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Qui dirige l’Iran aujourd’hui ?
Trump prolonge le cessez-le-feu, annonces de Sébastien Lecornu sur les carburants, le coût de la guerre au Moyen-Orient pour la France, fuite de données sur le portail de l'ANTS.
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Qui dirige l’Iran aujourd’hui ?
Désormais, Mohammad Ghalibaf s’adresse directement à la partie américaine dans le cadre des négociations entre les Etats-Unis et l’Iran, organisées par le Pakistan. Rien ne destinait le président du Parlement iranien à occuper un rôle de cette importante stratégique. Au fil des semaines, l’ancien maire de Téhéran s’est imposé comme l’une des voix en vue du régime. Le vice-président américain, J.D. Vance, l’a décrit comme “celui qui dirigeait l’Iran dans les faits”. Une formule certainement exagérée, mais qui reflète le flou entourant l’organigramme du régime iranien.
Si les funérailles du guide suprême Ali Khamenei n’ont toujours pas été organisées, près de deux mois après son assassinat à Téhéran, sa mort a révélé la complexité d’un régime décentralisé, marqué par des équilibres institutionnels complexes. Mojtaba Khamenei, qui a succédé à son père, n’est jamais apparu en public depuis sa désignation, et seules quelques déclarations écrites rappellent son existence.
Vendredi dernier, le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a annoncé sur le réseau social X que le détroit d'Ormuz était rouvert. Un message qui a pris de court des canaux médiatiques proches des Gardiens de la Révolution. Un influent député conservateur, Morteza Mahmoudi, a réclamé aussitôt la démission du chef de la diplomatie. Et le lendemain, coup de théâtre : la marine des Gardiens de la Révolution a attaqué deux navires commerciaux dans le détroit d'Ormuz.
Ce sont les forces armées qui dirigent aujourd’hui le pays : à la fois les Gardiens de la Révolution et l’armée régulière. La stratégie du régime est déterminée par le Conseil suprême de sécurité nationale dont la direction a été confiée fin mars à Mohammad Bagher Zolghadr, ancien commandant en chef des Gardiens de la Révolution. Le volet diplomatique reste incarné par Abbas Araghchi.
Les assassinats ciblés israélo-américains font apparaître de nouveaux interlocuteurs, et rebattent sans cesse les cartes. Avec la montée en influence des Gardiens de la Révolution, l’Iran est confronté à un système de plus en plus décentralisé, intransigeant et idéologiquement rigide. Si l’ayatollah Ali Khamenei n’a jamais été un modéré, le processus décisionnel en Iran était auparavant relativement clair et centralisé.
À ce stade, le régime continue de s’appuyer sur l’ensemble de ses composantes. Les commandants des Gardiens de la Révolution ne décident pas seuls. D’autres institutions, comme le Conseil de discernement de l’intérêt supérieur du régime et le Conseil des gardiens de la Constitution, ont toujours leur mot à dire. Le pouvoir judiciaire, dirigé par l’influent Gholamhossein Mohseni Ejei, joue un rôle important, tout comme le réseau des influentes fondations religieuses.
À l’inverse, le président ne joue guère de rôle dans cette période, d’autant qu’il n’exerce aucun pouvoir sur l’armée. Massoud Pezeshkian, qui représente l’aile pragmatique du régime, a pour mission de maintenir le lien avec la population.
La guerre de décapitation menée par la coalition israélo-américaine cible les responsables de l’appareil sécuritaire iranien. Mais cette stratégie tarde encore à produire ses effets, en l’absence d’alternative politique sérieuse en Iran. Reste à savoir combien de temps le régime pourra faire preuve de résilience.
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Donald Trump prolonge le cessez-le-feu jusqu’à ce que l’Iran présente une proposition
Entrée en vigueur le 8 avril, la trêve entre l’Iran et les Etats-Unis devait se conclure mercredi. Mais Donald Trump a annoncé une prolongation, mardi 21 avril. “Le cessez-le-feu est prolongé jusqu'à la soumission d'une proposition” de l'Iran dans le cadre des négociations, a-t-il écrit sur son réseau Truth Social.
