Vendredi 12 juin – #113 : Ciel, je suis riche !
BONJOUR CHERS XOOMERS ! Etes-vous riche ? Pour le savoir, lisez la dernière étude de l’Observatoire des inégalités. Est riche en France, selon ces économistes, un célibataire qui gagne 4 292 euros net par mois, un couple sans enfant à 6 438 euros, une famille avec deux ados à 10 730 euros. Ou/et si votre patrimoine dépasse 820 400 euros. Alors, riche ou pas ? (sur le site de l’Observatoire, un comparateur permet de se situer sur l'échelle des salaires...)
Bases. Ce seuil ne tombe pas du ciel. Pour un célibataire, il représente deux fois le revenu médian, défini comme le revenu qui coupe la population en deux : la moitié des gens gagne moins, l’autre moitié gagne plus. Calculé chaque année par l’Insee, le seuil de pauvreté représente par convention 60 % du revenu médian, soit 1 288 euros net par mois pour un célibataire. Vous avez les bases.
Etalonnage. Nos partenaires ont-ils la même perception de la richesse ? L’Observatoire des inégalités s’est inspiré de l’Allemagne. Depuis vingt ans, Berlin fixe aussi ce seuil au double du revenu médian, soit 4 860 euros net par mois pour un célibataire. Les Italiens accordent le statut de riches aux 10% des foyers les plus aisés – au-delà de 3 420 euros net par mois. Même chose en Grande-Bretagne (4 052 euros net).
Révélateur. Ce qui est révélateur, c’est moins le niveau absolu du seuil que la volonté politique de le fixer (ou pas). Berlin est la seule à l’officialiser depuis 2001 dans un rapport annuel. L’Observatoire des inégalités le calcule donc, sans que l’Insee ne s’en empare encore (c’est, paraît-il, imminent). Londres et Rome ont d’autres chats à fouetter. Perce ainsi une obsession plus ou moins forte pour les riches...
Décompte. Car pourquoi se donner un seuil officiel si ce n’est pour compter ses riches comme Harpagon ses pièces d’or ? En France, il y aurait 4,8 millions de riches, soit 7,5 % de la population. Après un pic de 9 % en 2011, le taux fluctue entre 7 % et 8 % depuis dix ans. Outre-Rhin, le même étiage prévaut pour le double du revenu médian. Mais l’Allemagne publie également un seuil plus exigeant (250 % du médian) qui ramène les « vrais riches » à 4 %, soit 2,5 millions d’Allemands. Le choix du seuil n’est pas neutre, il est politique.
Comptabilité. Mais pourquoi compter les riches ? C’est pour mieux les taxer, mon enfant (version remaniée de Charles Perrault) ! Voici le moment de bascule du raisonnement : pour démontrer que ce seuil dit quelque chose du rapport d’un pays à ses riches, il faut étudier le lien entre ledit seuil et la fiscalité effective qui s’applique au-delà. Vous suivez? Reprenons le cas allemand. Le dernier rapport gouvernemental mentionne explicitement les 102 000 contribuables soumis au taux marginal de 45 % au-dessus de 23 000 euros net par mois. La situation est analogue en France. Conclusion : on est riche statistiquement avant d'être pénalisé fiscalement.
Ecart. J’ai demandé à une IA de calculer l'écart entre le revenu où l’Etat vous compte comme riche et celui où il vous traite comme riche (taux marginal le plus élevé). En clair, plus le gap est grand, plus l’Etat laisse ses riches tranquille... Si ses calculs sont exacts, il y aurait un paradoxe italien: de l’autre côté des Alpes, on est fiscalement dans la tranche maximale (43 %) avant d'être statistiquement riche. Le gap est négatif ! Ce n’est pas que l’Etat ménage les riches, c’est qu’il écrase les classes moyennes supérieures avant même qu’elles ne s’enrichissent ! A l’opposé, l’Allemagne aurait le plus grand gap (x4,8). La Reichensteuer (taux à 45%, littéralement « taxe sur les riches ») est déclenchée à un niveau que la grande majorité des riches statistiques n’atteint jamais.
Zone grise. Et la France ? Elle affiche une position intermédiaire tout en pratiquant le taux marginal le plus élevé (55,4% avec les prélèvements sociaux). Nous reconnaissons nos riches assez tôt (4 292 euros par mois), les imposons très fort, mais nous plaçons le déclencheur fiscal loin au-dessus (15 000 euros par mois). La zone grise – entre 4 292 et 15 000 euros – serait celle où on est « riches » sans être surtaxés... mais il n’y a pas que le revenu, n’est-ce pas ?
Triangulation. Mon raisonnement est peut-être faux, et les chiffres approximatifs. Je compte sur vous, chers xoomers, pour me contredire. Il n’empêche... Cette petite analyse démontre qu’il n’est pas anodin de compter les « riches » de manière officielle. Seuil, gap et taux : la triangulation de ces trois indicateurs demeure pertinente. Un Etat peut avoir un seuil bas et une fiscalité clémente (Allemagne), un seuil moyen et une fiscalité confiscatoire (Italie). Quel modèle la France choisira-t-elle ?
Ultra-riches. Dans le débat fiscal, le seuil de ce qu’on considère comme la richesse devient crucial. J’ai souvent démonté l’illusion qu’il suffirait de ponctionner le fameux 1% des plus fortunés pour résoudre tous les problèmes de la France. Et cette autre évidence que, sans réforme, il faudrait « élever » toujours plus de riches pour mieux les tondre. Car une fois les grandes fortunes supprimées (Thomas Piketty, dans Le Capital au XXIe siècle : « Il s’agit de mettre fin à ce type de revenu, jugé socialement excessif et économiquement stérile ou tout au moins de le rendre excessivement coûteux »), il faudra bien trouver d’autres riches, moins riches mais toujours trop riches.
Zucman. Gabriel Zucman ne se dissimule pas. Après l’avoir interviewé en septembre 2025, le Sunday Times écrit : « [Il] n’exclut pas que le seuil de 100 millions d’euros soit abaissé afin de toucher non seulement les méga-riches, mais aussi les simples fortunés, voire des personnes telles que ses parents, tous deux médecins, dont les biens immobiliers et autres investissements font d’eux, selon ses propres termes, des “petits multimillionnaires” ». D’où l’importance de tracer ces 4,8 millions de contribuables !
GenXO. GenXO, c’est un X comme eXpérience et un O comme Opportunité, pour les actifs suractifs de plus de 55 ans qui sont riches sans le savoir (ou pas). Puisque l’on appelle désormais les membres de la Génération Z les zoomers, je propose de baptiser notre communauté les xoomers.
XOOMERS, SI VOUS TROUVEZ CETTE EDITION UTILE, TRANSMETTEZ-LA A QUELQU’UN QUE VOUS ESTIMEZ !
Rémi Godeau, directeur de la rédaction de l’Opinion
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