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vendredi 31 juillet 2026

L'actualité littéraire hebdo avec BIBLIOBS - Vendredi 31 juillet 2026

 

Vendredi 31 juillet 2026

Chaque vendredi, notre sélection d’articles pour suivre l’actualité littéraire et la vie des idées : romans, essais, polars et BD.
« Backrooms », meilleure adaptation de l’inadaptable « Maison des Feuilles » ?

Par Amandine Schmitt

Certes, il y a « l’Odyssée » de Christopher Nolan − dont la source littéraire est évidente − qui bourre à craquer les salles de cinéma, mais un autre phénomène fait rage sur grand écran cet été : « Backrooms ». Réalisé par Kane Parsons, YouTubeur prodige de 21 ans à qui on a donné les clés d’Hollywood, le film suit Clark (Chiwetel Ejiofor), architecte raté, dans sa découverte d’un passage secret dans le sous-sol du morne magasin de meubles qu’il dirige. Derrière un pan de mur élastique, des pièces vides au papier peint jaune délavé s’emboîtent à l’infini. Demeurent des vestiges étranges, à demi avalés par les parois, et des objets ayant manifestement appartenu à d’autres. Au cœur de ce lieu indéchiffrable semble roder une menace. Un dédale aussi effrayant que fascinant, qui peut être interprété de multiples manières. Métaphore de l’IA, qui recrache (mal) ce qu’elle absorbe ? Transposition du mythe du Minotaure ? Projection d’une psyché ?

Le même genre de théories et d’arrachages de cheveux circulent depuis longtemps au sujet d’un monument de papier, le culte « la Maison des feuilles » de l’Américain Mark Z. Danielewski (première édition en français chez Denoël en 2002, réédition Monsieur Toussaint Louverture en 2022, traduction de Claro). Un ouvrage monstre de 700 pages, à l’intrigue indescriptible. Puisqu’il faut essayer de tirer un fil, prenons le plus évident. A leur retour d’un voyage à Seattle, les Navidson constatent qu’un couloir, auparavant absent, est apparu dans leur maison de Virginie. Obsédé, Will Navidson explore les limbes du bâtiment, dont il constate qu’il a des dimensions supérieures à l’intérieur qu’à l’extérieur. L’ouvrage regroupe les impressions de nombreux curieux qui ont cherché à percer le mystère de la maison, sous différentes formes : chansons, travaux universitaires, etc.

« Backrooms » comme « la Maison des feuilles » mettent en scène ce qu’on appelle des « espaces liminaux », ces lieux de rien (halls d’aéroport, salles d’attente, centres commerciaux…) où le vide fait surgir l’angoisse. Les deux ont aussi en commun d’inventer une grammaire expérimentale. Le livre s’appuie sur de nombreux jeux de typographie (le mot « maison » est toujours imprimé à l’encre bleue, par exemple) ou de variations de formes (notes de bas de page, paragraphes à l’envers, partitions…). « Backrooms » alterne lui aussi entre les sources : le long-métrage filmé de manière conventionnelle, les vidéos de rapports scientifiques et le « found footage », ces scènes montrées en vue subjective. Dans les deux cas, les récits sont enchâssés les uns dans les autres façon matriochkas.

Les deux œuvres trouvent leur genèse sur internet. A défaut de trouver un éditeur pour son projet hors normes, Danielewski a d’abord publié ses feuillets en ligne, suscitant des carrières de détectives amateurs aux quatre coins de la planète. Kane Parsons, lui, a débuté avec une websérie artisanale basée sur une histoire « creepypasta » (comprendre : une cyber-légende urbaine) au sujet de pièces au papier peint jaune. On murmure même qu’elle aurait été directement inspirée de « la Maison des feuilles ». Comme si cette nouvelle itération au cinéma était une manifestation de la maison elle-même. Elle gagne en largeur, et d’autres s’y intéresseront après nous. Brrr.

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