Il précise, dans son message, qu'il maintient le blocus des ports iraniens. L'annonce du président américain intervient alors que la suite des pourparlers s'assombrit. Le vice-président JD Vance, qui devait mener la délégation américaine au Pakistan, n'a pas quitté Washington mardi matin comme attendu. Et en face, la décision de Téhéran de ne pas se rendre au Pakistan “est définitive”, selon l'agence Tasnim.
Les annonces de Sébastien Lecornu sur la hausse du prix des carburants
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé plusieurs mesures pour tenter de limiter les répercussions économiques de la flambée des prix des carburants. “On a décidé de faire des aides mensualisées et ciblées”, a expliqué le chef du gouvernement, précisant “refuser toute logique de chèques généraux et de baisses massives de taxes”.
Une aide pour les “grands rouleurs” a été annoncée par le Premier ministre. Elle correspond à une baisse de 20 centimes par litre pour les mois d’avril, mai et juin pour des automobilistes contraints d’utiliser leur véhicule à des fins professionnelles et ne pouvant faire face à la hausse du prix des carburants. Cela correspond à près de 3 millions de Français, d’après Matignon. Le seuil de distance parcourue pour en bénéficier est “de travailler à au moins 15 km de son domicile” ou d’utiliser sa voiture “8 000 km par an pour des activités professionnelles”.
Ce nouveau dispositif complète les mesures de soutien déjà prises pour les aides à domicile ou les infirmières. Cette aide fonctionnera sous un mode déclaratif à effectuer sur le site des impôts où une application sera disponible d'ici quelques semaines. Ce montant forfaitaire sera rétroactif sur les trois mois avril, mai, juin.
Face à ce que le Premier ministre a nommé “une crise de volatilité des prix” et face à “l’irrationalité des acteurs de cette guerre”, le Premier ministre a également annoncé un certain nombre de mesures ciblées et sectorielles, créées ou prolongées. Le BTP va ainsi profiter d’une mesure de soutien avec “une première enveloppe qui sera débloquée”.
Dans le détail, les petites entreprises de moins de 20 salariés les plus en difficulté du fait de la hausse des coûts des carburants pourront bénéficier d’une aide à la pompe d’environ 20 centimes sur le gazole non routier. Une consultation va être menée à ce sujet par le ministère consacré pour aboutir “d’ici la fin de la semaine”, selon Matignon.
Un renforcement de l’aide concernant les professionnels de la pêche, particulièrement touchés par la hausse des prix, a aussi été annoncé. Alors que la précédente aide à la pompe, annoncée en mars, était de 20 centimes par litre de gazole non routier, “on va l’amener à 30- 35 centimes d’euro par litre”, a déclaré Sébastien Lecornu. “Ces décisions doivent cependant entrer en discussion avec la Commission européenne”, a-t-il nuancé.
Alors que la première enveloppe dédiée aux agriculteurs était de 20 millions d’euros, avec une aide à la pompe de 4 centimes par litre, “nous allons aller beaucoup plus loin”, a lancé Sébastien Lecornu. Le but : “Multiplier par quatre l’accompagnement avec 15 centimes d’euros par litre qui sera déclenché à partir du mois de mai.”
Pour les transporteurs, l'aide forfaitaire est reconduite telle quelle en mai. Les paramètres avaient été arrêtés il y a quelques jours pour atteindre l'équivalent de 20 centimes par litre de consommation mensuelle moyenne des différents véhicules. Des discussions spécifiques seront conduites "dans les jours à venir" pour étudier la situation des taxis et des VTC.
La guerre au Moyen-Orient pourrait coûter 6 milliards d’euros à la France
Le coût du conflit au Moyen-Orient pourrait “représenter au moins 6 milliards d'euros à date” pour la France, a fait savoir Sébastien Lecornu dans une lettre adressée à ses ministres.
