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lundi 3 septembre 2018

Homéopathie : entre médecins, la guerre au grand jour


31 août 2018

Homéopathie : entre médecins, la guerre au grand jour

Visés par des plaintes pour avoir critiqué les médecines alternatives, des praticiens sont convoqués par l'ordre

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Céline Berthié, 36 ans, est médecin généraliste à Cussac-Fort-Médoc (Gironde), 2 000  habitants, à une heure de Bordeaux. Dans son cabinet, tous les jours, elle voit des patients qui ont eu recours à des formes de médecine alternative, cherchant des réponses à des maux qu'ils ne parviennent pas à soigner.
" L'obscurantisme monte en médecine comme dans beaucoup d'autres secteurs. Les gens ne croient plus les sources fiables, et mélangent tout, constate-t-elle. Il y a des troubles que l'on soigne mal en médecine, l'anxiété chronique, le sommeil, la ménopause. Mais, lorsqu'un patient va voir un médecin, il a le droit de savoir si ce qu'on lui prescrit est de l'ordre de la science ou de la croyance. "
Le ton est direct, comme celui de la tribune qu'elle a signée, le 19  mars dans Le Figaro, et qui lui vaut, jeudi 30  août, d'être convoquée à une conciliation devant l'ordre des médecins. Elle est assignée pour non-confraternité et non-respect du code de déontologie par le Syndicat national des médecins homéopathes français (SNMHF). La jeune médecin fait partie des 124  professionnels de santé (3 337 désormais) qui, jugeant les médecines alternatives comme l'homéopathie inefficaces, dangereuses, et coûteuses pour la " Sécu ", demandaient aux pouvoirs publics et à l'ordre des médecins de " ne plus autoriser à faire état de leur titre les médecins ou professionnels de santé qui continuent à les promouvoir ".
Appelant aussi à ce que l'homéopathie ne soit plus remboursée, ils évoquaient " des charlatans en tout genre qui recherchent la caution morale du titre de médecin pour faire la promotion de fausses thérapies à l'efficacité illusoire ". Une tonalitéjugée agressive et peu courtoise. La tribune a fait grand bruit et la ministre de la santé a depuis demandé une évaluation à la Haute Autorité de santé.
" Insultant et anticonfraternel "A la veille de sa convocation, Céline Berthié, anxieuse, espérait que la partie adverse serait absente : " Je ne suis pas une grande débatteuse. Je suis allée sur RFI débattre en avril contre le président de la Fédération française de la société d'homéopathie. J'ai été déstabilisée car ils ont vraiment des techniques de débat rhétoriques, politiques, et si l'on est pas habitué, on peut ne pas savoir quoi répondre. "
Elle n'est pas la seule signataire visée. Fin mars, il y a eu une première vague d'une dizaine de plaintes, notamment de l'Union collégiale, un syndicat non représentatif de médecins, qui a jugé le texte " insultant et anticonfraternel ". Puis le SNMHF, qui regroupe la majorité des 5 000 médecins exerçant l'homéopathie à titre principal, a déposé des plaintes à l'encontre, à ce jour, d'une soixantaine de médecins, par vague de dix, devant les conseils départementaux de l'ordre où ils exercent. " Nous avons déposé des plaintes pour manquement à plusieurs articles du code de déontologie, explique le docteur Christine Bertin -Belot, vice-présidente du syndicat, notamment l'article  56 sur la non-confraternité.Face à des attaques aussi violentes, on ne pouvait rester silencieux. " " Le ton est très déplacé. Ils nous demandaient de laisser tomber notre titre d'homéopathe ", ajoute le docteur Florence Paturel, la secrétaire générale.
Les procédures seront longues. Les parties ne sont pas obligées de se rendre à la conciliation. En cas d'absence, ou d'échec, la plainte est transmise aux chambres disciplinaires de première instance ; il en existe une par région. Les sanctions, s'il y a sanction, peuvent aller de l'avertissement à la radiation, en passant par le blâme.
" Le vent tourne "La riposte s'organise, notamment sur Twitter, sous les hashtags #soutien124, ou #FakeMed. Des médecins y ont annoncé leur -convocation par leur ordre. " Tiens, à mon tour d'avoir une plainte du syndicat des homéopathes ! ", écrivait le 18  juillet @OpenBlueEyes, " pédiatre passionnée, twitteuse occasionnelle ". Certains ont même posté la lettre qu'ils ont reçue, comme en août @DrJohn, convoqué le 20  septembre devant l'ordre du Nord. " J'espère que notre combat aboutira, il a au moins fait réfléchir une partie de la population française ", commentait-il.
Tout juste constitué en association, le collectif FakeMed regroupe environ les deux tiers des signataires, dont certains sont représentés par l'avocat lillois Jean-François Segard. " La question n'est pas de savoir si cette tribune a pu froisser certains, mais plutôt de savoir si le public est suffisamment informé sur à quoi sert l'homéopathie ", indique-t-il. " C'est le refus de discuter sur le fond qui nous a étonnés ", -observe le cardiologue Jérémy Descoux, l'un des premiers signataires, qui préside le collectif.
A Préaux (Seine-Maritime), dans la campagne rouennaise, Christine Boisselier-Daré " surveille - sa - boîte aux lettres ", voyant dans l'initiative des homéopathes " un baroud d'honneur " : " Au niveau mondial, le vent est en train de tourner pour l'homéopathie. Donc ils font du bruit… " Elle s'indigne du remboursement de l'homéopathie, alors que la diététique ou la psychologie, " plus utiles, ne sont pas prises en charge ".
Quelle position adopteront localement les conseils de l'ordre dans la bataille ? Quel poids y auront les défenseurs de l'homéopathie ? " Nous nous assurons que les médecins respectent le code de déontologie. Nous ne sommes pas une instance scientifique. L'essentiel est de garder la confraternité indispensable à notre profession. Nous tâcherons de nous assurer que les signataires ont bien respecté nos collègues homéopathes ", explique Fabrice Broucas, le président de l'ordre de Gironde, où est inscrite Céline Berthié. Interrogé, le conseil national indique simplement que chaque instance départementale est indépendante.
L'affaire pourrait mettre un peu d'animation au sein de la vieille institution. Depuis son village de Normanville (Eure), Philippe Mauboussin n'imaginait pas que la tribune ferait tant de bruit, ni qu'elle déboucherait sur une plainte. " Tant mieux, cela nous fait une publicité considérable ", sourit le praticien, dont la conciliation est pour septembre. Selon le quinquagénaire, le syndicat des homéopathes " essaie d'instrumentaliser la juridiction ordinale pour défendre ses intérêts propres ". Il est dans une position particulière : il est aussi secrétaire général du conseil de l'ordre des médecins de l'Eure.
Mais, en tant que signataire de la tribune, il s'étonne du soutien apporté par l'ordre des Hauts-de-Seine aux plaignants. Ce dernier s'est, en effet, associé à la plainte déposée à l'encontre d'un médecin, qui sera examinée dans les prochains mois en chambre disciplinaire. Délibérant en son sein en juin " sur la forme, et non sur le fond ", le conseil départemental a estimé inadmissible le fait de traiter des confrères de charlatans sur la place publique, en risquant, en outre, d'affecter les patients soulagés par l'homéopathie.
" Peut-on, quand on est médecin, avoir une position scientifique sans froisser la susceptibilité des uns et des autres ? ", interroge Me Jérémy Afane-Jacquart, qui défend notamment le praticien des Hauts-de-Seine. L'avocat dit " avoir été plus que surpris " de voir le conseil s'associer à la plainte des homéopathes alors que, lors de l'audience de conciliation en mai, " les deux représentants de l'ordre s'étaient montrés favorables " à la position de son client.
En Gironde, une assemblée plénière de l'ordre aura lieu le 6  septembre pour définir la position à tenir. " Il n'a pas encore été décidé si nous nous associons ou non à la plainte, nous entendrons ce qu'a à nous dire le docteur Berthié lors de sa conciliation, cela nous permettra d'avoir plus d'éléments pour prendre une décision ", explique le docteur Broucas. La guerre ne fait que commencer.
Laetitia Clavreul, Claire Mayer (à Bordeaux), Pascale Santi et Gilles Triolier (à Rouen)
© Le Monde

