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lundi 27 août 2018

HISTOIRE et MEMOIRE - La Galerie de l'Histoire - L’HECATOMBE DES FOUS

HISTOIRE et MEMOIRE


 La Galerie de l'Histoire.
   
Christian LE Moulec
24 août, 14:54
L’HECATOMBE DES FOUS

 
C’est le titre d’un documentaire où Elise Rouard essaie d’éclaircir cette zone d’ombre de notre Histoire. En effet, sous Pétain, 45 000 malades mentaux sont morts de dénutrition dans les asiles! Et comme c’est une réalité dérangeante, la bien-pensance préfère la passer sous silence. D’ailleurs, il est très possible qu’au fond elle ne désapprouve pas vraiment ce qui s’est passé. 
Après tout, Alexis Carrel, le grand pape de l’eugénisme, a toujours son fan-club. Ce même Carrel qui, en 1941, rencontra Pétain qui le nomma « régent » de la Fondation française pour l’étude des problèmes humains. Et voilà notre énergumène chargé de « l’étude, sous tous ses aspects, des mesures les plus propres à sauvegarder, améliorer et développer la population française dans toutes ses activités ». 
Toujours est-il que des êtres humains ont été alors abandonnés jusqu’à la mort entre les murs des hôpitaux psychiatriques. 
En fait, la réalisatrice du documentaire a pris connaissance de ce drame presque par hasard : « Je pensais tout connaître de la guerre, avoir tout lu, quand je me suis rendue dans une exposition à l’hôpital psychiatrique de Montdevergues (Vaucluse). Là, je suis tombée sur l’agonie de ces malades, dont j’ignorais tout ». 
Elle y redécouvre le destin de Camille Claudel, sculptrice et artiste peintre, internée à Montdevergues, visitée de loin en loin par son frère Paul, et finalement morte en 1943, affamée et seule, comme tant d’autres, dans toute la France. Elle est inhumée au cimetière de Montfavet, accompagnée du seul personnel de l'hôpital ; ni sa famille ni son frère Paul (qui avait écrit en septembre 1940 « Ma consolation est de voir la fin de cet immonde régime parlementaire qui, depuis des années, dévorait la France comme un cancer généralisé. C'est fini de l'immonde tyrannie des bistrots, des francs-maçons, des métèques, des pions et des instituteurs... ») ne s'y rendent. Ses restes seront transférés dans une fosse commune, son corps n'ayant pas été réclamé par ses proches qui s'étaient progressivement détachés d'elle. 
La réalisatrice trouve trace de ces morts aux Archives nationales, mais très peu de photos et pas de film. Heureusement que des historiens comme Isabelle von Bueltzingsloewen ou le psychiatre Max Lafont ont effectué un travail de mémoire, sauf que les images manquent cruellement. Il est difficile, en effet, de raconter une histoire qui possède si peu d’archives visuelles. Mais l’enquête fait entendre des témoins en mesure de décrire le quotidien des malades sous l’Occupation. 
Alors, vous aviez par exemple l’ancienne infirmière, Aimée, 103 ans aujourd’hui. Elle travaillait à l’hôpital de Maison-Blanche à Neuilly-sur-Marne. Elle se souvient des corps qui n’ont plus que la peau sur les os, de son impuissance, des cerises qu’elle cueillait l’été pour ses patientes…« Comme beaucoup de ceux qui ont traversé des tragédies, Aimée avait enfoui tous ses souvenirs et n’en avait parlé à personne ». 
Il importe de chercher des responsabilités, au-delà même du régime de Vichy qui a laissé mourir délibérément. Mais la quête de la réalisatrice tourne en rond « Que voulez-vous –contaient les témoins-, il était difficile pour tous de se nourrir sous l’Occupation ! » Et les historiens de renchérir « Les Français se débrouillaient comme ils pouvaient, entre tickets de rationnement et marché noir. » 
Sauf que ce système D s’arrêtait aux portes des lieux fermés, tels les hôpitaux. Pour manger un peu, les malades ne pouvaient compter que sur les visites de leur famille ; mais beaucoup n’en recevaient plus. 
Nourris de soupes très claires par des soignants n’ayant que ça à donner, des milliers de patients sont tout simplement morts de faim. Certes, il n’y a sans doute pas eu la volonté, comme chez les nazis, maîtres et alliés du régime, de supprimer les malades mentaux, mais il n’en demeure pas moins l’existence d’une « lâcheté collective ». Comme, faute de traitement, on ne pouvait pas soigner ces malades, on a donc préféré cacher et oublier cette tragédie. 
Enfin, quel regard portons-nous sur les « fous » d’aujourd’hui ? Dans une société où tout ce qui n’a pas une valeur marchande est voué à l’exclusion…
L’HECATOMBE DES FOUS
C’est le titre d’un documentaire où Elise Rouard essaie d’éclaircir cette zone ...

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