LA GUERRE DE CENT ANS Saison 14 On ne peut que brosser un bien sombre tableau de la France en ce printemps 1429. Le royaume est dépecé par l’Anglais triomphant aidé par le duc de Bourgogne, Philippe le Bon. En outre, le duc de Bretagne, Jean V, habile aux retournements de veste, est sur l’heure du côté anglais. Il rejoindra le camp français dés 1431, tout en envoyant son jeune fils en ambassade à Londres. En 1440, il traite avec Henri VI d’Angleterre et s’engage à ne point donner asile aux ennemis de l’Angleterre. Un « fin » politique, quoi, qui sait ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier ! Passons… « Oui, grande est la pitié du royaume de France ! » Partout prédominent misère des populations, villages livrés au pillage, labours en friche, bandes d’écorcheurs de toutes obédiences qui rançonnent, torturent et tuent. Et par-dessus le marché, « gouverne » un dauphin sans grand caractère, à la légitimité toujours contestée. Mais sa belle mère, Yolande d’Aragon, tente de freiner la dérive en lui imposant Arthur de Bretagne, comte de Richemont, que l’on dit honnête et vaillant soldat. Elle lui fait part de son désarroi « Quels temps vivons-nous, Richemont, pauvre royaume de France ! ». Quelques téméraires capitaines mènent guerre confuse et sans grande stratégie. Bref, il manque un chef à ces hommes d’armes. Sur ce, Jeanne d’Arc parvient à faire entrer un convoi de vivres, par voie fluviale, dans Orléans assiégé depuis six mois. Dés les premiers jours du siège, le comte de Salisbury, chef de l’armée anglaise, reçut un boulet tiré de la ville et trépassa. Glansdale, son remplaçant, affirmait, à qui voulait l’entendre « La place tombera dans quelques jours ! ». Les défenseurs de la ville, Dunois, bâtard d’Orléans, et ses capitaines n’ont plus foi en la victoire. L’assiégeant dispose de quelque six mille hommes. Il fait donner bombardes et canons. Des boulets de 80 à 160 livres pilonnent les remparts. Chaque jour voit s’amenuiser l’espoir, malgré les escarmouches et les sorties. Lors d’une percée pour dégager la ville, malgré les vives actions de La Hire et Xaintrailles, Dunois est blessé et la tentative échoue. Courageuses et opiniâtres, les femmes d’Orléans ne cessent de porter aux remparts chaudrons de poix et d’huile bouillante. Selon la chronique « Les habitants se trouvent pressés en telle nécessité qu’ils ne savent à quoi recourir pour avoir remède, si ce n’est à Dieu ». Oui mais, Jeanne d’Arc est arrivée. On pense à…( ?) Autant dire qu’elle tombe à point nommé. 29 avril, l’entrée solennelle est triomphale, parmi les cris « Noël ! Noël! » et « Miracle ! ». Le lendemain, sans perdre de temps, elle somme Glansdale de se rendre. L’Anglais écume de rage et menace. Et puis, les événements s’enchaînent. Le 4 mai, la bastille Saint-Loup est prise d’assaut. Le 6 mai, celle des Augustins tombe à son tour. Jeanne est partout, sait aussi bien « courir une lance » que disposer une pièce d’artillerie. Le 7 mai, alors qu’elle mène l’assaut contre la bastille des Tourelles que défend Glansdale, un vireton d’arbalète la blesse à l’épaule. Mais, la place est prise. Dans l’affaire, Glansdale meurt noyé. Cette victoire est décisive, car la bâtisse commande le pont qui relie Orléans à la rive gauche de la Loire. Le 8 mai, l’Anglais jette l’éponge et lève le siège. Dans l’abbaye où elle s’est retirée, la poétesse Christine de Pisan écrit « L’an mille quatre cent vingt et neuf, reprit à luire le soleil. Il ramène le bon temps neuf ». Dans la foulée, le 12 juin, Jargeau est enlevée. Beaugency capitule le 17. Le 18, c’est l’éclatante victoire de Patay. Ainsi est libéré le Pays de Loire. Une armée anglaise de renfort est brisée. Le capitaine Falstaff est défait et Talbot fait prisonnier. A propos de « mettre la pâtée », expression signifiant : « battre à plate couture, vaincre l’adversaire largement ». A l’origine, on écrivait « mettre la Patay » en référence à cette bataille. Au fil du temps, le nom propre Patay s’est transformé en pâtée. C’est ainsi… A Paris, le duc de Bedford fulmine et tape sur la table « C’est une sorcière venue des fonds de l’enfer ! ». Le surnaturel donc, façon comme une autre d’expliquer la déconfiture. A Loches, Jeanne d’Arc essaie de convaincre le dauphin de se faire sacrer à Reims « A Reims seulement vous deviendrez roi ! ». Ah, la marche vers Reims ! « Mais c’est folie ! Comment se frayer passage dans une région tenue par Anglais et Bourguignons ! » protestent les conseillers. Le dauphin tergiverse, puis finalement accepte. Jeanne ouvre la chevauchée aventureuse en territoire ennemie. Mais sa légende la précède. Auxerre remet ses clés. Selon d’autres sources, la ville aurait été contournée. Mais Troyes se fait tirer l’oreille pour remettre ses clés. Quelques jours avant, les Troyens avaient en effet réitéré leur serment d’allégeance à Henri VI d’Angleterre. Donc, cela faisait désordre de se renier si peu de temps après. Un siège de quatre ou cinq jours fait tomber la place. A Chalons le cortège est accueilli dans le délire. Ainsi, l’équipée qui aurait pu être celle de tous les périls se traduit par une marche triomphale. Et le 16 juillet, l’armée entre dans Reims sans coup férir. Pour Jeanne, deux des bons vouloirs de Dieu sont d’ores et déjà accomplis. Le 17 juillet, l’archevêque Regnault de Chartres sacre Charles VII en la cathédrale Notre-Dame de Reims. Jeanne et son étendard sont là. Elle dira plus tard « Il avait été à la peine, c’était bien raison qu’il fût à l’honneur ! ». Ce sacre a un impact majeur, tant sur le plan politique que psychologique. La cérémonie a eu lieu au cœur du territoire contrôlé par les Bourguignons. Beaucoup voient là une manifestation d’une volonté divine. Le sacre légitime un personnage qui pourtant était déshérité par le traité de Troyes ! A suivre…
Ci-dessous : Positions des Français et Anglais, siège d’Orléans. Le siège d'Orléans. Miniature issue du manuscrit de Martial d'Auvergne, Les Vigiles de Charles VII, vers 1484, BnF. Jean de Dunois en prière devant la Vierge. Heures de Dunois, vers 1436. Henry Scheffer, 1843 - Entrée de Jeanne d'Arc à Orléans, 8 mai 1429. Bataille de Patay (1429). Enluminure issue de « La Cronicque du temps de tres chrestien roy Charles, septisme de ce nom, roy de France » par Jean Chartier, Paris, BnF, 1470?-1480? Portrait de Jean de Lancastre, duc de Bedford (1389-1435). Dessin de J.Lecurieux, gravure de J.Thompson, 1826. Les notables de Troyes remettent les clefs de la ville au roi Charles VII en présence de Jeanne d'Arc, miniature extraite des Vigiles du roi Charles VII de Martial d'Auvergne, fin du XVe siècle, Paris, BnF, département des Manuscrits. Sacre de Charles VII. Peinture de Jules Eugène Lenepveu, entre 1886 et 1890 ? |
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