayant regagné quelques sièges perdus en 2010, en particulier dans le Nord-Est, en Illinois, en Floride et en Californie, tandis qu’ils en ont perdu quelques autres éparpillés ailleurs dans le Sud et dans le Midwest. Ils ont certes terminé avec un gain net d’une poignée de sièges, mais ils restent loin des 25 sièges supplémentaires requis pour gagner le contrôle de la Chambre.
La Maison-Blanche n’a fait pratiquement aucun effort pour élire une Chambre contrôlée par les démocrates, le président s’étant limité à préparer un appel téléphonique enregistré pour offrir son soutien personnel à un seul candidat démocrate au Congrès.
La réaction des porte-paroles des deux partis a démontré l’agressivité continue de la droite républicaine, en dépit de la défaite présidentielle, de même que le désir intact des démocrates de s’entendre avec les républicains : John Boehner, président de la Chambre et républicain le plus important à Washington, a déclaré que l’élection ne constituait « pas un mandat pour augmenter les impôts » ; Julian Castro, choisi par Obama en tant que conférencier d’honneur lors de la convention démocrate, a pour sa part déclaré que l’élection était « un mandat pour le compromis ».
(Article original paru le 7 novembre 2012)
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Le tournant post-électoral d’Obama vers l’austérité et la guerre



