Une longue chronique ...
Chronique du troisième jour du mois de septembre, en l’an de très très grande décrépitude vingt-deux
Sitôt que le Roy fut rentré de son périple dans le royaume de l’Aldjazaïr – lequel était encore dans toutes les mémoires tant Notre Poudreux Mythomane y avait reçu ce qu’il avait pris pour des vivats et qui l’avaient enivré et ravi au plus haut point – il s’était fait transporter avec toute sa suite dans sa bonne ville du Touquette pour y prendre quelque repos. Sa Pipolesque Altitude, entendant se distraire, se rendit dans un grand raout où un trouvère qui se produisait là lui fit un accueil des plus vifs. Son ouïe trompa derechef le Roy. Il se crut encensé. Las ! Les Conseillers susurrèrent : « Votre Majesté, ce vil vocaliste a médit de Votre Grandeur. Il a proféré moult quolibets et la foule a applaudi. Il vous faut rétablir le crime de lèse-majesté et jeter cet infâme dans une geôle. » Ce qui fut dit fut fait.
Le Roy, pensant retrouver une douce et légitime quiétude, eut hélas encore motif à courroux. Ce fut tout d’abord un misérable écrivassier stipendié par la Gazette l’Univers – laquelle était tout acquise à Notre Délicat Emperruqué – qui osa décrier ce qui était si bellement sorti de sa bouche sur les liens qui unissaient la Startupenéchionne et le royaume de l’Aldjazaïr. Les Conseillers firent diligence. La Gazette L’Univers s’exécuta aussitôt : on fit disparaitre le coupable articulet et on présenta ses plus serviles excuses à Son Autocratique Arrogance. Puis ce fut le fort gros et gras baron de l’Arche qui eut l’impudence de dédaigner l’invitation qui lui avait été fait de rejoindre le nouveau lieu d’aisances royal, qui avait reçu le nom de Conseil Néchionnal de la Refondation. Le duc de la Flippe en fit de même, ce qui eut le don de mettre le Roy dans une grande rage. « C’est tellement méprisant de sa part de ne point venir siéger. C’est une faute » éructa Notre Courroucé Freluquet devant l’habituel parterre des gazetiers confits en pâmoison. Il ne restait dans le lieu d’aisances que les Dévots et le très bon et très fidèle duc de la Béarnaise, lequel avait déjà reçu la charge de Grand-Ordonnateur des Plans sur la Comète. Le Roy le fit nommer en sus Secrétaire du Conseil Néchional. Quelques médisants pépièrent qu’il n’y aurait pas davantage de refondation qu’il n’y avait eu de plans, ce qui n’empêcherait point le duc de recevoir de confortables émoluments. Servir son Roy en tout lieu fût-il un lieu d’aisances était un plaisir ineffable pour cet infatigable courtisan.
Le duc du Dard-Malin fit face à une nouvelle déconvenue. Il avait annoncé à grands renforts de clairon vouloir bouter hors du royaume ce fort embarrassant chef religieux, avec qui il s’était trouvé cependant moult accointances par le passé. Las ! le bonhomme demeurait introuvable et l’on apprit qu’il avait déjà quitté le sol de la glorieuse Startupenéchionne. Le duc du Dard-Malin ne s’avoua point vaincu. Il y allait de son honneur. Il fit savoir qu’on irait cueillir ce gibier de potence dût-on aller pour cela à l’autre bout du monde, qu’on le ramènerait de force dans notre pays, qu’on le trainerait par les cheveux en place de grève et qu’on le bouterait hors du royaume. Ainsi en avait-il décidé. La chose ne laissa point de faire jaser.
Outre son nouveau lieu d’aisances, le Roy avait ordonné que l’on rouvrît le Conseil de Défense. Sa Fuligineuse Tyrannie y déciderait de la façon dont les Riens et les Riennes claqueraient des dents – pour celles et ceux qui en avaient encore – pendant l’hiver qui ne manquerait point de venir. Nul doute que les Cabinets dont la maison Mais-Qui-Ne-Sait allaient jouer à nouveau déployer leurs manœuvres.
Notre Petit Placier s’occupa en personne de recaser celles et ceux parmi les Dévots qui avaient chuté lors du Tournoi de la Chambre Basse. Ces braves n’eurent point à traverser la chaussée pour se retrouver une charge digne de leurs talents, leur Bien-Aimé Suzerain y pourvoyait largement. Ainsi Madame du Bœuf-Miroton retrouva-t-elle une très confortable sinécure, elle qui n’en avait point besoin tant les émoluments qu’elle percevait de ses anciennes charges la mettaient à l’abri du besoin pour le restant de ses jours et pour l’au-delà.
Le très cher cousin du Roy, Volodymir de Zélé-En-Ski, souverain de l’Ukranie, s’invita partout. On le vit ainsi au grand raout organisé par le baron d’Avou de Baisséleszieux, où il plaida pour qu’on l’aidât à faire rendre gorge au tsar Vlad-le-Terrible. Madame la duchesse des Dégâts se fit également remarquer dans cette noble assemblée. Elle n’avait rien à envier aux Dévotes.
Une jacquerie éclata dans le sud du royaume. Une bande de faucheurs pénétra sur une vigne appartenant au baron de l’Arrenault, ce grand ami de Notre Moumouteux Bibelot. On vendangea autant que l’on put et mille litres de jus de ce bon raisin furent distribués aux pauvres. On se promit de recommencer.
Les Riches n’avaient jamais été aussi prospères, cependant que les files de pauvres ne cessaient de s’allonger devant les soupes populaires, mais il n’était point question de faire s’acquitter par les premiers d’une taxe sur les faramineux bénéfices qu’ils avaient pu faire. De même concert, le baron d’Avou de Baissélezieux et la rutilante duchesse du Cachalot s’y étaient vertement opposés. « N’y pensez pas ! la chose est infaisable et n’est d’aucune utilité ». Ce qui était infaisable chez nous ne l’était point chez nos voisins, où l’on avait commencé de faire cracher au bassinet cette caste pleine de morgue.
La Reine Qu-On-Sort, Dame Bireguitte, reçut du peuple le sobriquet de Madame de Pompe-A-Sous.
Ainsi en allait-il au Royaume du Grand-Cul par-dessus Tête en ces premiers jours du mois de septembre de l'an vingt-deux.
Texte@Julie d'Aiglemont
Illustration Bridget Jaune

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