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[ Flash ] Une annonce sinon rien
Le problème n’est pas les parcs d’attraction, les mangas ou l’Arabie saoudite - quoique - mais la capacité d’Emmanuel Macron à tout ramener à lui.
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L’Arabie saoudite va, nous dit-on (foi d’Emmanuel Macron et de Mohammed ben salmane) investir 6 milliards d’euros dans trois parcs d’attraction à Cergy Pontoise. Peu importe que ce ne se soit là que des lettres d’intention, sans engagement aucun, ni financier ni en termes d’emplois (22 000 annoncés) et que la situation politique en France et le calendrier électoral laissent fortement subodorer une manoeuvre toute politicienne. C’est toujours la vieille ficelle des milliards de contrats annoncés et jamais signés.
On ne va pas condamner le projet tout de suite. Mais on va juste rappeler le contexte et les précédents.
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On ne sait pas grand chose du projet, si ce n’est qu’un des parcs sera construit sur le thème manga de Dragon Ball. Des autres on ne connait fichtre rien. Mais rien que pour Dragon Ball, ça coince sacrément.
C’est Le Monde qui a levé le premier gros lièvre : le parc n’a pas encore obtenu l’accord des ayants droits japonais. La procédure n’est jamais simple mais dans ce cas présent, elle risque de sacrément donner du fil à retordre : le créateur du manga, Akira Toriyama, est mort en 2024, et les droits de ses œuvres sont répartis de manière très complexe entre différentes entreprises.
Pourquoi les mangas ? Et là, la réponse à cette question devrait nous plonger dans une longue perplexité : parce que ben Salmane et Emmanuel Macron ont ceci de commun qu’ils les affectionnent particulièrement. C’est maigre comme base de départ, et dénote surtout d’une certaine conception, très personnelle, du pouvoir.
L’autre point commun est Qiddiya Investment Company. Cette filiale du fonds souverain saoudien Public Investment Fund (PIF), le fonds souverain du royaume présidé et dirigé par le prince héritier lui-même, et qui annonce porter ce projet en France, en a déjà un en route dans son pays.
Seconde question, pas plus élucidée, et qui reste l’angle mort du dossier : trois parcs de plus en région parisienne, à côté des mastodontes Astérix et Disney Paris - lequel Disney avait contribué à continuer de faire couler Mirapolis sur les ruines desquelles est prévu Dragon Ball - ne ferait pas un poil trop alors que le contexte économique en France contraindra vraisemblablement les amateurs à faire des choix -entre un parc et un autre ?
Une étude de marché a vraisemblablement été effectuée. L’étonnant là dedans est qu’elle ne soit pas rendue publique, ou que personne n’en parle. Le site Cergy Parcs, qui liste les étapes et avancées du dossier, ne dit rien de tout cela.
On ne sait rien non plus du montage financier alors que toutes sortes de chiffres ont circulé avant que soient annoncés ces 6 milliards d’euros. On est ainsi passé de 1 à 3 parcs, et de 1 à 6 milliards - le 7 milliards qui a circulé était en dollars.
Rien là de contradictoire, si ce n’est que les négociations sont loin d’être terminées. Il s’agit bien d’un effet d’annonce qui n’a que peu à faire d’un autre élément : le rôle de ben Salmane, manifestement pas mis au ban, dans l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi alors qu’un juge d’instruction a finalement été nommé pour enquêter sur ce dossier - le parquet s’y était jusque-là opposé.
Enfin, dans toute cette histoire, il faut rappeler qu’il y a des précédents, pas vraiment glorieux. Le plus fameux est la promesse de l’Arabie saoudite en 2018 d’investir jusqu’à 1 milliard d’euros dans la culture française. Au final, 50 millions d’euros ont été injectés. Si on remonte plus loin en arrière, François Hollande avait aussi misé sur le cheval saoudien. Plusieurs contrats annoncés dans les années 2010 sont restés au stade de lettres d’intention ou ont été revus à la baisse.
Le contrat prévu pour une dizaine d’A380 a été annulé d’un trait de plume, au motif que l’Arabie saoudite se serait soudainement rendue compte qu’elle n’avait pas besoin de ces gros porteurs - qui peut croire en cette version ? Le contrat avec Veolia de la gestion de l’eau à Ryad a fini en peau de chagrin (82 millions d’euros contre 3 milliards annoncés). L’accord sur l’ouverture d’une usine de plasma avec un laboratoire français a lui aussi été enterré - on verra ce qu’il en sera de celui annoncé ce même 24 août entre Sanofi, présidé par Frédéric Oudéa, le mari de l'ancienne ministre des Sports Amélie Oudéa-Castéra, et l’Arabie saoudite. Quant au contrat pour trois patrouilleurs CMN financés par l’Arabie saoudite pour le Liban, finalement transformé en commande de 19 intercepteurs HSI32 destinés à l’Arabie saoudite, il n’était toujours pas complètement soldé dix ans plus tard, en 2025.
Il y a une certaine constance. Avant Emmanuel Macron, avant François Hollande, Nicolas Sarkozy avait lui aussi joué la carte de la diplomatie personnelle, tissant des liens avec l’Emir du Qatar, le prince héritier Tamim. La suite on la connait : le Qatar a investi en France dans l’immobilier, des entreprises, il a racheté le PSG. En échange de quoi, le pays est devenu un partenaire privilégié de la France au Moyen Orient - voilà pour le volet diplomatique - mais s’est vu octroyé un traitement tout particulier.
Le Qatar a obtenu que ses investisseurs soient exonérés d’impôt sur les plus values immobilières, sans parler des avantages octroyés pour certains résidents au titre de l’impôt sur la fortune. Ardoise estimée pour le fisc français : entre 150 et 200 millions d’euros. Quant à l’attribution de la coupe du monde de football en 2022 au Qatar, elle est au coeur d’une enquête judiciaire.
En 2024, l’Arabie saoudite s’est vue attribuer l’organisation de la coupe du monde en 2034. Le royaume était seul en lice.
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Directrice de la publication : Patricia Cerinsek


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