Un article du WSWS       http://www.wsws.org

Le tournant post-électoral d’Obama vers l’austérité et la guerre

Par Joseph Kishore
13 novembre 2012
Les élections américaines terminées, la classe dirigeante américaine décide avec une rapidité incroyable d'appliquer un programme profondément impopulaire centré sur des coupes à hauteur de milliers de milliards de dollars dans les soins de santé et d'autres programmes sociaux.
Le premier point à l’ordre du jour à être mis en pratique, du moins en partie avant même la prise de fonction en janvier du Congrès nouvellement élu, est la soi-disant « falaise budgétaire ».
Le langage a été choisi tout à fait délibérément. L’image d’une « falaise » – utilisée pour la première fois par le président de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, en février 2012 – a pour but de créer un sentiment de catastrophe imminente. La falaise budgétaire est devenue la dernière formule en date de l’establishment politique et médiatique, apparaissant sur CNN avec un compte à rebours actualisé en permanence. L'objectif est de favoriser une atmosphère de crise pour imposer des mesures souhaitées de longue date par la classe dirigeante et qu’il serait impossible d’imposer autrement.
Cette « falaise » est une création artificielle. Suite à une loi adoptée par le Congrès et le gouvernement Obama, la fin de l'année verra la fin des réductions d’impôts de Bush sur toutes les catégories de revenus ainsi que l’application de coupes généralisées dans les dépenses militaires et nationales (à l’exclusion de la Sécurité sociale et de Medicaid.)
D’autres mesures devant expirer à la fin de l’année, en particulier les allocations chômages payées par le gouvernement fédéral, ont été passées sous silence dans les médias. Les deux partis sont d’accord pour mettre fin à une aide dérisoire qui est accordée aux personnes sans emploi.
La date de la « falaise » a été fixée délibérément après les élections pour empêcher que le vote ne devienne un référendum sur les coupes sociales et pour donner à la Maison Blanche et au Congrès, quel que soit le parti ayant le contrôle, un blanc-seing pour imposer son programme d’austérité bipartisan.
Les deux partis, démocrate et républicain, saluent la perspective d’un accord qui se concentrerait sur deux objectifs : 1) le remplacement des coupes automatiques dans les dépenses par des coupes visant Medicare, Medicaid et la Sécurité sociale tout en évitant des coupes dans les dépenses militaires ; 2) faire progresser une « réforme fiscale favorisant la croissance, » qui comprendrait une réduction des taux d’imposition des sociétés et des particuliers combinée à l’élimination ou à la limitation de déductions profitant aux travailleurs.
Durant la campagne électorale, Obama a insisté pour que soit mis fin aux réductions d’impôts de Bush en faveur des riches – décision qui résulterait en une augmentation relativement faible du taux d’imposition des hauts revenus. En exploitant la popularité de l’augmentation des impôts pour les riches, le gouvernement cherche à se procurer la caution d’un « sacrifice égal » alors qu’il s’apprête à dégrader les programmes sociaux.
Cependant, même une augmentation nominale des taux d’impôts ne verra probablement pas le jour. David Axelrod, le stratège en chef d’Obama, a dit dimanche qu’il ne voulait pas « anticiper » les négociations. En louant les commentaires faits par le porte-parole républicain de la Chambre des représentants, John Boehner, Axelrod a déclaré, « [B]ien sûr, on peut trouver de l’argent en supprimant des niches fiscales et en les appliquant à une réduction du déficit budgétaire [au lieu de relever les taux], et donc je pense qu’il y a bien des manières d’arriver à nos fins tant que tout le monde a une attitude positive et constructive face à cette tâche. »
Quels que soient les détails de l’accord qui sera finalement conclu, il comprendra des coupes historiques dans les programmes bénéficiant à la classe ouvrière tout en augmentant la richesse de l’élite financière et patronale.
Au sujet de la politique étrangère, le gouvernement se dirige rapidement vers une escalade pour imposer un changement de régime en Syrie tout en émettant de nouvelles menaces contre l’Iran. Dans sa première annonce en matière de politique étrangère faite après les élections, le gouvernement a imposé de nouvelles sanctions à l’encontre des responsables iraniens. Un projet de loi bipartisan est en train de franchir les différentes étapes du Sénat et imposera des sanctions accablantes à l’ensemble de l’économie iranienne qui a d’ores et déjà été dévastée par les agissements des Etats-Unis et de leurs alliés.
Le premier voyage effectué par le président après les élections, et qui commencera le 17 novembre, se fera en Asie alors que le gouvernement est en train d’intensifier sa campagne pour isoler et cibler la Chine.
La première semaine après les élections a tracé le cadre des quatre prochaines années sous Obama. Elle a aussi souligné le processus de décrépitude accélérée de la démocratie américaine.
Des milliards de dollars ont été dépensés durant les deux campagnes électorales pour une élection qui est soi-disant la plus importante occasion pour que la population américaine ait son mot à dire sur l’avenir du pays. Cependant, les projets réels de la classe dirigeante ont été dissimulés derrière les platitudes et les discours creux des deux candidats. Maintenant que les élections sont passées, le programme de l’oligarchie financière patronale est poursuivi avec une détermination impitoyable.
L'expérience de ces quatre dernières années avec le gouvernement Obama n’a pas été vaine pour les travailleurs. Le World Socialist Web Site a pratiquement été seul à souligner l’aspect le plus significatif du scrutin de mardi : la baisse exceptionnelle de la participation du nombre d’électeurs et avant tout la chute sensible du nombre de voix en faveur d’Obama.
Lorsque tous les bulletins de vote seront dépouillés, le score d’Obama sera de 7 à 8 millions inférieur à son score d’il y a quatre ans. La baisse n’est pas la conséquence du soutien pour Romney, dont le nombre total de voix est inférieur à celui obtenu par le candidat républicain John McCain en 2008. Au contraire, de vastes sections de la population ont exprimé leur désillusion et leur aliénation par rapport aux deux partis et à l’ensemble du système politique en n’allant pas voter.
Sous l’impact de la crise économique et en réponse à la politique de la classe dirigeante, le désenchantement de millions de travailleurs et de jeunes se transformera en colère. Quelle forme politique cette colère prendra-t-elle ?
L’ensemble des institutions pro Parti démocrate – à commencer par les syndicats jusqu'aux organisations et aux publications libérales et pseudo-gauches – sont compromises par ces développements. Elles saluent la réélection d’Obama comme étant une grande victoire pour les « progressistes » et regardent avec crainte et appréhension l’aliénation des travailleurs par rapport au Parti démocrate.
La politique, tout comme la nature, a peur du vide. La force de la perspective socialiste – et du programme du Parti de l’Egalité socialiste (Socialist Equality Party, SEP) – est qu’elle correspond à la logique des développements objectifs. Durant les élections, la campagne du SEP a averti de ce qui est à venir après les élections. La classe dirigeante de par ses propres agissements prouve la validité de cet avertissement et de la perspective marxiste.
(Article original paru le 12 novembre 2012)
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Interview de Jean-Luc Mélenchon - « La confrontation sociale semble inéluctable »

