Je relaye le dernier courrier que nous a transmis Hélène Bailly productrice de volailles en Gâtine
« Nous aurons sûrement besoin de votre soutien si les services de l’État décidaient d’abattre nos volailles saines.»
Résistance, résistance
Bonjour à vous, ………..
Cette lettre pour vous informer de ce qui se passe pour moi, mes poulets et mon mode d'élevage.
Vous savez sûrement déjà que j'élève mes volailles dans un coin tranquille et charmant de Gâtine. Elles s'abritent et se perchent sur les nombreux arbres que nous avons plantés. En déplaçant leurs cabanes entre chaque lot, je leur permets de trouver de la nouvelle herbe, des insectes et vers de terre à grappiller .. Bref, lorsque j'arrive chaque jour pour les soigner et que je les vois gambader dans la campagne, je me dis que j'ai un merveilleux métier...
Or depuis quelques années, les services vétérinaires de l’État (qui sont à la botte des gros industriels) nous assènent, à nous, éleveurs de volailles plein air, que nous sommes les responsables de la diffusion de la grippe aviaire. Depuis le 5 novembre dernier, nous sommes obligés de les garder renfermées. J'ai refusé de fermer les portes, refusé de voir mes poulets serrés, stressés, se piquer et s’entre tuer. Alors j'ai eu droit à des menaces sous forme de mises en demeures, amandes et interdictions de rentrer des nouveaux poussins (donc une fermeture de ma ferme...).
Mon choix d'élever mes volailles en respectant leurs besoins naturels se trouve mis à mal. La machine infernale de l'uniformisation sur le modèle dominant industriel nous lamine. Une vrai désobéissance civile s'opère. Heureusement je ne suis pas seule, nous sommes maintenant une 60ène d'éleveurs plein air à nous serrer les coudes. Nous venons de créer un collectif qui va se transformer en association : SAUVE QUI POULE POITOU, soutenu par la Confédération Paysanne. Je vais bientôt vous inviter à l'AG constitutive (elle sera composée d'un collège producteurs et d'un collège consom'acteurs). En attendant, n'hésitez pas à nous retrouver sur Facebook.
Nous avons besoin de vous tous, de votre soutien pour que l’élevage « plein-air » soit sauvegardé et encouragé. Au delà de la crise actuelle, ce combat est à mener pour défendre notre nourriture de demain, notre modèle paysan (fermes à taille « humaines », respectueuses des cycles naturels) et pour tous ceux qui souhaiteront s'installer et que le métier de paysan pourrait encore faire rêver...
Mais sérieusement, qu'en est t'il ? Sommes nous réellement des irresponsables à laisser nos poulets dehors ?
Tout viendrait, selon les services vétérinaires de l’État, des oiseaux migrateurs qui transmettraient d'élevage en élevage la grippe aviaire. Or, jamais nous n'avons vu ni ne verrons de canards sauvages se poser dans nos élevage : ils en ont peur !
La réalité des foyers de grippe aviaire nous prouve que la politique qui nous obligeait à claustrer nos volailles a été inefficace. La preuve en est que presque tous les cas se sont déclarés dans les élevages industriels, où les volailles sont claustrées, nombreuses par bâtiment et très concentrées. Ils se transmettent entre eux la maladie par les flux multiples qui les relient (nombreux transports dans la filière canard foie gras, visites vétérinaires, techniciens, équarrissage, représentants,...). Ces énormes bâtiments sont des « fabriques de virus ».
Aucun élevage de notre Collectif Sauve Qui Poule Poitou (63 éleveurs indépendants « plein air »), n'a été touché par la grippe aviaire...
Nos élevages plein air, plus petits, sont pour la plupart autarciques, c'est à dire que les volailles ne sortent pas de toute leur vie de la ferme. Ce qui génère moins de risque de transmettre le virus. Chez moi, depuis que je me suis installée, pas un seul vétérinaire n'a eu besoin d'intervenir. Mes volailles n'ont jamais été malades.
Nos élevages plein air sont des exemples de volailles en bonne santé, il suffit de les voir courir, picorer, grimper pour se rendre compte de ce que doit être un environnement sain pour leur croissance.
Pourquoi remettre en cause un système qui fonctionne ?
Va-t-on interdire les migrations des oiseaux sauvages pour préserver un modèle d’élevage qui ne peut pas résister au virus ?
Que se passe t'il actuellement sur le terrain ?
En pleine crise en Vendée (la grippe aviaire y est hors contrôle), les services vétérinaires et la filière avicole industrielle ont décidé, dans le but de préserver les élevages stratégiques de reproducteurs et les couvoirs, d’abattre toutes les volailles, même saines, d’ici la fin avril dans tous les élevages. Et ce en Vendée mais aussi dans les départements limitrophes.
Mon élevage, à Mazières en Gâtine se trouve être dans la Zone potentiellement où tout doit être abattu si la contagion persiste. Mais plusieurs de mes collègues avec qui nous organisons notre défense sont en zone où tout doit être abattu sous 15ène.
Chaque jour, nous continuons à nourrir, chauffer et prendre soins de nos poussins pour peut-être les euthanasier dans les 5 à 6 semaines ?
Pour nos élevages en circuits courts, les volailles sont élevées entre 110 et 160 jours. Le préjudice est énorme. Certaines voix dans les services vétérinaires de la préfecture parlent d’une mise en place de nouveaux poussins uniquement à partir de septembre. Si ce scénario devait se réaliser, nous ne pourrons plus proposer de volailles à nos clients après le mois prochain et ce, jusqu’en décembre ou janvier, soit 7 à 8 mois sans revenus. Mais ne nous inquiétons pas : « Vous serez très bien indemnisés! », qu'ils disent. Seulement ces dossiers, très complexes à remplir, sont fait pour leurs élevages où tous les poulets partent en même temps, pas pour nous, qui prélevons chaque semaine.
Et puis il y a les consommateurs, les contribuables qui vont payer la facture de ce dépeuplement intégral et des indemnisations colossales à venir. Avec le « quoi qu’il en coûte » pour sauver les emplois nombreux dans l’industrie agroalimentaire, cela se comptera très certainement en plusieurs milliards d’euros !
Que va coûter également, à l’heure des pénuries mondiales, la destruction de plusieurs millions de volailles saines et bonnes pour la consommation ?
Nous aurons sûrement besoin de votre soutien si les services de l’État décidaient d’abattre nos volailles saines. Je vous tiendrai au courant.
Merci d'être arrivé jusqu'au bout de cette longue lettre ! J'avais beaucoup à vous dire:-)
Et encore merci : sans vous, mon activité n'a plus de sens.
A très bientôt,
Hélène
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