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| 26 juillet 2018 |
Emmanuel Macron assume et lance la contre-offensive

Lors d'un discours devant les ministres et les députés, mardi soir, le président de la République a assumé l'embauche d'Alexandre Benalla et a ressoudé ses troupes
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Après plusieurs jours de feu, les troupes sont épuisées. Elles se sentent emportées dans un combat qui n'est pas le leur. Elles ont peur et la peur les met en colère. Elles en veulent aux sergents, aux adjudants et aux lieutenants qui, dans la tourmente ne les ont pas protégées. Surtout, elles ne comprennent plus le général en chef, lui reprochent son silence. Ces sentiments mêlés les accompagnent lorsqu'elles rejoignent, en cette lourde fin de journée d'été, la réception à laquelle on les a conviées. Soudain, il leur parle. Leur dit les mots qu'elles attendaient. Applaudissements, immense soulagement.
L'art de la guerre politique s'est enrichi d'une spectaculaire séquence, mardi 24 juillet. Il était 20 h 30 lorsqu'une députée de La République en marche (LRM), Anne-Christine Langpublie sur Twitter la photo d'Emmanuel Macron, tout sourire, face aux élus de sa majorité réunis dans les jardins de la Maison de l'Amérique latine. Entré par une porte dérobée, le président est l'invité-surprise de ce pot organisé pour marquer la fin de la session parlementaire. La presse est tenue à l'écart. Emmanuel Macron n'en a pas besoin pour faire résonner ses propos à l'extérieur. Il a bien mieux, là, sous la main.Les comptes Twitter des parlementaires et des cadres de LRM relaient en rafales les premiers mots publics du président sur l'affaire Benalla. " Alexandre Benalla n'a jamais détenu les codes nucléaires, Alexandre Benalla n'a jamais occupé un appartement de 300 m2 à l'Alma, Alexandre Benalla n'a jamais gagné 10 000 euros, Alexandre Benalla lui non plus n'a jamais été mon amant. " A la " République des fusibles,la République de la haine, celle où l'on fait trinquer un fonctionnaire ici, un collaborateur là ", il oppose sa seule et unique responsabilité : " Celui qui a fait confiance à Alexandre Benalla, c'est moi, le président de la République. Celui qui a été au courant et a validé l'ordre, la sanction de mes subordonnées, c'est moi et personne d'autre. S'ils veulent un responsable il est devant vous, qu'ils viennent le chercher ! " Ses équipes à l'Elysée ont " fait ce qu'elles devaient faire ", la simple mise à pied de quinze jours d'Alexandre Benalla était " proportionnée à ce moment-là et je l'assume ", dit-il encore, avant d'évoquer son sentiment de " déception " et de " trahison " face aux agissements de son fidèle collaborateur. Confidences amèresReprenant les formules soigneusement distillées ces derniers jours par toutes les voix de la majorité, il qualifie l'affaire Benalla de " dérive individuelle " et non pas d'" affaire d'Etat. " La " République exemplaire n'empêche pas les erreurs ", poursuit-il avant d'insister encore sur sa responsabilité : " On ne peut pas être un chef par beau temps et vouloir s'y soustraire lorsque le temps est difficile. " Aux rédactions des médias parviennent les images, gracieusement offertes par un participant à la réunion : Emmanuel Macron, entouré de son gouvernement naturellement soudé, face à des députés évidemment conquis. Oubliées, effacées les rancunes et les confidences amères de ceux qui, en début de soirée rejoignaient la Maison de l'Amérique latine. " On n'a rien eu pendant quarante-huit heures, personne ne répondait au téléphone à l'Elysée ", se plaignait un pilier du groupe LRM. " Les ministres auraient pu venir plus tôt. On était seuls ! ", soupirait une députée. Mais ça, c'était avant la surprise Macron. Fin de la séquence du soir. Une séquence méthodiquement préparée. Lorsqu'il s'est exprimé, le président de la République avançait sur un terrain déminé. Ce fut d'abord la réunion du groupe LRM dans la matinée, en présence du premier ministre Edouard Philippe, chargé de ressouder et de rassurer. Ce fut ensuite le solo interprété par le même Edouard Philippe face à la représentation nationale surchauffée lors de la séance des questions au gouvernement. Arrivé en avance à l'Assemblée nationale, le premier ministre révise dans l'hémicycle encore vide, sous le regard attentif de son conseiller Gilles Boyer. Il s'apprête à répondre personnellement aux dix questions annoncées sur l'affaire Benalla qui empoisonne l'exécutif depuis cinq jours. Christian Jacob, président du groupe Les Républicains (LR) de l'Assemblée, est le premier à prendre le micro. " Les Français se posent la question, pourquoi Alexandre Benalla est-il à ce point protégé ? – Je vais vous répondre dans le calme et comme toujours vous écouterez ma réponse dans le calme… " Les faits commis par Alexandre Benalla sont " choquants et inacceptables ", mais " une dérive individuelle ne fait pas une affaire d'Etat. " " Rien n'a été masqué "Le premierministre énumère les procédures enclenchées. Poursuites judiciaires, enquête de l'IGPN, commission d'enquête parlementaire : " Tout cela en une semaine ! Cette célérité et cette intensité de réaction est rare ", insiste-t-il. " Deux mois ! ", hurle l'opposition, rappelant que les faits remontent au 1er mai. " Je conçois qu'on puisse poser des questions sur l'éventuelle proportionnalité de la (sanction) prise " mais " rien n'a été masqué et rien n'a été omis ", assure-t-il avant de promettre qu'il prendra " les mesures qui s'imposent pour éviter que de tels dysfonctionnements puissent se reproduire ". Faute de donner de nouvelles réponses sur l'affaire, il rend les coups. Rappelle au député socialiste Olivier Faure la lenteur de la réaction parlementaire lors de l'affaire Cahuzac. Donne une leçon d'histoire et de philosophie politique au chef de file de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, qui lui demandait que " la vertu politique soit rétablie " : " Vous savez comme moi que la démocratie s'est trouvée fortifiée lorsqu'elle ne s'est plus posée la question de la vertu mais celle du droit, du respect des règles. " Fait sourire jusqu'aux bancs de l'opposition, en souhaitant la bienvenue à Jean-Louis Thiériot (LR), qui vient tout juste d'entrer à l'Assemblée nationale où il succède à Yves Jégo – " Vous savez l'amitié qui me lie à votre prédécesseur. Il n'est pas impossible que le même type de lien prospère entre nous ; mais cela n'est pas encore complètement acquis, manifestement ", lui dit-il – avant de reprendre une nouvelle fois le fil de ses réponses calibrées sur l'affaire Benalla. Du " guignol " de l'hémicycle, une loge réservée aux collaborateurs et d'où il observe son patron, Gilles Boyer s'est détendu. Au pied du perchoir, la conseillère parlementaire d'Edouard Philippe esquisse de larges sourires. Les députés LRM exultent face au savoir-faire oratoire du premier ministre qui a fait retomber la pression. Fin de la deuxième épreuve. Il en restait une à surmonter. Dans la salle de la commission d'enquête parlementaire, commence l'audition très attendue du directeur de cabinet d'Emmanuel Macron, Patrick Strzoda. Au mélange de courtoisie et de malice tactiques du premier ministre, succède le verbe lent, précis du haut fonctionnaire. A lui, le rôle du serviteur de l'Etat, humble et rigoureux, que la rumeur a déjà désigné comme un fusible idéal. Est-ce pour cela que tour à tour, ceux qui l'interrogent commencent leur propos par un hommage appuyé à son parcours, à sa " droiture " et ne semblent pas du tout chercher à le mettre en difficulté ? Le haut fonctionnaire parle et chacun entend dans sa voix les mots que l'Elysée a voulu faire passer. " Je mesure le trouble et l'émotion que le comportement de ce chargé de mission a suscité notamment chez nos forces de sécurité. Le chef de l'Etat mesure chaque jour l'engagement sans faille des policiers et des gendarmes. Sa sécurité ne peut être assurée que sous le contrôle des policiers et des gendarmes ", observe-t-il en ouverture de son propos. Puis il explique, avec précision, la chronologie des événements de ce 1er mai, le signalement qui lui est fait dès le 2 mai de cette vidéo de la place de la Contrescarpe qui montre Alexandre Benalla s'en prendre avec violence à deux manifestants, ses échanges sur le sujet avec le cabinet du ministre de l'intérieur, Gérard Collomb et avec le secrétaire général de l'Elysée, Alexis Kohler. " Comportement individuel fautif "Les mêmes reviennent qui dénoncent le " comportement individuel fautif d'un chargé de mission à l'Elysée ". Oui, dit-il, il lui avait donné son autorisation de participer à une mission d'observation ce jour-là, mais ajoute-t-il, " je lui ai rappelé qu'il n'était pas question de participer à des opérations sur le terrain. " Sa mise à pied de quinze jours, avec suspension de traitement, suivie d'une rétrogradation et accompagnée d'une lettre d'avertissement valant notification de licenciement en cas de nouveau comportement fautif, Patrick Strzoda l'assume entièrement : " Je l'ai prise seul, en mon âme et conscience. Je n'ai jamais parlé de ce sujet avec le chef de l'Etat, qui était à 10 000 km. J'ai été recruté sur cette fonction pour m'occuper