mercredi 4 avril 2018

NDDL : le plan pour expulser les zadistes illégaux...


4 avril 2018

NDDL : le plan pour expulser les zadistes illégaux

Les forces de l'ordre devraient intervenir dès le 9 avril pour sortir du bocage les occupants les plus radicaux

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POLÉMIQUE SUR LE COÛT DE L'ABANDON DE L'AÉROPORT
L'abandon de Notre-Dame-des-Landes au profit du réaménagement de l'actuel aéroport Nantes-Atlantique coûterait entre 200 millions et 600 millions d'euros à l'Etat, a affirmé, le 28 mars, le député de l'Oise (Les Républicains) Eric Wœrth, devant la Commission des finances de l'Assemblée. L'ancien ministre du budget de Nicolas Sarkozy, qui avait critiqué en janvier le" renoncement du gouvernement ", remet ainsi en question les conclusions de la mission de médiation sur ce projet. Celle-ci avait estimé le gain de la solution Nantes-Atlantique, pour l'Etat et les collectivités, entre 270 millions et 365 millions d'euros. Les trois médiateurs ont écrit à M. Wœrth, le 30 mars, une lettre dans laquelle ils rejettent la plupart des données avancées par le député.
Ce devait être à la fin de la trêve hivernale, le dimanche 1er  avril, marquant la reprise possible des expulsions. Le premier ministre, Edouard Philippe, l'avait clairement indiqué, en annonçant l'abandon du projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), le 17  janvier : les occupants illégaux de la ZAD, alors zone à défendre, avaient jusqu'à cette échéance pour partir " d'eux-mêmes " ; à défaut, la force publique les y contraindrait.
Selon nos informations, dès le lundi 9  avril, vingt-cinq escadrons de gendarmerie mobile, soit environ 2 500 personnels, seront mobilisés afin de pénétrer dans la zone occupée. De dix à quinze compagnies républicaines de sécurité seraient aussi dépêchées pour assurer le maintien de l'ordre dans les villes de Nantes et Rennes, susceptibles de manifester leur solidarité avec la ZAD.
Un déploiement de forces considérable, comparé aux quelque deux cents militaires mobilisés quotidiennement depuis deux semaines, selon la préfecture, pour sécuriser les travaux de remise en état de la route départementale  281 qui traverse la zone – sa réouverture était une condition de la non-intervention des forces de l'ordre, au lendemain de l'annonce de l'abandon du projet.
La mission des gendarmes sera alors de procéder non pas à l'évacuation de la ZAD, mais à des " expulsions ", insiste-t-on au ministère de l'intérieur. " L'état de droit sera respecté ", assure-t-on Place Beauvau, et tous les occupants entrés dans un processus de régularisation de leur présence ne seraient pas visés.
Pour l'heure, le nombre des personnes susceptibles de se voir délogées manu militari reste imprécis. Lors de sa visite sur place, le 21  mars, en déambulant sur la route départementale 281, Sébastien Lecornu, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avait évoqué une centaine de personnes ciblées sur les quelque 300 occupants estimés alors.
Depuis, les chiffres ont varié. Un certain nombre d'occupants seraient déjà partis et il resterait de 150 à 200 zadistes, ce nombre incluant les personnes qui sont en cours de légalisation et dont certaines, comme les agriculteurs historiques, disposent de conventions d'occupation temporaire n'arrivant à échéance qu'en novembre  2018.
Déminer le dossier" Ces conventions concernent environ 600  hectares, sur les 1 600 de la zone. Mais le problème ne vient pas de ces futurs projets, aussi variés que des exploitations agricoles, des boulangeries, et même une chambre d'hôte, mais de ceux qui sont réfractaires à tout. Et, là, on ne peut imaginer qu'il n'y ait pas d'expulsion ", insiste la préfète de région des Pays de la Loire, Nicole Klein. Celle-ci veut déminer le dossier et tente d'éviter toute violence sur la zone. " La régularisation ne peut se faire vite, il faut laisser du temps ", ajoute-t-elle, précisant que la mission sur l'avenir des terres agricoles de cette zone est loin d'être terminée.
