| | Hadrien Mathoux Directeur adjoint de la rédaction Coupe du Monde : des Bleus si politiques
Ce jeudi 11 juin a débuté une Coupe du monde de football qui croule déjà sous le poids des polémiques. Organisé sous le haut patronage de Donald Trump — la plupart des matches ont lieu aux États-Unis — et du président de la FIFA, Gianni Infantino, incarnation vivante de la corruption et de la cupidité qui rongent le sport le plus populaire de la planète, le tournoi devra livrer un spectacle d'anthologie pour que le sportif passe au premier plan.
« Le football n'est pas une question de vie ou de mort, c'est bien plus important que cela », disait Bill Shankly, entraîneur mythique de Liverpool. Mais on aurait tort de le décrire comme un « opium du peuple » détournant les citoyens des questions essentielles pour les enivrer avec « du pain et des jeux ». Loin d'éloigner le peuple de la politique, le football les y ramène régulièrement, un processus qui s'opère souvent au détriment de sportifs de haut niveau se retrouvant otages des passions contemporaines.
Nous ne sommes heureusement plus en 1934, lorsqu'à l'occasion de la Coupe du monde en Italie, Benito Mussolini faisait parvenir aux joueurs de la sélection transalpine un télégramme, la veille de la finale : « Gagnez, ou vous êtes morts ! ». Mais en France, les fractures bleu-blanc-rouge trouvent souvent leur écho sur le rectangle vert, particulièrement à l'occasion des Coupes du monde.
En 1998, lorsque les Bleus de Deschamps, Zidane et Desailly remportent le Mondial organisé à domicile, la gauche au pouvoir exulte : cette équipe métissée mais unie n'est-elle pas le symbole éclatant d'une France « black-blanc-beur » dont SOS Racisme fait son miel depuis les années Mitterrand ? Le désastre du match amical France-Algérie du 6 octobre 2001, interrompu par un envahissement de terrain des supporters algériens, viendra dissiper ce mirage.
Atmosphère inversée en 2010, lorsqu'une calamiteuse équipe de France décide de faire la grève de l'entraînement à Knysna, en Afrique du Sud, sur fond de tensions internes. Ces Bleus, où « des caïds immatures commandent à des gamins apeurés », dixit alors la ministre Roselyne Bachelot, deviennent le symbole des tensions identitaires françaises. La droite critique un cocktail fric-rap-islam qui serait emblématique d'un état d'esprit « banlieue » ayant contaminé la sélection nationale.
Aujourd'hui, la quasi-totalité des joueurs de l'équipe de France viennent de quartiers populaires de banlieue et sont issus de l'immigration, mais les polémiques sont moindres : c'est que les Bleus d'aujourd'hui accumulent les résultats exceptionnels (finale de l'Euro en 2016, victoire en Coupe du monde en 2018, finale de Coupe du monde en 2022).
Gare à eux tout de même : si le Mondial américain se solde par un fiasco, les polémiques pourraient ressurgir. Et notamment viser la star de l'équipe critiquée pour son individualisme, Kylian Mbappé, qui a récemment créé la controverse en clamant son opposition au Rassemblement national, et dont la courbe de popularité a suivi une trajectoire curieusement similaire à celle… d'Emmanuel Macron. Twitter @hadrienmathoux
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