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jeudi 26 juillet 2018

Affaire Benalla : la riposte de Macron

26 juillet 2018

Affaire Benalla : la riposte de Macron

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 L'Elysée et Matignon ont, mardi 24 juillet, répondu aux accusations entourant la gestion de l'affaire du chargé de mission Alexandre Benalla
 Lors des questions au gouvernement, à l'Assemblée nationale, le premier ministre a plaidé qu'" une dérive individuelle ne fait pas une affaire d'Etat "
 Patrick Strzoda, le directeur de cabinet de Macron, a ensuite défendu l'attitude de la présidence devant la commission d'enquête parlementaire
 En fin de journée, le président de la République est à son tour intervenu, à l'occasion d'une réunion informelle des parlementaires et des cadres LRM
 Le chef de l'Etat a endossé la responsabilité de la sanction et dénoncé " la République des fusibles, la République de la haine "
Pages 6-7
© Le Monde


26 juillet 2018

Emmanuel Macron assume et lance la contre-offensive

Lors d'un discours devant les ministres et les députés, mardi soir, le président de la République a assumé l'embauche d'Alexandre Benalla et a ressoudé ses troupes

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Après plusieurs jours de feu, les troupes sont épuisées. Elles se sentent emportées dans un combat qui n'est pas le leur. Elles ont peur et la peur les met en colère. Elles en veulent aux sergents, aux adjudants et aux lieutenants qui, dans la tourmente ne les ont pas protégées. Surtout, elles ne comprennent plus le général en chef, lui reprochent son silence. Ces sentiments mêlés les accompagnent lorsqu'elles rejoignent, en cette lourde fin de journée d'été, la réception à laquelle on les a conviées. Soudain, il leur parle. Leur dit les mots qu'elles attendaient. Applaudissements, immense soulagement.
L'art de la guerre politique s'est enrichi d'une spectaculaire séquence, mardi 24  juillet. Il était 20 h 30 lorsqu'une députée de La République en marche (LRM), Anne-Christine Langpublie sur Twitter la photo d'Emmanuel Macron, tout sourire, face aux élus de sa majorité réunis dans les jardins de la Maison de l'Amérique latine. Entré par une porte dérobée, le président est l'invité-surprise de ce pot organisé pour marquer la fin de la session parlementaire. La presse est tenue à l'écart. Emmanuel Macron n'en a pas besoin pour faire résonner ses propos à l'extérieur. Il a bien mieux, là, sous la main.
Les comptes Twitter des parlementaires et des cadres de LRM relaient en rafales les premiers mots publics du président sur l'affaire Benalla. " Alexandre Benalla n'a jamais détenu les codes nucléaires, Alexandre Benalla n'a jamais occupé un appartement de 300  m2 à l'Alma, Alexandre Benalla n'a jamais gagné 10 000  euros, Alexandre Benalla lui non plus n'a jamais été mon amant. " A la " République des fusibles,la République de la haine, celle où l'on fait trinquer un fonctionnaire ici, un collaborateur là ", il oppose sa seule et unique responsabilité : " Celui qui a fait confiance à Alexandre Benalla, c'est moi, le président de la République. Celui qui a été au courant et a validé l'ordre, la sanction de mes subordonnées, c'est moi et personne d'autre. S'ils veulent un responsable il est devant vous, qu'ils viennent le chercher ! "
Ses équipes à l'Elysée ont " fait ce qu'elles devaient faire ", la simple mise à pied de quinze jours d'Alexandre Benalla était " proportionnée à ce moment-là et je l'assume ", dit-il encore, avant d'évoquer son sentiment de " déception " et de " trahison " face aux agissements de son fidèle collaborateur.
Confidences amèresReprenant les formules soigneusement distillées ces derniers jours par toutes les voix de la majorité, il qualifie l'affaire Benalla de " dérive individuelle " et non pas d'" affaire d'Etat. " La " République exemplaire n'empêche pas les erreurs ", poursuit-il avant d'insister encore sur sa responsabilité : " On ne peut pas être un chef par beau temps et vouloir s'y soustraire lorsque le temps est difficile. " Aux rédactions des médias parviennent les images, gracieusement offertes par un participant à la réunion : Emmanuel Macron, entouré de son gouvernement naturellement soudé, face à des députés évidemment conquis. Oubliées, effacées les rancunes et les confidences amères de ceux qui, en début de soirée rejoignaient la Maison de l'Amérique latine. " On n'a rien eu pendant quarante-huit heures, personne ne répondait au téléphone à l'Elysée ", se plaignait un pilier du groupe LRM. " Les ministres auraient pu venir plus tôt. On était seuls ! ", soupirait une députée. Mais ça, c'était avant la surprise Macron. Fin de la séquence du soir.