Il n'est pas question, répète-t-on aussi à la préfecture de Loire-Atlantique, de vider la zone de tous ses habitants. Mais pas question non plus de recevoir les arguments du collectif d'avocats ou du Syndicat des avocats de France qui arguent de " l'illégalité "d'une évacuation de la zone. " Dès lors que les habitants n'ont reçu aucun ordre d'expulsion prononcé par une juridiction à l'issue d'une procédure publique et contradictoire, la ZAD de Notre-Dame-des-Landes ne nous paraît pas expulsable ", écrivent une vingtaine d'avocats des barreaux de Paris, Nantes et Rouen.
" On ne va pas se lancer dans un débat juridique. On affirme que tout a été fait pour l'identification des personnes afin de permettre ce débat contradictoire, mais certaines la refusent. D'ailleurs, elles ne donnent pas leur nom, portent des cagoules et préfèrent s'appeler “Camille”.Le juge constatera que touta été fait pour mener à bien cette identification, rétorque-t-on au ministère de l'intérieur. Cela nous fait d'ailleurs sourire de voir des occupants illégaux en appeler au droit pour rester plus longtemps illégalement sur le terrain. "
De fait, le collectif, qui regroupe les associations historiques de la lutte et les représentants des habitants de la ZAD, a rencontré Sébastien Lecornu lors de son passage à Nantes et, depuis, s'est réuni avec la direction départementale des territoires et de la mer. Ils ont fait part de nombreux projets agricoles et artisanaux. La grande majorité des occupants serait prête à entrer dans des processus de légalisation, tout en privilégiant une reconnaissance collective de la ZAD et de ses activités, un scénario clairement refusé par le gouvernement. Une minorité, en refusant tout cadre plus formel, pourrait être tentée par un ultime affrontement avec l'Etat.
Ce sont ces derniers qui sont visés par la future intervention des forces de l'ordre, soit selon différentes sources officielles un maximum fluctuant de 50 à 80 personnes. " On avait trouvé les moyens de régler les conflits, mais là, l'Etat nous met la pression, et on n'a pas eu le temps de mettre en place les moyens pour solutionner les problèmes ", affirme Greg, un zadiste qui entend bien rester en s'inscrivant dans un projet agricole collectif.
Les vives tensions qui ont animé la ZAD ces derniers jours, se sont traduites par l'envoi à l'hôpital d'un des " récalcitrants ", soupçonné d'avoir creusé des trous dans la route 281, à peine celle-ci bitumée. Une vingtaine de personnes auraient fait irruption dans un des lieux-dits à l'est de la ZAD, le 20  mars à l'aube, l'embarquant rudement dans le coffre d'une voiture, puis le rouant de coups. Un corps de ferme, à La Freusière, a aussi été incendié cette même nuit. L'urgence de la situation, avant l'irruption des gendarmes sur la zone, a mis la communauté sous pression.
" Le feu aux poudres "" L'abandon du projet d'aéroport est récent, et il nous faut analyser ce que cela implique, la négociation, l'acceptation d'un cadre plus formel tout en essayant de maintenir une large autonomie. C'est nouveau pour nous, il nous faudrait plus de temps ", plaide Benoît, un occupant de longue date. Mais le gouvernement, tout en abandonnant le projet, veut montrer qu'il n'a pas cédé aux zadistes, et faire acte d'autorité. Ainsi qu'il l'a fait lors de l'évacuation surprise de quelques opposants au projet de centre d'enfouissement de déchets nucléaires, à Bure (Meuse), le 22  février, réfugiés dans un bois.
Dès le 9  avril donc, le bocage nantais pourrait résonner, près de six ans après l'opération " César " avortée d'évacuation de la ZAD, en novembre  2012, des affrontements entre occupants et gendarmes mobiles. Agriculteurs et opposants historiques déplorent cette issue, craignant que l'entrée d'un nombre conséquent de gendarmes mobiles sur la zone attire de nombreuses personnes prêtes à en découdre.
" S'il s'agissait de dire à une vingtaine ou une trentaine de personnes de partir, cela ne poserait pas de problème, mais ce scénario, s'il se confirmait, risquerait de remettre le feu aux poudres ", résume Sylvain Fresneau, un des agriculteurs de Notre-Dame-des-Landes.
Rémi Barroux
© Le Monde


