mercredi 4 avril 2018

SNCF : Macron face à une forte mobilisation


5 avril 2018

SNCF : Macron face à une forte mobilisation

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" La mobilisation est forte ", a reconnu Matignon, mardi 3 avril, au premier jour de la grève de la SNCF
 Le taux de grévistes, 33,9 %, est moindre que le 22 mars, mais a atteint 77 % chez les conducteurs de train
 Le premier ministre a cependant souligné " la détermination du gouvernement sur la réforme "
 L'exécutif mise sur l'exaspération de l'opinion, tandis que les syndicats parient sur la durée pour le faire plier
cahier éco – Pages 2-3
© Le Monde

 


5 avril 2018

Nantes " Le projet de réforme, c'est le coup de massue final "

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" Place des luttes ".C'est ainsi que les grévistes ont rebaptisé l'espace s'ouvrant devant la voie 53, en gare de Nantes. Un nom pour l'heure approprié : ce mardi 3  avril, " la mobilisation a pris ", se félicite Stéphane Le Moing, agent de maintenance et secrétaire CGT (majoritaire) des cheminots de Nantes. " Un seul TGV sur 8 sur les rails, 80  % de conducteurs grévistes à Nantes, c'est du rarement vu ", détaille celui qui est entré à la SNCF comme apprenti en  1992 et se définit comme un " pur produit du chemin de fer ".
" Le projet de réforme, c'est le coup de massue final, soupire Alain Schwartz, ingénieur en informatique (CGT). Les gars ne comprennent plus la boîte, les injonctions contradictoires, le manque de moyens. Le mal-être déborde. "
Si la copie du gouvernement demeure en l'état, Louis Truffaut, trente-neuf ans de carrière, responsable régional de la CFDT-Cheminots, prédit " la perte de la SNCF " et " la casse du service public ". Car la réforme " n'apporte aucune solution, ni pour la dette de l'entreprise ni pour l'amélioration de la qualité du service ". Egalement élue CFDT, Lydia Ranwez, 37 ans, téléconseillère, fustige " la décrépitude du réseau " et souligne " la suppression de milliers de postes à l'origine de cette situation ".
Comptant vingt-trois ans d'ancienneté, Didier Guibert, conducteur de train (SUD-Rail), dénonce " la privatisation rampante de la SNCF. On voit bien comment les choses se sont passées à La Poste ou à France Télécom… " La question du statut des cheminots, reprend-il, est " un faux problème. Ce n'est pas à cause du statut que la SNCF a une dette ou qu'il y a des retards de trains ". Dans l'assemblée, Christian Lebeaupin, 50 ans, agent non syndiqué, a répondu présent " pour défendre le boulot des copains ".
Selon la CGT, 36,89  % du personnel, tous collèges confondus, a débrayé mardi dans la région des Pays de la Loire. M.  Guibert est prêt à soutenir un mouvement plus dur, notant : " Le calendrier de la réforme est tendu. A un moment, il faudra passer à la vitesse supérieure "" Cheminots en colère, on ne va pas se laisser faire ", répond en écho Nicolas Bazille (CGT), qui pense aussi qu'il va falloir " y aller pour de bon " et conduire " une grève dure ". La question risque de se poser rapidement. " C'est un outil qui peut servir mais il faut que cela se fasse dans l'unité, dit M. Guibert. L'unité est primordiale pour gagner. "
Yan Gauchard (correspondant)




5 avril 2018

Marseille L'ouverture à la concurrence exacerbe la mobilisation

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" En seize ansde boîte, je n'avais jamais vu ça. " Délégué FO pour les activités TER, Jean-Marc Casanova résume la surprise teintée de satisfaction éprouvée, mardi 3  avril au matin, par les responsables syndicaux, gare Saint-Charles à Marseille. " 77  % de grévistes sur le périmètre régional. Même en  1995, nous n'avons pas connu une mobilisation de cette ampleur ", estime quelques minutes plus tard, lors de l'assemblée générale (AG) commune, Rémy Hours, secrétaire général des cheminots CGT Marseille. Sans réelle visibilité, tous avaient senti le mécontentement monter dans cette région connue pour son goût du combat syndical. Mais chacun attendait la première journée d'action, après celle du 22  mars, pour évaluer la puissance du conflit.
Pendant l'AG des conducteurs, mobilisés à plus de 95  % mardi, seul le TGV Marseille-Milan a fait son entrée en gare Saint-Charles. Coïncidence, il est affrété par l'opérateur italien privé Thello, et incarne tout ce que les cheminots rejettent. " Ce qui est en train de se négocier, ce sont les conditions de l'ouverture à la concurrence, que les ordonnances du gouvernement pourraient définir ", s'enflamme Ali-Jean Boualam, délégué FO. " On sait bien que, dans deux ans, on peut se retrouver chez un opérateur privé, avec dix-huit mois de conservation de statut et des conditions de travail très différentes ", insiste Romain, 25  ans, conducteur de TER.
En Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA), la question est d'autant plus sensible que le conseil régional, autorité compétente pour les TER, claironne depuis 2015 son envie d'aller vite. Son président, Renaud Muselier (LR), refuse de signer la convention de gestion avec la SNCF et dénonce régulièrement des " taux d'annulation et de retard record " des trains. " L'annonce, la semaine dernière, que dix opérateurs ont répondu à l'appel de la région pour la gestion des lignes TER a été prise comme une provocation ", souligne Stéphane Crespin, responsable UNSA régional.
Comme ailleurs, la mobilisation des cadres en PACA étonne. " Même si on comprend la nécessité d'une certaine réforme, on n'a pas apprécié la méthode, et voir Edouard Philippe désigner les salariés comme responsables de la dette ", grogne Jean-Marc, cadre, adhérent UNSA et La République en marche, qui, comme d'autres, dit vouloir " des garanties sur le maintien d'un service public de qualité ".
Alors que mercredi, le trafic devait être aussi perturbé que la veille, le front syndical reste uni. Dans les AG par service, la CGT, majoritaire, a laissé la parole aux autres organisations. " Le mot d'ordre, c'est pas de coups bas, unité ! ", assure M. Boualam, dont l'organisation, numéro deux ici, a déposé sur PACA un préavis d'un mois démarrant le 3  avril. " La question de la grève perlée ou reconductible n'est pas le sujet actuellement. Pour tenir, plus qu'une unité syndicale, il faudra une unité des cheminots ", prévoit, le délégué SUD-Rail, Frédéric Michel.
Gilles Rof (correspondance)
© Le Monde