Une séquence méthodiquement préparée. Lorsqu'il s'est exprimé, le président de la République avançait sur un terrain déminé. Ce fut d'abord la réunion du groupe LRM dans la matinée, en présence du premier ministre Edouard Philippe, chargé de ressouder et de rassurer. Ce fut ensuite le solo interprété par le même Edouard Philippe face à la représentation nationale surchauffée lors de la séance des questions au gouvernement. Arrivé en avance à l'Assemblée nationale, le premier ministre révise dans l'hémicycle encore vide, sous le regard attentif de son conseiller Gilles Boyer. Il s'apprête à répondre personnellement aux dix questions annoncées sur l'affaire Benalla qui empoisonne l'exécutif depuis cinq jours.
Christian Jacob, président du groupe Les Républicains (LR) de l'Assemblée, est le premier à prendre le micro. " Les Français se posent la question, pourquoi Alexandre Benalla est-il à ce point protégé ? – Je vais vous répondre dans le calme et comme toujours vous écouterez ma réponse dans le calme… " Les faits commis par Alexandre Benalla sont " choquants et inacceptables ", mais " une dérive individuelle ne fait pas une affaire d'Etat. "
" Rien n'a été masqué "Le premierministre énumère les procédures enclenchées. Poursuites judiciaires, enquête de l'IGPN, commission d'enquête parlementaire : " Tout cela en une semaine ! Cette célérité et cette intensité de réaction est rare ", insiste-t-il. " Deux mois ! ", hurle l'opposition, rappelant que les faits remontent au 1er  mai. " Je conçois qu'on puisse poser des questions sur l'éventuelle proportionnalité de la (sanction) prise " mais " rien n'a été masqué et rien n'a été omis ", assure-t-il avant de promettre qu'il prendra " les mesures qui s'imposent pour éviter que de tels dysfonctionnements puissent se reproduire ".
Faute de donner de nouvelles réponses sur l'affaire, il rend les coups. Rappelle au député socialiste Olivier Faure la lenteur de la réaction parlementaire lors de l'affaire Cahuzac. Donne une leçon d'histoire et de philosophie politique au chef de file de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, qui lui demandait que " la vertu politique soit rétablie " : " Vous savez comme moi que la démocratie s'est trouvée fortifiée lorsqu'elle ne s'est plus posée la question de la vertu mais celle du droit, du respect des règles. " Fait sourire jusqu'aux bancs de l'opposition, en souhaitant la bienvenue à Jean-Louis Thiériot (LR), qui vient tout juste d'entrer à l'Assemblée nationale où il succède à Yves Jégo – " Vous savez l'amitié qui me lie à votre prédécesseur. Il n'est pas impossible que le même type de lien prospère entre nous ; mais cela n'est pas encore complètement acquis, manifestement ", lui dit-il – avant de reprendre une nouvelle fois le fil de ses réponses calibrées sur l'affaire Benalla.
Du " guignol " de l'hémicycle, une loge réservée aux collaborateurs et d'où il observe son patron, Gilles Boyer s'est détendu. Au pied du perchoir, la conseillère parlementaire d'Edouard Philippe esquisse de larges sourires. Les députés LRM exultent face au savoir-faire oratoire du premier ministre qui a fait retomber la pression. Fin de la deuxième épreuve.
Il en restait une à surmonter. Dans la salle de la commission d'enquête parlementaire, commence l'audition très attendue du directeur de cabinet d'Emmanuel Macron, Patrick Strzoda. Au mélange de courtoisie et de malice tactiques du premier ministre, succède le verbe lent, précis du haut fonctionnaire. A lui, le rôle du serviteur de l'Etat, humble et rigoureux, que la rumeur a déjà désigné comme un fusible idéal. Est-ce pour cela que tour à tour, ceux qui l'interrogent commencent leur propos par un hommage appuyé à son parcours, à sa " droiture " et ne semblent pas du tout chercher à le mettre en difficulté ?
