Translate

samedi 8 décembre 2018

Dans la Meuse, Macron rattrapé par le front social - le 8.11.2018


https://www.lemonde.fr/

Dans la Meuse, Macron rattrapé par le front social
Emmanuel Macron, à Douaumont (Meuse), mardi 6 novembre. JEAN-CLAUDE COUTAUSSE/FRENCH-POLITICS POUR « LE MONDE »
En déplacement, le chef de l’Etat multiplie les gestes mémoriels, mais doit faire face aux critiques
REPORTAGELES ÉPARGES, VERDUN (MEUSE)- envoyé spécial
Le lieu s’appelle « l’Entonnoir ». Un vaste cratère d’une quinzaine de mètres de profondeur, creusé par une mine sur la crête des Eparges (Meuse). Ici, Français et Allemands se sont entre-tués trois ans durant, de 1915 à 1918. Alain-Fournier est mort tout près, Maurice Genevoix y a pris trois balles, qui l’ont laissé handicapé à vie. Emmanuel Macron, un bleuet accroché au revers de son manteau, s’approche du trou moussu, y lance un bouquet de fleurs. La sonnerie aux morts retentit, jouée par un clairon situé en face. Mine grave, regard fixe, bras le long du corps, le chef de l’Etat s’imprègne du moment. Seul le bruit d’un drone, utilisé pour la première fois par un photographe de l’Elysée, perturbe le silence.
Pour la troisième journée de son « itinérance mémorielle »consacrée au centenaire de la guerre 14-18, entamée dimanche à Strasbourg et qui doit lui faire traverser onze départements d’ici à samedi, Emmanuel Macron s’est immergé, mardi 6 novembre, au cœur de la Grande Guerre. Aux Eparges, mais aussi à Verdun, où il a arpenté le village resté détruit de Fleury-devant-Douaumont. Le chef de l’Etat a également visité l’Ossuaire de Douaumont, où sont conservés les restes de 130 000 soldats français et allemands. Avant de partir à Reims (Marne) rendre hommage aux troupes coloniales de la « Force noire », au côté du président malien Ibrahim Boubacar Keïta.
Le président de la République n’était pas venu les mains vides. Aux Eparges, il a annoncé la panthéonisation de Maurice Genevoix, l’un de ses auteurs fétiches, dont l’ouvrage Ceux de 14 (Flammarion) est considéré comme l’un des plus vibrants témoignages de « l’horreur des hécatombes » de la Grande Guerre. M. Macron a voulu associer tous les combattants à cet hommage : ce n’est pas seulement l’académicien qui entrera au Panthéon, mais « toute cette armée qui était un peuple », a-t-il annoncé dans un bref discours. Un « mémorial », dont la forme n’est pas encore arrêtée, leur sera dédié au sein du monument parisien et un hommage national leur sera rendu le 11 novembre 2019.

« Honorer la mémoire d’hier »

Selon son entourage, c’est seulement la veille au soir qu’Emmanuel Macron a pris la décision de panthéoniser l’écrivain. « Il y a eu un débat jusqu’au bout », confie un conseiller. Certains estimaient que le nom de Maurice Genevoix n’était plus assez connu, et que le temps de l’hommage était passé. D’autres, au contraire, affirment qu’il était le « porte-étendard » de ces soldats de 1914 jusqu’ici boudés par le Panthéon. « La notion de temps est relative. François Mitterrand a bien panthéonisé l’abbé Grégoire », rappelle Bruno RogerPetit, le conseiller mémoire du chef de l’Etat.
« Maurice Genevoix a été toute sa vie le porte-parole de cette génération du feu. A travers lui, ce sont tous les soldats de 14 qui rentrent au Panthéon », s’est réjoui Julien Larere-Genevoix, le petit-fils de l’écrivain, qui a repris le combat de sa mère, Sylvie, et de son beau-père, l’économiste Bernard Maris, tué lors de l’attentat en 2015 contre Charlie Hebdo, pour obtenir la panthéonisation de l’illustre aïeul.
Autant de belles images destinées, selon l’Elysée, à « honorer la mémoire d’hier », mais aussi à représidentialiser le chef de l’Etat, dont l’autorité est de plus en plus contestée. Dans le baromètre IFOP-Fiducial publié mardi, Emmanuel Macron a encore perdu huit points de popularité en un mois et ne convainc plus que 33 % des Français. Selon une autre étude de l’IFOP dévoilée le 4 novembre, La République en marche est passé en dessous de 20 % d’intentions de vote aux élections européennes de mai 2019 et est désormais devancé par le Rassemblement national.
Le mécontentement a d’ailleurs très vite rattrapé l’hôte de l’Elysée. Lors d’un bain de foule improvisé devant la mairie de Verdun, mardi, M. Macron a été une nouvelle fois interpellé sur la CSG, le prix des carburants, le pouvoir d’achat, tous ces sujets qui nourrissent la dégringolade présidentielle dans les sondages. « Vous avez vu la colère de la France qui monte ? Le 17 novembre, vous allez la voir », lui a ainsi lancé un retraité qui s’est présenté comme un « militant » du parti Les Républicains, en référence à l’appel à manifester contre l’essence trop chère. « Le carburant, c’est pas bibi ! », a bien tenté le chef de l’Etat, imputant l’essentiel de l’envolée des prix à la hausse du cours du pétrole. « Tout le monde est pressé, je l’entends. Mais il faut faire les choses sérieusement et sans mentir », a-t-il ajouté, reconnaissant que « quand on change les choses, on bouscule les habitudes, les gens ne sont pas forcément contents ». Plus tard, lors d’une rencontre avec des élus locaux à l’Ossuaire de Douaumont, M. Macron s’est dit « confiant », mais « il faut que les gens voient les résultats, [qu’ils] voient tout le paquet ».

Marathon médiatique

Coïncidence ou fait exprès, les occasions pour le chef de l’Etat de se retrouver au contact des Français ont été très limitées depuis le début de son déplacement. A Strasbourg, dimanche soir, le parvis de la cathédrale avait été bouclé. Même chose le lendemain à Pont-à-Mousson (Meurthe-et-Moselle), où l’imposante place de la ville avait été entièrement vidée et interdite d’accès. Aux Eparges, l’affluence était aussi limitée : le village ne compte que 70 habitants et les routes d’accès à la crête avaient été fermées.
« Il n’y a aucune volonté de s’éloigner des Français, seulement des contraintes de programme, défend l’entourage de M. Macron. Lors de la préparation de son itinérance, le président voulait au contraire mêler les douleurs d’hier et d’aujourd’hui, lier la mémoire combattante et les souffrances sociales. Il l’a dit, il fait le parallèle entre la situation d’après-guerre et la situation d’aujourd’hui. Les gens sont confrontés aux mêmes maux. Il est donc essentiel de ne pas laisser se réinstaller le même sentiment d’abandon. »
Pour cela, le chef de l’Etat semble décidé à faire un sort à la parole rare qu’il avait théorisée au début de son quinquennat. Outre une allocution depuis l’Elysée le 16 octobre, il a défendu sa politique dans la presse quotidienne régionale le 5 novembre, puis sur Europe 1 le lendemain. Jeudi, il devrait également participer à l’édition régionale du « 19/20 » de France 3, avant de répondre aux questions de la chaîne américaine CNN lors du week-end. Un marathon médiatique aux allures de rattrapage.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire