Les occasions ne manquent pourtant pas. Il y a eu la marche annuelle organisée par Nous Toutes en novembre 2025, puis celle du 8 mars à l’occasion de la journée internationale pour les droits des femmes, et les rassemblements contre le maintien des concerts de Patrick Bruel, mis en examen pour viols et agressions sexuelles… Plus récemment, lundi 8 juin, des manifestations ont été organisées dans de nombreuses villes françaises après le meurtre de Lyhanna, 11 ans, dont le suspect a été visé, ces dernières années, par plusieurs plaintes pour viols sur mineures.
A chaque fois, je dresse le même constat : où êtes-vous, vous, les hommes ? Vous étiez si peu nombreux à rendre hommage à cette petite fille assassinée – beaucoup moins, en tout cas, que ceux qui prendront le temps de m’envoyer un message pour me rappeler l’éternel « Not all men »…
En soirée, à la machine à café ou au parc, vous m’assurez pourtant être inquiets pour la rentrée de votre petit dernier en maternelle, à cause de la pédocriminalité dans le périscolaire. Vous m’affirmez avoir écouté religieusement le podcast de Victoire Tuaillon, « Les couilles sur la table » et avoir lu au moins un livre de Mona Chollet. Dans un article du « Monde » publié début mai, certains d’entre vous signalaient que le fait d’être père d’une fille les avait même rendus « plus sensibles aux inégalités de genre ». Je passe sur votre envie de médaille permanente, ce n’est pas le sujet.
Ce que vous faites n’est pas suffisant.
A la suite de la publication de nombreux reportages depuis la mort de Lyhanna, la militante féministe Alice Coffin a relevé dans un post Instagram que le mot « manifestants » – au masculin, donc – était majoritairement utilisé par les médias dans leurs titres : « On désinforme en invisibilisant les femmes et en dédouanant par la même occasion les hommes. » Presque dix ans après #MeToo, vous n’avez plus d’excuse, vous ne pouvez plus dire que vous aviez un match de water-polo ou qu’une réunion s’est éternisée.
Peut-être ne vous sentez-vous pas concernés. Peut-être n’avez-vous pas de mère ayant été incestée par son père. Peut-être n’avez-vous pas de sœur qui a été harcelée à la sortie du collège pour sa jupe trop courte. Peut-être n’avez-vous pas d’amie qui a été droguée pendant que vous dansiez dans un club. Peut-être n’écoutez-vous pas. Lyhanna non plus n’a pas été écoutée.
P.-S. : Les associations féministes et de défense des enfants, rejointes par de nombreuses personnalités dont la réalisatrice Andréa Bescond, appellent à se rassembler tous les lundis soir devant les tribunaux et le ministère de la Justice à Paris, pour réclamer une loi intégrale contre les violences faites aux femmes et aux enfants. Et si vous annuliez votre « soirée entre potes » du lundi, pour nous aider à défendre nos droits ?
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