Le haut fonctionnaire parle et chacun entend dans sa voix les mots que l'Elysée a voulu faire passer. " Je mesure le trouble et l'émotion que le comportement de ce chargé de mission a suscité notamment chez nos forces de sécurité. Le chef de l'Etat mesure chaque jour l'engagement sans faille des policiers et des gendarmes. Sa sécurité ne peut être assurée que sous le contrôle des policiers et des gendarmes ", observe-t-il en ouverture de son propos. Puis il explique, avec précision, la chronologie des événements de ce 1er  mai, le signalement qui lui est fait dès le 2  mai de cette vidéo de la place de la Contrescarpe qui montre Alexandre Benalla s'en prendre avec violence à deux manifestants, ses échanges sur le sujet avec le cabinet du ministre de l'intérieur, Gérard Collomb et avec le secrétaire général de l'Elysée, Alexis Kohler.
" Comportement individuel fautif "Les mêmes reviennent qui dénoncent le " comportement individuel fautif d'un chargé de mission à l'Elysée ". Oui, dit-il, il lui avait donné son autorisation de participer à une mission d'observation ce jour-là, mais ajoute-t-il, " je lui ai rappelé qu'il n'était pas question de participer à des opérations sur le terrain. " Sa mise à pied de quinze jours, avec suspension de traitement, suivie d'une rétrogradation et accompagnée d'une lettre d'avertissement valant notification de licenciement en cas de nouveau comportement fautif, Patrick Strzoda l'assume entièrement : " Je l'ai prise seul, en mon âme et conscience. Je n'ai jamais parlé de ce sujet avec le chef de l'Etat, qui était à 10 000  km. J'ai été recruté sur cette fonction pour m'occuper de la gestion interne de la présidence. Je comprends parfaitement que l'on puisse considérer que cette sanction n'était pas adaptée. C'est vraiment ma responsabilité et je l'assume. "
Interrogé sur les raisons pour lesquelles, il n'a pas jugé utile de déclencher l'article  40 du code de procédure pénale, il répond : " Je n'avais pas assez d'éléments pour cela. Cette scène a été signalée sur la plate-forme de l'IGPN et aucune information de cette analyse ne m'a été adressée allant dans le sens d'un article  40. "
" Démentir les rumeurs "Par la précision des termes qu'il emploie, le directeur de cabinet s'efforce de tordre le cou aux fantasmes. A conseiller officieux, il répond chargé de mission. A responsable de la sécurité, il oppose des fonctions d'" ensemblier ", qui concourent aux déplacements officiels du président de la République, tout en reconnaissant qu'Alexandre Benalla était bien chargé des déplacements " privés " du chef de l'Etat. Avec la même voix ferme, lente, il veut " démentir les rumeurs : 10 000  euros c'est faux ! Le duplex, c'est faux ! Ça n'a jamais été envisagé. La nomination comme sous-préfet ? Je démens formellement. "
Mais il justifie l'attribution d'un logement de fonction à Alexandre Benalla – " jamais occupé ", précise-t-il – en raison des " contraintes " imposés par son service. La voiture de fonction ? Faux, encore assure le directeur de cabinet : " C'est une voiture de service qui était intégrée dans le cortège ce qui explique les équipements spéciaux installés par le garage de l'Elysée. " Quant aux ambitions prêtées au chargé de mission à la tête de la sécurité du président, le haut fonctionnaire répond tout aussi fermement : " On ne peut pas un instant imaginer qu'on puisse créer à l'Elysée une milice privée ou une garde prétorienne. Il n'a jamais été envisagé qu'Alexandren Benalla ait une fonction ou une responsabilité dans cette réorganisation. "
De cette triple séquence du mardi 24  juillet, la présidence de la République est sortie rassurée. Le soulagement exprimé mercredi matin en dit long sur la tension des jours précédents. " Ce que le président a dit, les Français l'entendront. Il leur a parlé.Maintenant si un Français lui pose une question il y répondra ", dit Benjamin Griveaux. Et l'on assure désormais à l'Elysée regarder sans crainte la suite des travaux des commissions d'enquête parlementaires.
Virginie Malingre, Manon Rescan, Pascale Robert-Diard, et Astrid de VillaineS
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26 juillet 2018