4 avril 2018

Dans le bocage nantais, l'envie d'une vie alternative hors cadre

Agriculteurs, boulangers, artisans, éleveurs, routards, les quelque 200 habitants de la ZAD redoutent le " tri " du gouvernement

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C'est un trou de verdure caché par les haies et les arbres au cœur de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), nommé " le Greffon ", parce qu'il est au fond, juste derrière la ferme de la Grée, un lieu historique des opposants au projet d'aéroport. Il abrite un mobile home en bois, devant lequel un canapé et des fauteuils récupérés font office de salon de jardin, et une grande serre dans laquelle poussent de la réglisse, des tomates, des aubergines et des piments, toute production permettant de nourrir un petit groupe d'habitants.
Mercredi 21  mars, après un thé aux épices pris au soleil timide de ce début de printemps, Alice va continuer à mettre ses plantes aromatiques en pots " pour les emporter au cas où je serais obligée de partir, précise-t-elle. Mais si c'était le cas, ce serait pour mieux revenir ". Plus tard, elle rejoindra l'atelier rap dans la ferme voisine, où un studio a été construit.
Ici, comme dans la plupart des dizaines de lieux de vie, fermes réhabilitées, cabanes en bois ou caravanes devenues sédentaires, les habitants, zadistes pour certains depuis de nombreuses années, ont fait de ce coin de bocage l'épicentre de leur vie. Sous aucun prétexte, ils ne veulent le quitter.
Alice, 30 ans, est arrivée il y a trois ans. Elle a commencé par étudier la ZAD dans le cadre de ses études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales. " Je suis venue en  2014 avec un groupe d'étudiantes, intéressée par les rapports de genre. Au bout de trois jours d'observation, j'ai eu du mal à repartir ", explique la jeune femme, originaire de Nantes. Elle qui n'avait jamais trait une vache, s'installe à la ferme de Bellevue et donne un coup de main à la boulangerie. " C'est la première fois que je me trouve à un endroit que je peux appeler “chez moi” ", dit celle qui a voyagé en Inde ou en Haïti.
Les engueulades, fréquentes au sein de cette vaste communauté, ont débouché sur la définition de " limites " : interdiction de tout deal de substances addictives, pas d'armes à feu, pas d'agression physique ou morale… " Des mecs arrivaient sur la zone avec des comportements de domination, alors on prenait le temps de discuter, de déconstruire ces fonctionnements et la plupart les abandonnaient ", raconte Alice.
Mais cela ne fonctionne pas toujours et, en mai  2016, un groupe de " copines " a dû virer de la ZAD une personne au comportement inapproprié. Un groupe appelé le " Cycle des 12 ", composé de douze volontaires venus de douze lieux différents de la ZAD, changeant tous les quinze jours, est chargé de régler les litiges entre habitants.
Lunel, tresses en bataille, faisait partie de l'expédition punitive contre le " mec relou "en 2016. Arrivée quelques jours plus tôt pour un week-end organisé par le groupe " MTPG " (pour " meufs, trans, pédés et gouines "), la jeune fille de 21 ans est restée avec son petit chien blanc et noir, nommé Typex " parce qu'il a effacé les mauvais moments de ma vie ".
Avant ce week-end qui " dure depuis deux ans ", Lunel avait tourné de squat en squat, de Lyon au  Mans, après trois échecs successifs en classe de 2de. Sur la ZAD, cette native de Paris donne des coups de main à la boulangerie, fait de la couture, un héritage de sa grand-mère, et, surtout, aime se promener, discuter avec les habitants disséminés dans le bocage.
Aujourd'hui, la lutte contre le projet d'aéroport qui a cimenté l'alliance entre les composantes du mouvement d'opposition – paysans, militants politiques, routards échoués sur la zone – n'a plus lieu d'être. Se joue sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, comme en mai 68 et au Larzac hier, l'envie de vivre différemment, en s'affranchissant de normes et de règles jugées oppressantes.
" Solution collective "" Au cœur de la bataille des opposants, il y a une vision sociétale, avec le modèle de la décroissance, le refus de l'autorité aussi ", dénonçait au Monde, Bruno Retailleau, ex-président de la région, farouche partisan du projet d'aéroport et président du groupe LR au Sénat. " On veut maintenir une solution collective, privilégier de nouvelles installations d'agriculteurs et développer de nouveaux projets, une autre manière de vivre ", confirme Benoît, un historique de la ZAD.
Armel, 30 ans, arrivé en  2011 en provenance de Dijon, passé par de nombreux lieux de la zone, se dit, lui, prêt à un " dernier compromis : payer un loyer pour rentrer dans la légalité "" Mais si on ne le fait pas tous ensemble, certains seront exclus et, dans ce cas, je partirai peut-être de moi-même. "
A la veille d'une intervention des gendarmes mobiles qu'ils savent imminente, Alice, Armel, Lunel, mais aussi Willem l'éleveur, Micka le boulanger, Jeannette la charpentière, Greg le berger, Lucas le brasseur, Claude et Christiane de l'auberge des Q de plomb… nombreux sont ceux qui refusent un " tri opaque " entre ceux qui auraient le droit de rester et ceux qui devront partir.
Mais pour Jean-Paul Naud, le maire de Notre-Dame-des-Landes, " une intervention ciblée " est nécessaire. " Pas une évacuation massive, mais tout le monde ne pourra pas rester. 98  % de la ZAD est en zone humide, non constructible. C'est notamment pour cela que j'étais contre l'aéroport. Les occupants ne peuvent pas vivre dans ces espaces boisés classés ", avance Jean-Paul Naud.
R. Bx.
© Le Monde

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