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Marseille L'ouverture à la concurrence exacerbe la mobilisation


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" En seize ansde boîte, je n'avais jamais vu ça. " Délégué FO pour les activités TER, Jean-Marc Casanova résume la surprise teintée de satisfaction éprouvée, mardi 3 avril au matin, par les responsables syndicaux, gare Saint-Charles à Marseille. " 77 % de grévistes sur le périmètre régional. Même en 1995, nous n'avons pas connu une mobilisation de cette ampleur ", estime quelques minutes plus tard, lors de l'assemblée générale (AG) commune, Rémy Hours, secrétaire général des cheminots CGT Marseille. Sans réelle visibilité, tous avaient senti le mécontentement monter dans cette région connue pour son goût du combat syndical. Mais chacun attendait la première journée d'action, après celle du 22 mars, pour évaluer la puissance du conflit.
Pendant l'AG des conducteurs, mobilisés à plus de 95 % mardi, seul le TGV Marseille-Milan a fait son entrée en gare Saint-Charles. Coïncidence, il est affrété par l'opérateur italien privé Thello, et incarne tout ce que les cheminots rejettent. " Ce qui est en train de se négocier, ce sont les conditions de l'ouverture à la concurrence, que les ordonnances du gouvernement pourraient définir ", s'enflamme Ali-Jean Boualam, délégué FO. " On sait bien que, dans deux ans, on peut se retrouver chez un opérateur privé, avec dix-huit mois de conservation de statut et des conditions de travail très différentes ", insiste Romain, 25 ans, conducteur de TER.
En Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA), la question est d'autant plus sensible que le conseil régional, autorité compétente pour les TER, claironne depuis 2015 son envie d'aller vite. Son président, Renaud Muselier (LR), refuse de signer la convention de gestion avec la SNCF et dénonce régulièrement des " taux d'annulation et de retard record " des trains. " L'annonce, la semaine dernière, que dix opérateurs ont répondu à l'appel de la région pour la gestion des lignes TER a été prise comme une provocation ", souligne Stéphane Crespin, responsable UNSA régional.
Comme ailleurs, la mobilisation des cadres en PACA étonne. " Même si on comprend la nécessité d'une certaine réforme, on n'a pas apprécié la méthode, et voir Edouard Philippe désigner les salariés comme responsables de la dette ", grogne Jean-Marc, cadre, adhérent UNSA et La République en marche, qui, comme d'autres, dit vouloir " des garanties sur le maintien d'un service public de qualité ".
Alors que mercredi, le trafic devait être aussi perturbé que la veille, le front syndical reste uni. Dans les AG par service, la CGT, majoritaire, a laissé la parole aux autres organisations. " Le mot d'ordre, c'est pas de coups bas, unité ! ", assure M. Boualam, dont l'organisation, numéro deux ici, a déposé sur PACA un préavis d'un mois démarrant le 3 avril. " La question de la grève perlée ou reconductible n'est pas le sujet actuellement. Pour tenir, plus qu'une unité syndicale, il faudra une unité des cheminots ", prévoit, le délégué SUD-Rail, Frédéric Michel.
Gilles Rof (correspondance)
© Le Monde
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LilleLes cheminots veulent rester soudés pour " ce long combat "


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Casquette griseet gilet rouge ciglé CGT, Arnaud Daussy, 38 ans, secrétaire général CGT-Cheminots de Lille, s'empare du micro devant près de 200 collègues. " Le train de la révolte de la classe ouvrière était en marche ", lance-t-il lors de l'assemblée qui s'est déroulée mardi 3 avril, dans la matinée, au bout du quai 0 de la gare Lille-Flandres. Ce cheminot de père en fils annonce la couleur : " Ce combat va être long, il faudra rester soudés. "
Faire bloc malgré les divergences sur la stratégie à adopter. " Il y a de l'inquiétude à cause des pertes financières liées à la grève ", confirme Pauline Debast, agent de transport et militante à l'UNSA-Ferroviaire. A 30 ans, cette jeune maman enceinte d'un deuxième enfant vit sa première grande grève depuis son entrée à la SNCF, en 2011. " On sait que nous sommes regardés de très près, dit-elle, prête à mener la lutte. Mais c'est vrai que les avis divergent. " Pendant la réunion, des voix se sont élevées pour demander que seuls les conducteurs fassent grève. Une stratégie novatrice qui va avec la mise en place d'une caisse de grève intersyndicale afin de faire jouer la solidarité interprofessionnelle.
" Il faut qu'aucun train ne circule pendant dix jours, a lancé un cheminot. Il faut foutre le bordel, le vrai bordel pendant dix jours ! " Idée applaudie mais rejetée, notamment par la CGT. " Ce n'est pas une corporation qui peut faire grève pour les autres, a expliqué Arnaud Daussy. Il n'y a pas de mercenaires. Pas de grève par procuration. "
Dans les Hauts-de-France, l'intersyndicale (CGT, UNSA-Ferroviaire, CFDT, SUD-Rail) espère fédérer différentes corporations. " On a besoin d'un mouvement d'une intensité énorme et nous devons être la locomotive de ce mouvement ", veut croire Mathias Wattelle, secrétaire de l'union locale lilloise de la CGT, solidaire des étudiants, des agents hospitaliers, des éboueurs ou des salariés de Carrefour.
Les bons chiffres des grévistes de la SNCF ce mardi (6 % des TER en circulation et 12 % des TGV dans les Hauts-de-France ; 88 % des conducteurs de la région en grève et 92 % prévus mercredi, selon la CGT) n'ont pas suffi à lancer la grève générale souhaitée. Après être allés manifester mardi midi dans la galerie marchande d'Euralille au son des slogans " Carrefour avec nous ! " ou " Usagers avec nous ! ", les cheminots ont reçu le soutien timide des étudiants. Une manifestation devant la gare Lille-Flandres a réuni à peine 300 personnes.
Laurie Moniez (correspondance)
© Le Monde
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