Le président peut-il être entendu par les commissions d'enquête ?

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Comme souventavec la fonction présidentielle, le débat divise les constitutionnalistes. Emmanuel -Macron peut-il se rendre devant la commission d'enquête de l'Assemblée nationale, comme le réclament le patron de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, et celui de -Génération.s, Benoît Hamon, après les révélations du Monde sur l'affaire Benalla ? La question qui touche à la séparation des pouvoirs ne fait pas l'unanimité chez les professeurs de droit public qui proposent des lectures différentes de la Constitution.
Pour Dominique Rousseau, interrogé mardi 24  juillet dans nos colonnes, " la commission d'enquête parlementaire peut demander à entendre le président de la République ". Le professeur de droit public à l'université Paris-I-Panthéon-Sorbonne s'appuie sur l'article  67 de la Constitution, qui stipule que " le président (…) ne peut, durant son mandat et devant aucune juridiction ou autorité administrative française, être requis de témoigner non plus que faire l'objet d'une action, d'un acte d'information, d'instruction ou de poursuite ". Selon Dominique  Rousseau, la commission d'enquête n'étant " ni une juridiction ni une autorité administrative ", rien ne s'oppose à ce que le président de la République soit auditionné, s'il le souhaite. Car contrairement à toute personne convoquée par la commission d'enquête qui risque deux ans d'emprisonnement et 7 500  euros d'amende en cas de refus, le chef de l'Etat bénéficie de l'immunité pénale pendant son mandat.
Denys de Béchillon  fait une analyse strictement inverse. " Le président de la République ne peut en aucun cas aller devant une commission d'enquête, il n'y a pas de débat ", répond au contraire le professeur de droit public à l'université de Pau. Selon lui, ce n'est pas l'article  67 de la Constitution qu'il faut lire, mais les articles  24 et  51-2. Ce dernier stipule que " des commissions d'enquête peuvent être créées au sein de chaque assemblée (…) pour l'exercice des missions de contrôle et d'évaluation définies au premier alinéa de l'article  24 ". L'article  24 est clair : " Le Parlement vote la loi. Il contrôle l'action du gouvernement. "" Les commissions d'enquête sont là pour contrôler le gouvernement, pas le président de la République ", résume M. de Béchillon. Et d'ajouter : " L'essence même de la Ve  République est la séparation des pouvoirs et la protection de la fonction du président de la République : par l'immunité pénale et par son absence de responsabilité politique. "
Pour M. Rousseau, la séparation des pouvoirs ne serait pas mise à mal par une éventuelle audition du chef de l'Etat : " Il y aurait atteinte à la séparation des pouvoirs si la commission lui demandait des comptes sur sa politique (…) mais là, les questions porteront sur ses décisions en tant que chef de l'administration de l'Elysée. " " Si on pouvait convoquer le président à heure fixe, lui faire prêter serment et lui demander des comptes, on aboutirait forcément à juger sa politique ", craint au contraire M. de Béchillon.
A. d. V.
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26 juillet 2018

Un discours et  des questions

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Le chef de l'Etat, Emmanuel -Macron, est sorti de son silence, mardi 24 juillet, devant des députés de la majorité présidentielle, pour réagir à l'affaire Benalla, du nom de son collaborateur mis en examen pour des faits de violence le 1er-Mai. Le président endosse la responsabilité pour tenter de mettre fin à la crise politique : " Le seul responsable de cette affaire, c'est moi, et moi seul ", assure-t-il. Mais, à travers cette intervention, devant un public de fidèles, sans contradiction possible, M.  Macron choisit d'éviter la plupart des questions soulevées depuis le déclenchement de cette affaire, et elles restent très nombreuses, pour comprendre les dysfonctionnements d'institutions aussi importantes que l'Elysée, le ministère de l'intérieur ou la préfecture de police. Il fait le choix, ensuite, de s'en prendre au travail des médias, qu'il accuse de vouloir se transformer en " pouvoir judiciaire " et de ne plus chercher la vérité – des accusations graves pour un président de la Répu-blique. Il remet en cause, enfin, le rôle des parlementaires, ou d'une partie d'entre eux, qui souhaitent faire la lumière sur cette affaire grâce à des commissions d'enquête. Le Monde publie les principaux extraits de ce discours important, qui permet de souligner les zones d'ombre, les imprécisions et les nombreuses questions auxquelles il ne répond pas.
Luc Bronner, directeur de la rédaction
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26 juillet 2018

" Le seul responsable de cette affaire, c'est moi et moi seul "

Confronté à la crise suscitée par l'affaire Benalla, Emmanuel Macron est sorti de son silence, mardi 24 juillet en début de soirée. C'est à sa majorité, réunie à la Maison de l'Amérique latine, à Paris, pour fêter la fin de la session parlementaire, qu'il a choisi de s'adresser, dans un discours dont nous reproduisons l'essentiel

