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mercredi 21 septembre 2016

HISTOIRE et MEMOIRE : lapalissades

HISTOIRE et MEMOIRE
                                                             

                           LAPALISSADES                                        
La Galerie de l'Histoire. 

   
Christian LE Moulec
21 septembre, 19:16
LAPALISSADES 
« Si je n’avais pas eu de retard, je serais arrivé plus tôt ! » A cette assertion, d’aucuns pourraient répondre « Monsieur de La Palice en aurait dit autant ! ». 
Cependant, il semble bien que notre ami Jacques II de Chabannes, seigneur de La Palice, maréchal de François Ier, n’a jamais composé une seule lapalissade. Mais reprenons notre affaire depuis le début. 
Le 24 février 1525 eut lieu la bataille de Pavie. La Palice est de la partie. En sa qualité de vétéran des guerres d’Italie, en vieux briscard plein d’expérience et de sagesse, il essaie d’empêcher le roi de sonner la charge de cavalerie. En vain ! François Ier, stupide et avide de gloriole, ordonne le boute-selle. Cet assaut inconsidéré réduit à néant le labeur des artilleurs. C’est un désastre. La Palice est jeté au sol par des arquebusiers. Néanmoins, il ne jette point l’éponge et poursuit courageusement le combat. Mais dans sa lourde armure et face à de légers lansquenets, il ne peut pas faire grand-chose et est fait prisonnier par un capitaine italien qui répond au nom de Castaldi. Mais voilà qu’un officier espagnol, nommé Buzarto, aurait bien voulu faire prisonnier La Palice. Algarade entre Castaldi et Buzarto. Castaldi ne veut pas partager la rançon escomptée. Ivre de rage, l’Espagnol appuie son arquebuse sur le front du maréchal, actionne la détente et le tue. Ainsi périt notre ami, victime d’une querelle entre deux reîtres. 
L’inconscient monarque s’en tire plutôt bien. Fait prisonnier, il se retrouve pour quelque temps derrière les barreaux à Madrid, est libéré contre la signature d’un calamiteux traité qu’il n’honorera d’ailleurs pas. 
Les soldats de La Palice, en hommage au courage de leur chef, écrivirent une chanson à sa mémoire. Cette strophe y figure : 
« Hélas, La Palice est mort, 
Il est mort devant Pavie ; 
Hélas, s’il n’était pas mort, 
Il ferait encore envie ». 
Emue par cette chanson, sa veuve, Marie de Melun, fit graver comme épitaphe sur son monument funéraire : 
« Ci-gît le Seigneur de La Palice 
S’il n’était mort il ferait encore envie ». 
En ce temps-là, il y avait deux graphies possibles pour le « s » minuscule : le s rond « s » et le s long « l ». Or « l » peut être confondu avec un « f ». 
Et la chanson, suite à une erreur de lecture, devient ainsi « Hélas, s’il n’était pas mort, il serait encore en vie ». 
Les choses auraient pu en rester là, mais voilà qu’au XVIIIème siècle, le facétieux Bernard de La Monnoye, poète, philologue et critique, surtout connu pour ses « Noëls bourguignons » en patois local. Le plus connu de ces noëls est « Guillô, pran to tamborin », ou plus simplement « Patapan », mis en musique encore aujourd’hui. De dévots esprits crurent percevoir dans des couplets une volonté de tourner la Bible en dérision. Les « Noëls » furent donc déférés à la censure de la Sorbonne. Laquelle estima plus sage d’éviter de fulminer là-dessus. 
Mais ne perdons pas de vue nos lapalissades. La Monnoye reprit donc la chanson sur ce modèle : 
« Il est mort le vendredi, 
Passée la fleur de son âge, 
S’il fut mort le Samedi, 
Il eût vécu davantage ». 
Et il composa ainsi 52 strophes de quatre vers, du même tonneau, dont l’incontournable : 
« Un quart d’heure avant sa mort, 
Il était encore en vie ». 
Les lapalissades étaient nées. Elles demeurent encore et pour toujours. Enfin, souhaitons-le… 
Ci-joint : Gravure ancienne, château de La Palice. Maintenons les lapalissades !
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