Lu sur le site :<<LA RIPOSTE>>
http://www.lariposte.com

Interview de Jean-Luc Mélenchon - « La confrontation sociale semble inéluctable » 
lundi 12 novembre 2012

Interview de Jean-Luc Mélenchon - « La confrontation sociale semble inéluctable »
La Riposte  : Quel jugement portes-tu sur les six premiers mois du gouvernement Ayrault ?
Jean-Luc Mélenchon  : Faute d’un meilleur terme, je nomme « sociale libérale » la politique de ces six premiers mois du gouvernement Ayrault. C’est celle de tout le Parti Socialiste Européen depuis Blair. Elle a conduit à l’effondrement et la capitulation sans condition de Papandréou en Grèce, premier ministre et président de l’Internationale socialiste. Cette ligne, c’est celle de François Hollande depuis les années 80, comme je l’ai montré dans mon livre Enquête de gauche. Entre le ralliement au traité Sarkozy-Merkel, le budget d’austérité, le plan Gallois, le nouveau pouvoir a mis six mois pour faire un « coming out » – dans la filiation du parti démocrate américain ou italien – qui rompt publiquement avec toutes les traditions de la gauche en France. Le Front de Gauche a bien fait de rester autonome. Ses parlementaires n’ont pas voté la confiance au gouvernement. Notre groupe a voté contre le budget de la sécurité sociale à l’Assemblée. Selon moi, il devrait en faire autant sur le budget de l’Etat.
Mais le nouveau pouvoir pose un grave problème : il détériore le rapport de force social. La victoire contre Sarkozy a été finalement très courte. Un pouvoir de gauche aurait donc dû proposer rapidement des mesures populaires profondes pour élargir sa base sociale et entrainer la société. Le devoir d’un gouvernement de gauche nouvellement élu est de créer le rapport de force avec le patronat. Au lieu de cela, Hollande et Ayrault repoussent les quelques réformes promises. Ils refusent d’amnistier les syndicalistes qui ont résisté contre la droite et ont été condamnés. Et ils traitent par le mépris et le sectarisme le Front de Gauche. Ils organisent ainsi la démobilisation de ceux qui ont permis de battre la droite. En même temps sur l’austérité, la « compétitivité » et maintenant les 35 heures, Hollande et Ayrault valident le discours du patronat. Le rapport de force se dégrade donc vertigineusement. A chaque fois, le MEDEF s’engouffre dans la brèche. Hollande et Ayrault mettent la gauche et les salariés en grand danger.
LR  : Le MEDEF fait pression pour un allègement massif des « charges patronales ». Il prétend que cela créerait des emplois. Qu’en dis-tu ?
JLM  : Le MEDEF avance ses pions car il sent que le gouvernement est faible. Mais ne nous laissons pas intoxiquer par les mots. Ce que le MEDEF appelle des « charges » est en fait des cotisations, c’est-à-dire une partie du salaire. Et le travail humain n’est pas un « coût » : il a un prix. Ce prix intègre la santé, l’éducation, la protection du travailleur contre le chômage ou la vieillesse. Surtout le travail est la seule source de richesse de la société ! Les chiffres plaident pour nous. Depuis dix ans, les exonérations de cotisations sociales ont déjà coûté 215 milliards d’euros. Et le chômage n’a cessé d’augmenter. C’est la preuve que le problème de l’économie française n’est pas le prix du travail. Le problème, c’est le coût du capital. Les entreprises dépensent deux fois plus en intérêts et en dividendes qu’en cotisations sociales patronales  ! La ponction des profits dans la richesse du pays a triplé depuis trente ans ! C’est pourquoi les marges des entreprises après dividendes sont en France les plus basses d’Europe !
Le battage sur la compétitivité est un mensonge. C’est un prétexte pour augmenter les profits. L’essentiel de notre économie souffre d’abord de l’austérité qui contracte l’activité en réduisant l’investissement public et la consommation populaire. Pour lutter contre le chômage, il faut accepter l’idée que c’est le progrès social qui crée l’activité : augmenter les salaires pour relancer l’activité socialement et écologiquement utile, relocaliser les productions, définanciariser l’économie.
Quant aux secteurs soumis à la concurrence internationale, posons les bonnes questions. Pourquoi ne protège-t-on pas nos industries contre le dumping social et écologique ? Pourquoi ne fait-on pas baisser la valeur de l’euro qui pousse Airbus à aller produire en zone dollar ? Pourquoi continue-t-on à tolérer les délocalisations au mépris de toute logique écologique et sociale en France, mais aussi dans les pays à bas coûts ? Poursuivre la course au moins-disant social avec les Allemands, les Roumains ou les Chinois est inepte socialement et économiquement. A qui vendra-t-on nos produits quand il n’y aura en France que des pauvres et des chômeurs ?
LR  : Un récent article de Médiapart rapportait que dans un certain nombre d’entreprises menacées de fermeture (Fralib, PSA, Arcelor-Mittal…), des syndicalistes se prononcent désormais pour leur « nationalisation ». Est-ce que cette idée ne devrait pas être davantage développée par le Front de Gauche, en lien avec les luttes ?