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" ALEXANDRE BENALLA N'A JAMAIS DÉTENU DE CODES NUCLÉAIRES "
Emmanuel Macron évoque ici, sur un pied d'égalité, des contenus parodiques, des informations contestées par l'Elysée, des faits avérés et des rumeurs de caniveau. Ainsi, l'affirmation selon laquelle Alexandre Benalla " avait les codes nucléaires " n'est qu'un canular du site parodique belge Nordpresse.be. Seuls quelques internautes peu attentifs se seront fait piéger, comme le député Les Républicains Eric Pauget qui a partagé l'article, lundi 23  juillet, sur Twitter, avant de le supprimer.
En revanche, l'hébergement d'Alexandre Benalla dans une dépendance de l'Elysée près du pont de l'Alma est loin d'être une invention. L'Elysée a d'ailleurs confirmé avoir accepté " dans le courant de l'année 2018 " cette demande de logement de M. Benalla, comme l'avait révélé Le Monde. La présidence assure que celui-ci ne l'aurait finalement " jamais occupé ", même s'il a déclaré sur des documents administratifs y être domicilié depuis le 9  juillet. La superficie de " 300  m2 " du logement est, quant à elle, une allusion à un article deL'Express évoquant un projet de travaux pour l'agrandir, point contesté par l'Elysée.
Autre information dans le viseur du président : le montant de la rémunération d'Alexandre Benalla, qui approcherait les " 10 000  euros mensuels ", selon un article duParisien. Le palais l'a démentie, mais s'est refusé jusqu'ici à donner une indication sur le traitement de l'intéressé.
Enfin, Emmanuel Macron souligne bien une réalité lorsqu'il évoque des rumeurs sur sa vie privée. Un prétendu" article du Monde " qui mentionnait une " relation amoureuse " entre MM. Macron et Benalla a ainsi circulé ces derniers jours sur les réseaux sociaux. En réalité, c'était un faux, fabriqué de toutes pièces.
" CE QUI S'EST PASSÉ A ÉTÉ POUR MOI UNE TRAHISON "
Emmanuel Macron est averti des faits durant son voyage en Australie, les 2 et 3 mai. Ce jour-là, il n'évoque nullement une " trahison " et indique, selon M. Strzoda : " Si les faits sont avérés, il faut prendre une sanction. "
Beaucoup se disaient : pourquoi le président de la République ne parle pas. D'abord, on n'est pas obligé de parler tout le temps. Et j'ai plutôt pris ce pli qui consiste à choisir les moments où je parle et à ne pas me les faire dicter, et je continuerai à procéder de la sorte. Et quand on est président de la République, on ne parle pas quand il y a une garde à vue, la justice qui fait son travail sur un sujet, et lorsque les esprits s'embrasent, pour être un des participants d'une mêlée à laquelle tout dans notre Constitution conduit à ne pas prendre part.
Et que ceux qui, chaque jour, défendent la République la main sur le cœur nous expliquent qu'il ne faut pas la toucher pour ceci ou cela l'oublient rapidement quand il s'agit au fond de leur but ultime dans cette affaire : de salir le président de la République, de bousculer son pouvoir et, avec celui-ci, nos institutions.
Donc oui, je me suis tu dans le temps qui était nécessaire et j'ai aussi souhaité que le travail de toutes et tous soit fait.
Je veux ici vous parler de tout cela. D'abord, on doit toute la vérité. Alexandre Benalla n'a jamais détenu de codes nucléaires. Alexandre Benalla n'a jamais occupé un 300  mètres carrés à l'Alma. Alexandre Benalla n'a jamais gagné 10 000  euros. Alexandre Benalla, lui non plus, n'a jamais été mon amant. Alexandre Benalla, quoique bagagiste d'un jour, n'a jamais eu ces fonctions dans la durée.
Ces choses qu'on a entendues ces derniers jours, les mêmes d'ailleurs vous disant “tout est n'importe quoi”, sans que cela ne les fasse rougir ou s'interroger sur eux-mêmes, qu'ils soient parfois parlementaires, qu'ils soient commentateurs, ou journalistes. Les mêmes ont dit des fadaises.
Alors, de quoi s'agit-il ? Alexandre Benalla, c'est quelqu'un qui nous a accompagnés pendant la campagne, avec beaucoup de courage et d'engagement. Et c'est quelqu'un qui a permis, à un moment où, sortant de nulle part, n'étant protégé et aidé, ce qui est sans doute normal, ni par l'Etat ni par les services publics, il était légitime d'avoir des gens qui organisent des déplacements, des réunions publiques. Il a été engagé par le mouvement et il m'a accompagné avec beaucoup d'engagement. Et, quoi qu'il advienne, quoi qu'il se passe dans cette affaire, je n'ai pas à oublier cet engagement ou à ne pas me souvenir de ce qu'il a fait et de ce qu'il a été.
