| | Hadrien Mathoux Directeur adjoint de la rédaction L'écologie politique coincée entre purgatoire et
paradis
Maintenant que l'enfer caniculaire a pris fin — au moins pour quelques jours —, il est temps de se pencher sur le comportement des forces politiques durant cet épisode d'insoutenable chaleur. En exhortant à arrêter de « tout demander à l'Etat », Bruno Retailleau est resté en conformité avec sa veine libérale prônant la responsabilité individuelle. En appelant à un grand plan pour climatiser l'ensemble des écoles, hôpitaux et maisons de retraite, Marine Le Pen a réalisé un coup politique habile, démontrant une nouvelle fois sa capacité à se calquer sur la demande populaire — quitte à verser dans une forme de démagogie : les gens veulent être au frais, « MLP » leur offre la clim' partout, sans se préoccuper des conséquences à moyen terme.
La gauche écologiste, elle, s'est malheureusement conformée (une fois de plus) à sa caricature. Le premier réflexe de la patronne des Verts, Marine Tondelier, a ainsi été de charger le Rassemblement national, dont le programme écologique se borne selon elle à « acheter des climatiseurs ». Même si les leaders écologistes ont fini par reconnaître la nécessité d'un recours accru à la clim', difficile de ne pas constater qu'ils ont joué un rôle majeur dans la constitution progressive, en France, d'un air du temps profondément ancré hostile à cette solution technologique. Avec des conséquences concrètes : seul un foyer sur quatre est équipé d'un climatiseur dans l'Hexagone, et on déplore des milliers de morts dûs à la chaleur chaque année.
Est-ce parce que la gauche écologiste a été profondément influencée dans sa structuration intellectuelle par le christianisme ? Sa pensée semble prisonnière d'une eschatologie de la souffrance perpétuelle. Loin d'un futur désirable, les écologistes semblent parfois vouloir infliger aux Français des peines sans fin, comme s'ils devaient expier leurs fautes : celles de vivre avec des technologies modernes, d'avoir grandi dans un pays occidental. Il ne faut pas de clim', car le peuple doit subir la réalité du réchauffement climatique. Il ne faut pas de nucléaire, car une énergie abondante et décarbonée permettrait aux Français de continuer à vivre dans le confort matériel sans sortir de la civilisation thermo-industrielle. Il ne faut pas chercher à réguler l'immigration ou à préserver la culture nationale, car la France n'a pas assez payé pour les crimes de l'esclavage et de la colonisation.
Curieusement, en parallèle de cette litanie de douleurs, un autre discours fait son bonhomme de chemin… tout aussi déconnecté, mais dans l'autre sens. Sandrine Rousseau et d'autres écologistes n'ont en effet de cesse de défendre le « droit à la paresse », l'utopie d'un monde sans travail, où le paradis terrestre d'une vie d'oisiveté perpétuelle adviendrait sans qu'il soit le résultat d'un effort quelconque. Préférer le dolorisme au progrès scientifique, mais promettre tout de même des lendemains qui chantent : une telle déconnexion des réalités résulte sans doute en partie de la sociologie des élites écologistes, pour l'essentiel éloignées de la sphère productive et peuplant plus volontiers ONG, associations, universités… et salles de rédaction. Mais cette pensée religieuse éloignera durablement l'écologie politique de toute perspective majoritaire. Twitter @hadrienmathoux
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