31 août 2018

En Angleterre, les services de santé ne financent plus l'homéopathie

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L'homéopathie est en Angleterreune pratique marginale, qui n'est plus financée par les services de santé publics (National Health Service, NHS) depuis novembre  2017. Après cette décision, l'Association homéopathique britannique (BHA) a porté le dossier devant les tribunaux. En mai, la Haute Cour de justice a rejeté sa demande. Le directeur du NHS pour l'Angleterre, Simon Stevens, regrettait à l'époque ce procès " coûteux et fallacieux ". L'Irlande du Nord et le Pays de Galles ont également arrêté de financer l'homéopathie. L'Ecosse demeure la seule exception du Royaume-Uni.
Si la décision anglaise est symbolique, elle n'aura guère d'impact. L'homéopathie a de longue date mauvaise presse au Royaume-Uni et sa pratique est rare. Jusqu'au procès, le BHA ne revendiquait que 400 médecins du NHS la pratiquant, sur un total de 33 000. Seuls trois hôpitaux en dispensaient, à Londres, Bristol et Glasgow. En  2016-2017, les médicaments homéopathiques n'ont coûté aux services publics que 92 412  livres (102 000  euros), une goutte d'eau dans un budget total de plus de 17  milliards de livres de médicaments. Si l'homéopathie reste autorisée, elle est désormais cantonnée à la médecine privée, très minoritaire outre-Manche.
Soutien du prince CharlesLa décision des services de santé britanniques s'appuie sur les nombreuses études scientifiques concluant à l'inefficacité de cette pratique. " Il n'y a pas de preuves de qualité que l'homéopathie est efficace pour aucun traitement de problème de santé ", affirme le NHS. En  2010, le comité parlementaire sur la science et la technologie arrivait à la même conclusion. " Selon nous, les méta-analyses démontrent de -façon concluante que les produits homéopathiques n'ont pas de meilleur effet que les placebos. " Bien sûr, le comité " ne doute pas que l'homéopathie permette à certains patients de se sentir mieux, mais la satisfaction des patients peut se produire par l'effet placebo ". Il ajoute que cette opinion est -généralisée parmi les scientifiques.
Dans ce contexte, le BHA en est réduit à vanter les mérites de l'homéopathie en s'appuyant sur les exemples des pays voisins, dont la France, l'Allemagne, les Pays-Bas, l'Italie, la Suisse et le Portugal. Et il cite un sondage qui date de 2008 indiquant que 15  % seulement de la population britannique fait confiance à l'homéopathie. Parmi ces partisans se trouve un certain prince Charles, fervent soutien de l'homéopathie, dont l'opinion n'a visiblement guère eu d'influence sur ses sujets.
éric Albert (à Londres)
© Le Monde