Il l'a fait avec son talent, son engagement et, la campagne terminée, il s'est agi de constituer des équipes à l'Elysée. Et ces équipes, elles, ont été constituées de gens qui connaissent l'Etat, le servent, depuis parfois très longtemps, comme le préfet Strzoda, que vous avez, pour certains, vu cet après-midi, et de gens qui étaient engagés à mes côtés depuis longtemps dans la campagne, comme ça a d'ailleurs toujours été le cas et comme il est bon que ce soit le cas. Et il est bon dans un cabinet, qu'il soit ministériel, primo-ministériel ou présidentiel, d'arriver à cet amalgame des personnalités où des expériences différentes se conjuguent, où des regards différents se croisent.
Et c'est comme ça qu'il a été embauché, de manière totalement conforme au droit, avec les enquêtes menées par les services de l'Etat qui devaient l'être, dans un cadre qu'a rappelé le préfet Strzoda, et sous une hiérarchie où il était encadré. Et il a beaucoup fait durant l'année qui vient de s'écouler, dans ce cadre-là. Il a aussi gagné la confiance de certains de ses interlocuteurs en dehors de l'Elysée avec lesquels il travaillait au quotidien.
Et ce qui s'est passé le 1er  mai, dans une fonction qui n'est pas celle qu'il occupait à l'Elysée, mais dans le cadre d'une activité que peut-être beaucoup d'entre vous ont pu faire, celle d'observateur dans le cadre d'une manifestation ou d'intervention de force de police.
Ce qui s'est passé le 1er  mai est grave, sérieux et a été pour moi une déception, une trahison. Oui, mais cela, simplement cela, ce qui s'est passé, c'est que ce collaborateur, parce qu'il avait la confiance d'autres gens – et c'est à l'enquête de le montrer – s'est rendu sur ce lieu de manifestation et, de manière évidente, il est sorti du cadre d'observateur pour devenir acteur.
Je ne veux pas en dire plus sur cette affaire, parce que c'est la justice qui dira, parce que l'IGPN - inspection générale de la police nationale - a été saisie par le ministre. Mais, ce que je sais, c'est que, le lendemain, dès qu'ils l'ont su, mes collaborateurs à l'Elysée ont pris une sanction.
(…)
Cette sanction, elle a été prise, et il m'en a été rendu compte, et elle a été jugée alors proportionnée, parce qu'il y avait un contexte et des circonstances que l'enquête de l'IGPN comme la justice éclaireront. Mais, à aucun moment, à aucun moment, ceux qui dirigent mon cabinet, et au premier chef mon directeur de cabinet, n'ont caché cette affaire. A aucun moment, ils n'ont considéré que ce collaborateur, quand bien même ce n'était pas dans le cadre de ses fonctions à l'Elysée, n'avait pas fait quelque chose de grave. Ils l'ont sanctionné ensuite. A aucun moment, ils n'ont exercé quelque pression pour que cette affaire soit dissimulée à l'extérieur ou ne donne pas lieu à tout ce qu'il devait être donné, à aucun moment.
Et donc, sur ce sujet, je considère que mes équipes à l'Elysée ont fait ce qu'elles devaient faire. On peut en opportunité dire : “Moi, si j'avais été à leur place, avec le résultat des courses et l'émotion du moment, j'aurais fait différent, ceci ou cela”, et la justice ou d'autres pourront peut-être dire il y a eu des erreurs, si on n'a pas été conformes au code de procédure pénale ou autre, il ne m'appartient pas de le juger. Moi, j'ai considéré que c'était proportionné à ce moment-là, je l'assume.
Dans notre République, depuis un an, il n'y a eu qui que ce soit protégé ou soustrait aux règles, au droit de la République, car c'est ce que nos concitoyens attendent de nous et s'ils cherchent un responsable, dites-leur, dites-leur chaque jour : vous l'avez devant vous. Le seul responsable de cette affaire, c'est moi, et moi seul !
Je vais vous dire pourquoi : parce que celui qui a fait confiance à Alexandre Benalla, c'est moi, le président de la République, celui qui a été au courant et qui a validé l'ordre, la sanction de mes subordonnés, c'est moi et personne. Et les valeurs qui nous ont faits, ce qui nous a conduits là, ça n'est pas la République des fusibles, ça n'est pas la République de la haine, celle où on fait trinquer un fonctionnaire ici, un collaborateur là. On peut pas être chef par beau temps, et vouloir s'y soustraire lorsque le temps est difficile. S'ils veulent un responsable, il est devant vous, qu'ils viennent le chercher ! Et ce responsable, il répond au peuple français, et au peuple souverain, et à personne d'autre.
(…)
La République, elle tient quand chacun assume ses responsabilités. J'assume les miennes de là où je suis. Avec la vérité des faits, celle que je viens de rappeler. Mes collaborateurs l'assument. Vous avez vu le préfet aujourd'hui, avec une immense dignité, parfois traité d'une manière que je ne qualifierai pas. Le premier ministre assume ses responsabilités, les ministres les assument, et c'est important pour toute la République. Quelle République serions-nous si, au premier coup de vent, celui qui la préside disait “ce n'est pas moi, c'est ce collaborateur, sortons-le”. Si, au premier coup de vent, il disait “je n'étais pas au courant, c'est ce troisième bureau, je ne l'ai pas vu”. Ce qu'attendent de nous nos concitoyens, c'est que chacun prenne les responsabilités. Ce qu'attendent de nous nos fonctionnaires, c'est que chacun soit là où il doit être. Nous avons une Constitution, elle fixe les responsabilités. Il s'agit simplement d'être au rendez-vous de ces responsabilités. Et c'est ce que nous allons continuer à faire.