Dans ces 6 milliards, il y a d'abord, et avant tout, le surcoût anticipé sur la charge de la dette. Concrètement, les intérêts que l'Etat doit verser à ses créanciers sont alourdis en raison de la guerre et de ses conséquences sur le commerce mondial. Ce phénomène, qui ne concerne pas que la France, contribue à affaiblir les finances publiques nationales.
Le surplus est déjà évalué à plus de 3,6 milliards sur l’année, ce qui porterait la charge de la dette totale en 2026, prévue à 60 milliards dans le projet de loi de finances pour 2026, à 64 milliards.
À cela s’ajoutent les conséquences la hausse des prix. Le 14 avril, le gouvernement a relevé sa prévision d’inflation pour 2026, de 1,3% à 1,9%. Or, cette accélération aura des répercussions sur les allégements de cotisations sociales et sur un certain nombre de dépenses indexées sur l’inflation.
Cette guerre a aussi un coût plus direct. Même si la France n’est en aucun cas belligérante, “l’intensification” et “le prolongement” des opérations extérieures de l’armée française ont un coût, estimé à 1 milliard d’euros pour 2026 par Matignon. Depuis le début de la guerre, Emmanuel Macron a notamment donné l’ordre de déployer le porte-avions Charles-de-Gaulle en Méditerranée, ou a encore envoyé une frégate à Chypre.
Dans le même temps, les recettes pour l’Etat liées aux carburants, qui avaient augmenté au début de l’année, s’essoufflent. Alors que le gouvernement reconnaissait un surplus fiscal de 270 millions d’euros en mars, du fait de la hausse des prix à la pompe, celui-ci n’était plus que de 170 millions au 10 avril. En effet, si les taxes ont augmenté, elles ne compensent pas la baisse de la consommation de carburant de près de 16% enregistrée début avril.
Ce surplus fiscal pour l’Etat ne suffit pas à couvrir les dépenses engagées pour faire face à la crise énergétique, car le montant des aides mises en place depuis le début de la guerre est deux fois plus élevé (150 millions).
Or, le ministre des Comptes publics, David Amiel, avait prévenu : “Toute dépense publique nouvelle qui pourrait être rendue nécessaire par la crise” énergétique entraînerait “une annulation d’une dépense qui était prévue, à l’euro près”. Sébastien Lecornu a donc annoncé, dans la lettre adressée à ses ministres, son souhait de voir les administrations se serrer la ceinture “à hauteur de ce choc”. L’objectif reste de ne pas dépasser un déficit à 5% du PIB en 2026.
En miroir des 6 milliards d’euros de coût de la guerre pour l’Etat, le Premier ministre demande à son gouvernement de mettre en œuvre pour 4 milliards d’euros de “mesures supplémentaires de freinage de la dépense” au sein des budgets ministériels, qui s’ajoutent à un effort de 2 milliards d’euros “dans la sphère sociale”, c’est-à-dire répercutées sur la Sécurité sociale.
Fuite de données sur le portail de l’ANTS
Près de 12 millions de comptes sont concernés par l'incident de sécurité qui a frappé le portail de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) le 15 avril, rapporte le ministère de l'Intérieur. Au total, “11,7 millions de comptes seraient concernés” par cette attaque, qui pourrait impliquer des données de particuliers et de professionnels, a souligné la place Beauvau. “Ces données ne permettent pas d'accès illégitime au compte nominatif sur le portail”, est-il ajouté.
Outre un signalement adressé à la justice, le ministre Laurent Nuñez a saisi “en parallèle l’Inspection générale de l’administration pour établir la chaîne de responsabilité dans cet incident sérieux, la sûreté numérique étant un enjeu collectif majeur”, précise le ministère dans son communiqué.
Alors que des “données à caractère personnel” sont concernées, notamment les noms et prénoms, l’adresse électronique ou la date de naissance d’usagers, “à ce stade, les investigations menées excluent la divulgation de données complémentaires transmises dans le cadre de la réalisation des différentes démarches, telles que les pièces jointes et les données de biométrie”, assure par ailleurs le ministère.
Démocratie dans l’Union européenne, la bonne blague !
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