5 avril 2018

LilleLes cheminots veulent rester soudés pour " ce long combat "

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Casquette griseet gilet rouge ciglé CGT, Arnaud Daussy, 38 ans, secrétaire général CGT-Cheminots de Lille, s'empare du micro devant près de 200 collègues. " Le train de la révolte de la classe ouvrière était en marche ", lance-t-il lors de l'assemblée qui s'est déroulée mardi 3  avril, dans la matinée, au bout du quai 0 de la gare Lille-Flandres. Ce cheminot de père en fils annonce la couleur : " Ce combat va être long, il faudra rester soudés. "
Faire bloc malgré les divergences sur la stratégie à adopter. " Il y a de l'inquiétude à cause des pertes financières liées à la grève ", confirme Pauline Debast, agent de transport et militante à l'UNSA-Ferroviaire. A 30 ans, cette jeune maman enceinte d'un deuxième enfant vit sa première grande grève depuis son entrée à la SNCF, en  2011. " On sait que nous sommes regardés de très près, dit-elle, prête à mener la lutte. Mais c'est vrai que les avis divergent. " Pendant la réunion, des voix se sont élevées pour demander que seuls les conducteurs fassent grève. Une stratégie novatrice qui va avec la mise en place d'une caisse de grève intersyndicale afin de faire jouer la solidarité interprofessionnelle.
" Il faut qu'aucun train ne circule pendant dix jours, a lancé un cheminot. Il faut foutre le bordel, le vrai bordel pendant dix jours ! " Idée applaudie mais rejetée, notamment par la CGT. " Ce n'est pas une corporation qui peut faire grève pour les autres, a expliqué Arnaud Daussy. Il n'y a pas de mercenaires. Pas de grève par procuration. "
Dans les Hauts-de-France, l'intersyndicale (CGT, UNSA-Ferroviaire, CFDT, SUD-Rail) espère fédérer différentes corporations. " On a besoin d'un mouvement d'une intensité énorme et nous devons être la locomotive de ce mouvement ", veut croire Mathias Wattelle, secrétaire de l'union locale lilloise de la CGT, solidaire des étudiants, des agents hospitaliers, des éboueurs ou des salariés de Carrefour.
Les bons chiffres des grévistes de la SNCF ce mardi (6  % des TER en circulation et 12  % des TGV dans les Hauts-de-France ; 88  % des conducteurs de la région en grève et 92  % prévus mercredi, selon la CGT) n'ont pas suffi à lancer la grève générale souhaitée. Après être allés manifester mardi midi dans la galerie marchande d'Euralille au son des slogans " Carrefour avec nous ! " ou " Usagers avec nous ! ", les cheminots ont reçu le soutien timide des étudiants. Une manifestation devant la gare Lille-Flandres a réuni à peine 300 personnes.
Laurie Moniez (correspondance)
© Le Monde


5 avril 2018

LilleLes cheminots veulent rester soudés pour " ce long combat "