31 août 2018.

Rembourser ou pas, un débat récurrent

La Haute Autorité de santé devra évaluer le bien-fondé de la prise en charge de l'homéopathie

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Avant la fin de février  2019, la Haute Autorité de santé (HAS) aura rendu son verdict : saisie par le ministère de la santé, elle va évaluer l'efficacitéet le bien-fondé de la prise en charge par l'Assurance-maladie de l'homéopathie. Ce débat, qui resurgit en France de façon récurrente, vient de refaire surface après qu'une tribune virulente de 124 professionnels de santé, publiée en mars par Le -Figaro, a demandé, entre autres, l'arrêt du remboursement.
" Nous souhaitons recueillir l'avis de la commission de transparence - de la HAS, qui évalue les médicaments en vue de leur remboursement - quant au bien-fondé des conditions de prise en charge et du remboursement des médicaments homéopathiques ", souligne le courrier de saisine adressé par le ministère et daté du 1er  août, que l'AFP s'est procuré. Cet avis devra prendre en compte " leur efficacité et leurs effets indésirables, leur place dans la stratégie thérapeutique " et " l'intérêt pour la santé publique de ces produits ".
620  millions d'euros en  2017Si la grande majorité de ces -produits sont vendus sans ordonnance et sont non remboursés, tels Oscillococcinum, Cocculine (Boiron) ou encore L52 -(Lehning)… une partie est prise en charge à hauteur de 30  % par l'Assurance-maladie. " Cela représente une trentaine de spécialités, sur environ 7 000 médicaments évalués par la Haute Autorité de santé ",précisait en maiau Monde la docteure Anne d'Andon, chef du service évaluation du médicament de la HAS. Ce sont par exemple -Arnica, Calendula, Hamamélis…
Le marché de l'homéopathie représente environ 620  millions d'euros en  2017, selon le cabinet OpenHealth, qui s'appuie sur les ventes de plus de 10 700 pharmacies d'officines françaises. Dont environ la moitié remboursée par l'Assurance-maladie, ce qui représente près de 1  % du budget médicaments. Le sujet est sensible,notamment en France, pays dulaboratoire lyonnais Boiron, leader mondial de l'homéopathie.
En matière de remboursement, les médicaments homéopathiques ont un statut dérogatoire. Leur autorisation de mise sur le marché ne suit pas le même chemin que les autres médicaments. Ni même leur évaluation par la Haute Autorité de santé, qui ne peut se prononcer sur le service médical rendu de ces spécialités. Dans son dernier avis concernant un médicament homéopathique, l'Acidum phosphoricum (Boiron), en avril  2017, la HAS avait pour la première fois fait part de ses doutes : " La commission s'interroge sur la pertinence du maintien du taux de remboursement à 30  % des médicaments homéopathiques, compte tenu du taux de remboursement à 30  %, voire 15  % de médicaments ayant fait la preuve de leur efficacité. "
Interrogée fin mai sur France Inter, la ministre de la santé, Agnès Buzyn, avait affirmé que " l'homéopathie pourrait rentrer dans le droit commun et être évaluée scientifiquement. Si elle est utile, elle restera remboursée. Si elle est inutile, elle arrêtera de l'être ".
Appréciée des Français – 56 % déclarent l'utiliser pour se soigner –, elle fait partie de l'arsenal thérapeutique. Pour certains, il n'existe aucune preuve formelle de son efficacité médicamenteuse. Mais, pour d'autres, la question du déremboursement va bien au-delà : le risque serait de voir des patients se tourner vers d'autres molécules comme les benzodiazépines – des anxiolytiques fréquemment prescrits –,dont les effets secondaires sont démontrés.
Ce sujet est explosif depuis l'origine. Le seul ministre qui avait réduit le taux de remboursement de l'homéopathie est Jean-François Mattéi en  2003, ce qui avait alors suscité de vifs débats.
P. Sa.
© Le Monde





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