Maintenant, je me dois dans ce contexte de vous dire que ce qui m'inquiète sur ce sujet, c'est le spectacle auquel nous assistons depuis quelques jours. Ce que je vous dois tout en prenant mes responsabilités, en vous redonnant les faits et le fait que j'assume, ce qui a été fait par mes collaborateurs, et je condamne la gravité des actes commis par Alexandre Benalla en considérant aussi que ça ne lui enlève pas le reste, ça ne lui enlève pas la dignité.
Ce que je regarde depuis quatre jours, c'est un spectacle où la tentation pour presque tous les pouvoirs est de sortir de son lit. Nous avons une presse qui ne cherche plus la vérité. Elle disait ce matin, “regardez, un directeur de la Préfecture de police a dit que c'était faux”, il dément quelques heures plus tard, on l'entend à peine ; on dit “regardez les images tournent en boucle” d'une scène inadmissible, et que je condamne, on ne voit jamais la scène d'avant ou la scène d'après, quel est le contexte, que s'est-il passé ?S'agissait-il d'individus qui buvaient gentiment un café en terrasse ? Que s'est-il passé juste ensuite ? J'ai cru comprendre qu'il y avait des images, où sont-elles ? Sont-elles montrées avec la même volonté de rechercher la vérité et d'apporter de manière équilibrée les faits ? Non.
Je vois un pouvoir médiatique qui veut devenir un pouvoir judiciaire, qui a décidé qu'il n'y avait plus de présomption d'innocence dans la République et qu'il fallait fouler aux pieds un homme et avec lui toute la République.
Je vois un pouvoir judiciaire qui va continuer à faire son travail, et c'est essentiel. Et c'est ce à quoi je suis attaché de là où je suis. Avec force, conviction, mais dont je constate que nous avons un problème quant au fonctionnement quotidien. Pas une audition, pas une recherche ne sort à la seconde même dans la presse. Comment conjuguer la présomption d'innocence avec un tel fonctionnement, il nous faudra aussi répondre à ce sujet.
Et je vois certains qui voudraient faire sortir le pouvoir législatif de son lit. Considérant qu'il appartient au Parlement de se substituer à la justice et de devenir un tribunal populaire. D'oublier la séparation des pouvoirs et de considérer qu'il est de son ressort de contrôler chaque décision de l'Elysée. Les mêmes parfois qui vous disent que la Ve  République est un totem. Qu'il ne faudrait pas même réformer, pas même réformer.
Et nous assistons à la coalition baroque qui ne trompe personne dans notre pays, de ceux qui prétendent provenir du gaullisme et qui en ont oublié tous les principes et la dignité. Et des extrêmes qui, eux, sont cohérents dans leur recherche : ils n'aiment pas l'Etat et ils veulent basculer la République.
Et donc, dans ce contexte, chacun doit garder son calme. Et chaque pouvoir doit être au cœur de son exercice. Je veux que la justice fasse calmement son travail, et jusqu'au bout. Elle devra mettre en lumière les faits, tous les faits, et définir les responsabilités, toutes les conséquences en seront tirées.
Il appartient aux médias de faire leur travail, calmement, dans la pluralité des opinions et avec un rapport au réel et à la vérité qui doit chaque jour être questionné par nos propres consciences.
Il appartient au gouvernement de faire la lumière sur ce qui relève de lui. C'est à cet égard qu'une enquête de l'IGPN a été demandée sur les faits du 1er  mai, mais j'aurai aussi à demander en complément au premier ministre et à plusieurs ministres des éclairages sur d'autres faits ou des réformes qui, au vu de ce que nous sommes en train de vivre, s'imposent.
Et c'est aussi pour cela que l'Elysée fera son travail et que j'ai demandé au secrétaire général, conformément à notre Constitution, de me faire des propositions pour que des améliorations organisationnelles, qu'au demeurant nous avions déjà identifiées et sur lesquelles certains avaient commencé à travailler, puissent être prises.
Sur ce sujet, je ne donnerai pas des têtes parce que je ne fonctionne pas comme ça. Quand, après une analyse rigoureuse, des responsabilités sont définies, elles doivent s'exercer, se faire jouer. Je l'ai montré par le passé. Lorsque nous en sommes encore à l'élucidation de la vérité, on ne sacrifie pas des fonctionnaires, des collaborateurs, ou des ministres, sur l'autel de l'émotion populaire, de la démocratie d'opinion instantanée. (…)
© Le Monde


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