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Casquette griseet gilet rouge ciglé CGT, Arnaud Daussy, 38 ans, secrétaire général CGT-Cheminots de Lille, s'empare du micro devant près de 200 collègues. " Le train de la révolte de la classe ouvrière était en marche ", lance-t-il lors de l'assemblée qui s'est déroulée mardi 3  avril, dans la matinée, au bout du quai 0 de la gare Lille-Flandres. Ce cheminot de père en fils annonce la couleur : " Ce combat va être long, il faudra rester soudés. "
Faire bloc malgré les divergences sur la stratégie à adopter. " Il y a de l'inquiétude à cause des pertes financières liées à la grève ", confirme Pauline Debast, agent de transport et militante à l'UNSA-Ferroviaire. A 30 ans, cette jeune maman enceinte d'un deuxième enfant vit sa première grande grève depuis son entrée à la SNCF, en  2011. " On sait que nous sommes regardés de très près, dit-elle, prête à mener la lutte. Mais c'est vrai que les avis divergent. " Pendant la réunion, des voix se sont élevées pour demander que seuls les conducteurs fassent grève. Une stratégie novatrice qui va avec la mise en place d'une caisse de grève intersyndicale afin de faire jouer la solidarité interprofessionnelle.
" Il faut qu'aucun train ne circule pendant dix jours, a lancé un cheminot. Il faut foutre le bordel, le vrai bordel pendant dix jours ! " Idée applaudie mais rejetée, notamment par la CGT. " Ce n'est pas une corporation qui peut faire grève pour les autres, a expliqué Arnaud Daussy. Il n'y a pas de mercenaires. Pas de grève par procuration. "
Dans les Hauts-de-France, l'intersyndicale (CGT, UNSA-Ferroviaire, CFDT, SUD-Rail) espère fédérer différentes corporations. " On a besoin d'un mouvement d'une intensité énorme et nous devons être la locomotive de ce mouvement ", veut croire Mathias Wattelle, secrétaire de l'union locale lilloise de la CGT, solidaire des étudiants, des agents hospitaliers, des éboueurs ou des salariés de Carrefour.
Les bons chiffres des grévistes de la SNCF ce mardi (6  % des TER en circulation et 12  % des TGV dans les Hauts-de-France ; 88  % des conducteurs de la région en grève et 92  % prévus mercredi, selon la CGT) n'ont pas suffi à lancer la grève générale souhaitée. Après être allés manifester mardi midi dans la galerie marchande d'Euralille au son des slogans " Carrefour avec nous ! " ou " Usagers avec nous ! ", les cheminots ont reçu le soutien timide des étudiants. Une manifestation devant la gare Lille-Flandres a réuni à peine 300 personnes.
Laurie Moniez (correspondance)
© Le Monde


5 avril 2018

Paris Gare du Nord, bastion de SUD-Rail, une AG très politique

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Au bout du quai36 de la gare du Nord, à Paris, dans une cour pas très adaptée à la présence de quelques centaines de -personnes, l'assemblée générale (AG) du mardi 3  avril de Paris-Nord tarde à -commencer. " Tout le monde n'est pas -encore là, explique Monique, l'une des -animatrices de la journée. Il faut dire qu'il n'y a pas beaucoup de trains pour transporter les grévistes. On est un peu victimes de notre succès. "
On a beau être gare du Nord, ici c'est plutôt SUD qui tient le micro et oriente les débats. D'ailleurs la CGT n'a pas -appelé à participer et préféré multiplier des petites AG concurrentes. Mais cette guéguerre n'empêche pas quelques -contrôleurs arborant le drapeau rouge et jaune de la CGT de faire irruption et même de monter sur la chaise qui fait office de tribune.
Place donc aux orateurs. L'ambiance est à la célébration de la convergence des luttes. On commence par faire applaudir, éboueurs, étudiants, gaziers, qui ont, eux aussi, entamé une grève ce mardi. Un jeune homme venu d'une fac parisienne est ovationné. Il est ébahi par la capacité de blocage des cheminots : " 400 kilomètres de bouchons. Vous avez fait mieux que la neige ! " Une femme qui lui succède emporte un beau succès à l'ap-plaudimètre : " Je n'ai pas été embauchée au statut mais je ne vois pas pourquoi il faudrait vous l'enlever. "
Manifestement, il a été décidé d'axer les interventions sur le " fond " plutôt que sur la stratégie de grève, plus pro-blématique. Car SUD-Rail diverge fondamentalement des trois autres fédé-rations qui constituent avec elle l'intersyndicale. Si la CGT, l'UNSA et la CFDT ont décidé de déposer des préavis de deux jours tous les cinq jours, SUD a opté pour un seul préavis reconductible, une grève plus traditionnelle.
Mais aujourd'hui, il n'y aura pas de -débat qui pourrait fissurer l'unité. On préfère lancer une motion pour valider la banderole " Cheminots de Paris-Nord " et voter à l'unanimité la reconduction de la grève pour le mercredi 4  avril. Puis, tous partent défiler le long des quais, dans le raffut des pétards et des cornes de brume, avant d'aller rejoindre les -camarades des autres gares parisiennes sur le pavé de Paris.
Éric Béziat
© Le Monde


5 avril 2018

La grève des cheminots porte l'intérêt général

par

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Pour l'ancien secrétaire général de la CGT, la SNCF appartient à la nation, et les cheminots entendent défendre la conception française du service public " et résister à l'essorage des droits sociaux "
La loi ne garantit pas de service minimum, rappelle le professeur de droit Jean-Emmanuel Ray
Débats Page 22
et cahier éco – page 6
Bernard Thibault
© Le Monde

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