Cette gazette vous plaît ? Transférez-là à votre carnet d’adresses… Ils vous remercieront et nous aussi. | | Il n’y a pas que sur le plan énergétique que la guerre en Iran est intéressante. En bon stratège, Georges Kuzmanovic a mis en relief ce matin la rupture doctrinale militaire que révèle le conflit, une sorte d’« Azincourt 2.0 ». Le fondateur du média Fréquence Populaire décrit un rapport de forces où « des gens moins nombreux, moins armés, moins riches » renversent la logique classique en faisant des drones et des missiles la « base principale de leur défense et de leur attaque ». Il fait le parallèle avec la bataille médiévale d’Azincourt où « des archers anglais ont cloué des milliers de cavaliers chevaliers français » grâce à un système d’armes bien moins coûteux. Aujourd’hui, chaque missile antimissile américain ou israélien coûte infiniment plus cher que le drone ou le missile iranien qu’il intercepte, ce qui rend la guerre financièrement intenable sur le temps long, même avec un budget militaire américain qui explose vers les 1 500 milliards de dollars souhaités par Donald Trump pour 2027. Dans le même temps, les stocks de munitions occidentales s’érodent rapidement (les États-Unis auraient déjà liquidé le quart de leur stock de munitions), tandis que l’Iran continue de tirer et de frapper des cibles de haute valeur, comme un avion radar Awacs, avec des systèmes comparativement bon marché. Notre invité explique également le piège terrible dans lequel se sont jetés les Américains. Contraints de doper les exportations de pétrole pour garder un prix du baril inférieur à 115 dollars et ainsi maintenir leur industrie, ils ont dû lever les sanctions sur le pétrole iranien et… contribuer au financement de l’effort de guerre ennemi. Une donnée à intégrer dans le contexte plus général de la dédollarisation de la région. Georges Kuzmanovic explique aussi comment le détroit d’Ormuz devient l’épicentre de la fin du pétrodollar. L’Iran utilise la guerre et les sanctions pour transformer Ormuz en outil géo économique central : filtre stratégique (seuls les navires des pays alliés de l’Iran passent : Chine, mais aussi Espagne), taxe de passage et surtout paiement en yuan. Dans le même mouvement, Georges Kuzmanovic souligne que cette réorientation accélère la remise en cause de l’hégémonie américaine : l’idée d’un « Petro-yuan » (ou plutôt « Petro-RMB ») se concrétise, surtout si les flux énergétiques vers l’Asie, déjà largement dominés par la Chine, s’installent durablement hors du dollar. En somme, on est obligé de constater que cette guerre en Iran, après celle d’Ukraine, sert d’accélérateur : « on voit que la guerre, tant la guerre en Ukraine que la guerre en Iran sont des accélérateurs et de la construction des BRICS et du développement des routes financières mondiales alternatives », souligne Georges Kuzmanovic. Les sanctions massives, présentées comme l’arme décisive contre Moscou puis Téhéran, ont en réalité poussé Russie, Chine, Iran et leurs partenaires à bâtir des systèmes de paiement, de réserve de change et d’assurance maritimes contournant le dollar et le système financier occidental. L’invité précise que la Chine avait déjà fait du yuan une monnaie de réserve, et que le rouble a lui aussi acquis ce statut au plus fort des sanctions contre Moscou en 2022. Pour beaucoup de pays du Sud, voir l’Iran tenir militairement et économiquement après trente ans de sanctions, tout en imposant ses conditions dans un détroit clé, confirme que « le savoir faire et l’intelligence n’est plus à Washington, à Paris ou à Berlin ». Cette perception alimente un basculement de loyautés : des États du Golfe, certains déjà liés aux BRICS, commencent à envisager sérieusement de se « débarrasser au moins des bases américaines », tant celles ci apparaissent incapables de les protéger réellement face aux représailles iraniennes. |
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