de la gestion interne de la présidence. Je comprends parfaitement que l'on puisse considérer que cette sanction n'était pas adaptée. C'est vraiment ma responsabilité et je l'assume. " Interrogé sur les raisons pour lesquelles, il n'a pas jugé utile de déclencher l'article 40 du code de procédure pénale, il répond : " Je n'avais pas assez d'éléments pour cela. Cette scène a été signalée sur la plate-forme de l'IGPN et aucune information de cette analyse ne m'a été adressée allant dans le sens d'un article 40. " " Démentir les rumeurs "Par la précision des termes qu'il emploie, le directeur de cabinet s'efforce de tordre le cou aux fantasmes. A conseiller officieux, il répond chargé de mission. A responsable de la sécurité, il oppose des fonctions d'" ensemblier ", qui concourent aux déplacements officiels du président de la République, tout en reconnaissant qu'Alexandre Benalla était bien chargé des déplacements " privés " du chef de l'Etat. Avec la même voix ferme, lente, il veut " démentir les rumeurs : 10 000 euros c'est faux ! Le duplex, c'est faux ! Ça n'a jamais été envisagé. La nomination comme sous-préfet ? Je démens formellement. " Mais il justifie l'attribution d'un logement de fonction à Alexandre Benalla – " jamais occupé ", précise-t-il – en raison des " contraintes " imposés par son service. La voiture de fonction ? Faux, encore assure le directeur de cabinet : " C'est une voiture de service qui était intégrée dans le cortège ce qui explique les équipements spéciaux installés par le garage de l'Elysée. " Quant aux ambitions prêtées au chargé de mission à la tête de la sécurité du président, le haut fonctionnaire répond tout aussi fermement : " On ne peut pas un instant imaginer qu'on puisse créer à l'Elysée une milice privée ou une garde prétorienne. Il n'a jamais été envisagé qu'Alexandren Benalla ait une fonction ou une responsabilité dans cette réorganisation. " De cette triple séquence du mardi 24 juillet, la présidence de la République est sortie rassurée. Le soulagement exprimé mercredi matin en dit long sur la tension des jours précédents. " Ce que le président a dit, les Français l'entendront. Il leur a parlé.Maintenant si un Français lui pose une question il y répondra ", dit Benjamin Griveaux. Et l'on assure désormais à l'Elysée regarder sans crainte la suite des travaux des commissions d'enquête parlementaires. Virginie Malingre, Manon Rescan, Pascale Robert-Diard, et Astrid de VillaineS
© Le Monde
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Le président peut-il être entendu par les commissions d'enquête ?
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| 26 juillet 2018 |
Un discours et des questions
Le chef de l'Etat, Emmanuel -Macron, est sorti de son silence, mardi 24 juillet, devant des députés de la majorité présidentielle, pour réagir à l'affaire Benalla, du nom de son collaborateur mis en examen pour des faits de violence le 1er-Mai. Le président endosse la responsabilité pour tenter de mettre fin à la crise politique : " Le seul responsable de cette affaire, c'est moi, et moi seul ", assure-t-il. Mais, à travers cette intervention, devant un public de fidèles, sans contradiction possible, M. Macron choisit d'éviter la plupart des questions soulevées depuis le déclenchement de cette affaire, et elles restent très nombreuses, pour comprendre les dysfonctionnements d'institutions aussi importantes que l'Elysée, le ministère de l'intérieur ou la préfecture de police. Il fait le choix, ensuite, de s'en prendre au travail des médias, qu'il accuse de vouloir se transformer en " pouvoir judiciaire " et de ne plus chercher la vérité – des accusations graves pour un président de la Répu-blique. Il remet en cause, enfin, le rôle des parlementaires, ou d'une partie d'entre eux, qui souhaitent faire la lumière sur cette affaire grâce à des commissions d'enquête. Le Monde publie les principaux extraits de ce discours important, qui permet de souligner les zones d'ombre, les imprécisions et les nombreuses questions auxquelles il ne répond pas.
Luc Bronner, directeur de la rédaction
© Le Monde
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" Le seul responsable de cette affaire, c'est moi et moi seul "
Confronté à la crise suscitée par l'affaire Benalla, Emmanuel Macron est sorti de son silence, mardi 24 juillet en début de soirée. C'est à sa majorité, réunie à la Maison de l'Amérique latine, à Paris, pour fêter la fin de la session parlementaire, qu'il a choisi de s'adresser, dans un discours dont nous reproduisons l'essentiel
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