JLM  : Le programme du Front de Gauche, L’humain d’abord, propose d’étendre la propriété publique à de nouveaux secteurs, notamment le secteur bancaire ou l’énergie avec la nationalisation de Total. Mais surtout, nous voulons étendre la propriété sociale. Il faut étudier à chaque fois la forme la plus pertinente : nationalisation, coopérative ouvrière, etc.
Pour cela, nous avons proposé un droit de préemption des salariés sur leur entreprise en cas de vente et un droit de reprise en cas de départ du patron. Et chaque fois que nécessaire, l’Etat doit intervenir pour permettre ce transfert aux salariés par la réquisition, la nationalisation temporaire, et ensuite pour aider l’entreprise via un pôle public bancaire.
Le Parti de Gauche s’est par exemple prononcé pour la nationalisation de Florange ou la réquisition de Fralib et Petroplus. Mais l’expérience montre que la question de la gestion et de la stratégie industrielle ne s’arrête pas à la question de la propriété. Elle doit intégrer le pouvoir des salariés.
Et nous devons aussi réaliser la transition écologique d’un certain nombre de secteurs industriels. La réunion organisée par le Front de gauche pendant la campagne avec des syndicalistes de plusieurs entreprises menacées a montré que cet objectif écologique était un atout pour réindustrialiser. Les salariés sont ceux qui connaissent le mieux la production et l’outil industriel. Ils doivent avoir plus de pouvoir dans les entreprises, qu’elles soient publiques, sociales ou capitalistes.
LR  : Les politiques d’austérité menées en Europe ont donné lieu à des grèves et des manifestations massives, notamment en Grèce et en Espagne. Quelles perspectives pour la France, à cet égard  ?
JLM  : Les peuples grecs, espagnols, portugais luttent avec un immense courage contre l’austérité. La prise de conscience et la mobilisation sont plus avancées qu’en France. Mais l’austérité y est, pour l’instant, plus sauvagement engagée. Voilà le prix pour avoir écouté les appels aux sacrifices des sociaux libéraux ! Dans ces trois pays, les sociaux-libéraux sont responsables de cette politique. Leur discrédit est-il suffisant pour nous conduire au pouvoir ? En France, beaucoup d’électeurs ont cru que cette question pourrait se résoudre sans combat social. C’est le sens de l’élection de Hollande. Aujourd’hui, les consciences évoluent. La confrontation sociale semble inéluctable. Mais il y a beaucoup d’abattement. Mais nous restons une force de référence qui dynamise les nôtres. C’est ce qu’a montré la manifestation du 30 septembre contre le traité. C’est aussi ce que montreront les manifestations du 14 novembre en France. Cette date est une étape importante dans la convergence européenne.
LR  : En Grèce, l’ascension de Syriza au détriment du PASOK est un bouleversement dans la vie politique du pays. En France, le Front de Gauche peut, lui aussi, servir de point de ralliement politique pour ceux qui luttent contre l’austérité. Quels doivent être les axes principaux de notre lutte contre le capitalisme dans les mois à venir ?
JLM  : Les exemples de Syriza et de l’Amérique latine montrent que quand les peuples cherchent une issue, le meilleur est possible. Il n’est pas certain, mais il est possible. De ce point de vue, nous avons des atouts en France. Contrairement à d’autres pays, nous avons créé l’outil de résistance avant que la crise n’entre dans sa phase aigüe. Cet outil, c’est le Front de Gauche. Depuis quatre ans, il existe, se renforce, progresse. A chaque instant, nous devons rassembler, convaincre et mobiliser comme nous le faisons depuis 2009. La campagne présidentielle a permis un élargissement considérable, que ce soit dans la rue à la Bastille, Toulouse et Marseille, mais aussi dans les urnes avec quatre millions de voix. Nous devons poursuivre dans cette voie pour aller vers un véritable front du peuple. Construire ce Front du peuple est notre mission historique.
Pour réussir cet élargissement populaire, le Front de Gauche doit conserver son autonomie par rapport aux sociaux-libéraux. Si nous sommes identifiés de près ou de loin comme complice de la politique d’austérité, nous serons balayés car nous n’aurons plus de raison d’être. J’ajoute que nous ne convaincrons que si nous sommes capables de proposer une alternative radicale mais concrète. Nous devons affirmer sans cesse notre capacité à gouverner, à former, à partir du Front de Gauche, une majorité alternative à gauche.
Sur le plan idéologique enfin, nous devons nous opposer à la dérive austéritaire de l’Union Européenne. Faisons-en un atout et profitons-en pour poser la question de la légitimité du pouvoir de la finance et du patronat. En imposant l’austérité de façon autoritaire, les libéraux et les sociaux-libéraux poussent à faire le lien permanent entre la lutte sociale contre l’austérité et la lutte politique pour affirmer la souveraineté du peuple, dans la Nation mais aussi dans l’entreprise.

