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vendredi 27 avril 2018

HISTOIRE et MEMOIRE....Ils nous racontent les événements, 50 ans après Ainsi s’est déroulé Mai-68 à Grenoble…

HISTOIRE et MEMOIRE



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ISÈRE - L’UN ÉTAIT LE LEADER DU MOUVEMENT ÉTUDIANT DANS NOTRE DÉPARTEMENT, L’AUTRE UN JEUNE GAULLISTE. ILS NOUS RACONTENT LES ÉVÉNEMENTS, 50 ANS APRÈS


L’un était le leader du mouvement étudiant dans notre département, l’autre un jeune gaulliste. Ils nous racontent les événements, 50 ans après Ainsi s’est déroulé Mai-68 à Grenoble…

Le Grenoblois Jean-Pierre Juy était le porte-parole du mouvement étudiant à Grenoble. On le voit ici, au micro, lors d’un rassemblement en plein cœur de la ville.  Photo Le DL/archives




Jean-Pierre Juy était le grand porte-parole des étudiants grévistes de Mai-68 à Grenoble. Il nous raconte cette période intense de sa vie, avec un franc-parler qu’il a conservé, tout comme son âme de militant. Un militant toujours très à gauche, bien sûr !

Qui étiez-vous, Jean-Pierre Juy, il y a pile 50 ans ?
J’étais étudiant en 3e année en sciences-politiques et sciences-éco, responsable de la corpo de Sciences-po. J’étais un étudiant un peu plus âgé que les autres, car j’avais repris des études après mon service militaire. Et je militais à gauche depuis mes 17/18 ans. Mais pas au Parti communiste ! Mon parcours fait que j’aurais dû me diriger vers les Jeunesses communistes, mais comme de nombreux anciens de Mai-68, je me suis intéressé à la politique, en réaction aux événements liés au stalinisme. L’insurrection de Budapest de 1956 m’avait beaucoup marqué, surtout la répression de ce peuple qui n’était pas anti-communiste, mais qui demandait juste la liberté.
Quand vous êtes-vous engagé dans le mouvement de Mai-68 ?
Sur le campus grenoblois, on avait la chance d’avoir certains professeurs, comme Pierre Broué (historien et militant trotskiste français, NDLR) qui nous ont donné les clés pour comprendre et réfléchir sur le monde qui nous entourait. On pouvait passer des soirées à parler. Donc, quand ça a commencé à bouger à Paris, j’ai pris les choses au sérieux, car j’étais un militant syndicaliste très impliqué. Le 3 mai, j’étais déjà à la réunion de l’AGEG-Unef, avec tous les copains. Le mouvement a alors commencé à Grenoble. On a cherché à faire débrayer les amphis. Et quand nos camarades parisiens se font fait arrêter, on est descendus dans la rue. Il n’y avait pas du tout alors, chez nous, l’espérance du “grand soir”, c’était simplement une riposte au pouvoir policier. Et comme on n’était pas de grands défenseurs du général, on a tous crié des slogans comme “de Gaulle, ça suffit !”. On a marché en direction de la préfecture de l’Isère et rencontré des cordons de police…. Puis, le 7 ou le 8 mai, le mouvement étudiant devenant de plus en plus costaud, on a réussi à faire débrayer la fac des sciences. Et il y a eu le 13 mai, les salariés qui nous rejoignaient de plus en plus nombreux, les syndicats mobilisés. C’était dingue !
Que représentait le général de Gaulle pour vous ?
De Gaulle apparaissait comme le tenant d’un ordre suranné et d’une société totalement fermée. Dans cette société, on acceptait les violentes répressions contre les ouvriers de Caen ou Redon. Dans cette société, on arrivait à dire que “Franco ou Salazar n’étaient pas si mal que ça”, que “la torture pendant la guerre d’Algérie avait été un mal nécessaire”… Vous pouvez imaginer comment nous, on pouvait bouillir en constatant que cette mentalité s’était installée en France, moins de 25 ans après la guerre…
Quel projet portiez-vous ?
On avait bien sûr un projet de défense de l’université et des libertés, mais on portait aussi un projet social. Le camp des étudiants, c’était aussi le camp des ouvriers, des salariés. 50 ans après, avec toutes ces commémorations un peu bidons, les gens ont tendance à oublier qu’on portait un vrai projet de transformation sociale. Les gens ne gardent que l’écume de Mai-68 : la révolution sexuelle, l’insolence des figures marquantes comme Cohn-Bendit. Pire, on arrive même à en faire des héros… Mais c’est du cinéma, tout ça. Mai-68, c’était autre chose. Cohn-Bendit n’était pas un héros du tout. Un pitre, peut-être, mais pas un héros. En tout cas, il a été porté, comme nous tous, par une lame de fond nationale et internationale. Je ne crois pas aux grands hommes, je crois aux grands événements. Car ce sont les circonstances qui engendrent les actes.
C’était donc ça Mai-68 ?
Mai-68 est un mouvement pré-révolutionnaire qui n’a pas abouti. Pourtant, il y avait une détermination incroyable dans la population qui, si elle était allée jusqu’au bout, aurait fait chuter le régime.

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