Note de la rédaction : nous commenterons prochainement cette interview.
La Riposte
©2002-2010 Journal communiste : La Riposte

Un des 650 fusillés pour l’exemple de la Grande Guerre reconnu « mort pour la France »


Un des 650 fusillés pour l’exemple de la Grande Guerre reconnu « mort pour la France »

s'informerDeux jours avant les commémorations du 11 novembre, Kader Arif, ministre délégué aux Anciens combattants, a décerné la mention «  mort pour le France » au sous-lieutenant Chapelant, accusé de désertion bien qu’innocent, fusillé pour l’exemple le 11 octobre 1914. Il n’avait pas été réhabilité, alors que son cas était devenu entre les deux guerres emblématique de la bataille pour rendre leur honneur aux 650 fusillés pour l’exemple de la guerre 1914-18.
Le ministre a présenté sa décision comme un « premier pas », sans s’engager davantage sur la réhabilitation des 600 fusillés pour l’exemple qui restent à réhabiliter bien que plusieurs   associations comme la Libre Pensée et l’Association Républicaine des Anciens combattants mènent campagne  depuis des années pour la réhabilitation immédiate et collective de ces hommes.
Le Conseil général de la Corrèze, dont  François Hollande était président,  s’était prononcé en ce sens. Le  président de la République François Hollande n’a pas évoqué le sujet, comme l’avaient fait Lionel Jospin, en 1988,  ou Nicolas Sarkozy, dix ans plus tard. Dans ses allocutions du 9 novembre dans un cimetière militaire de l’Argonne et du 11 novembre à l’Arc de Triomphe, il a suivi l’orientation définie par la loi Laffineur du 28 février 2011, source de confusion selon des historiens. Cette loi élargit la commémoration du 11 novembre à un hommage rendu à tous les morts pour la France, civils ou militaires, de toutes les guerres y compris dans les opérations extérieures ce qui est le cas aujourd’hui de l’intervention en Afghanistan.