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dimanche 12 août 2018

Brice Lalonde " Pas besoin d'être Vert pour être un ministre écologiste "


11 août 2018

Brice Lalonde " Pas besoin d'être Vert pour être un ministre écologiste "

Ancien ministre, aujourd'hui conseiller spécial honoraire de l'ONU pour le développement durable, Brice Lalonde s'insurge contre les attaques visant Nicolas Hulot et encourage celui-ci à s'affranchir des " dogmes " du militantisme vert

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Pas un jour sans qu'on nous assomme avec le départ de Nicolas Hulot, son isolement, ses états d'âme, ses difficultés, ses prétendus reniements. Qui entretient ces fables ? Ses pseudo-amis de l'extrême gauche ou des Verts. N'aimant pas qu'un écologiste siège dans un gou-vernement qu'ils combattent, ils voudraient représenter l'écologie à sa place. " Ce gouvernement se moque de l'écologie, affirment-ils, et Hulot est un faire-valoir. " Bref, le ministre de la transition écologique et solidaire ne serait pas assez vert. Mais ceux qui ont mené l'écologie politique au désastre sont-ils les meilleurs juges ?
Que lui reprochent-ils ? Rien de bien argumenté, simplement un chapelet de sujets montés en épingle pour la -démonstration. Par exemple, il n'a pas fait disparaître le glyphosate. Tout de même, obtenir que l'Europe s'en -débarrasse en cinq ans, c'est un bon -résultat : il fallait convaincre vingt-huit ministres de l'agriculture ! Mais les autres herbicides sont peut-être pires. En fin de compte, le glyphosate ne doit pas nous faire oublier que quelque 150 000 produits chimiques sont vendus en Europe, dont certains bien plus préoccupants. Nombre de leurs résidus sont présents dans les sols, l'eau, les tissus des êtres vivants. Cette réalité pourrait même motiver, à mon sens, une initiative d'ampleur, une sorte de GIEC - Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat - sur la pollution chimique de l'environnement.
Allons plus loin. Est-ce qu'une formation politique française, ou étrangère, a conçu un programme de transition écologique auquel se référer pour -évaluer l'action de Hulot ? En vérité, personne ne sait comment faire, ni par où commencer ni même comment imaginer la société écologique au bout de la transition. Ce n'était pas dans le programme d'Emmanuel Macron, ce n'est pas dans le calendrier de travail du gouvernement. A-t-on débattu de la croissance pendant la présidentielle, et de ses différentes variantes ? A-t-on trouvé le Graal du développement soutenable ou du progrès sans croissance ? Peut-on bâtir l'écologie dans un seul pays ? Il faudrait que Nicolas Hulot soit un véritable titan pour régler tout cela d'un coup de baguette magique.
Priorité à la chasse au CO2S'en tenir fermement à leur trajectoire vers les horizons de l'économie cir-culaire, d'un climat préservé et d'espaces naturels intacts, ce sont déjà de grandes tâches auxquelles s'appliquent sans désemparer notre ministre et ses secrétaires d'Etat. Ces tâches ne peuvent pas être accomplies en une nuit. Elles pourraient par ailleurs être entravées si, parallèlement, des décisions sont prises par d'autres au détriment d'acquis antérieurs des politiques de l'environnement. A cet égard, le pillage actuel des agences de l'eau au profit du budget général de l'Etat, au moment où le dérèglement climatique impose de prévenir la violence des inondations, est un signal inquiétant. Mais nul n'en parle !
Dans la lutte contre le changement climatique, dont le président Macron s'est fait le héraut, le succès réclame de diminuer les émissions de gaz à effet de serre. Or, celles de la France augmentent. Parce que la politique de l'énergie reste mal conduite, pénalisant l'électricité au lieu de cibler les combustibles fossiles. La priorité doit être la chasse au CO2 et autres gaz à effet de serre. Le changement climatique est si destructeur que tous les gouvernements seront jugés sur la réussite de leurs efforts de décarbonation.
Or, décarboner, c'est se défaire des combustibles fossiles, non seriner le credo antinucléaire. On ne peut pas courir tous les lièvres à la fois. Le problème climatique en France est le pétrole, non l'atome. Les centrales nucléaires produisent de l'électricité en émettant très peu de CO2. Donc, pour l'heure, le nucléaire est utile dans la guerre contre le changement climatique, en dépit de ses défauts bien réels. Les défenseurs du climat devraient songer à corriger ceux-ci plutôt que d'alimenter le dénigrement ambiant contre le nucléaire.
Beaucoup sautent comme des cabris en réclamant des énergies renouvelables comme si elles étaient la panacée. En réalité, il faut développer celles qui produisent de la chaleur : solaire thermique, géothermie, pompes à chaleur, récupération de la " chaleur fatale " - dissipée lors des processus de production - . Celles-ci se substituent directement aux hydrocarbures. Le besoin est moins urgent aujourd'hui des renouvelables électriques, particulièrement des éoliennes terrestres qui contribuent à l'artificialisation des sols, puisque l'électricité est déjà décarbonée en France. Pourtant, ce sont presque toujours les électriques qui sont citées quand on parle des renouvelables.
L'exemple de l'Allemagne doit nous alerter. Elle a vaillamment développé les renouvelables électriques, mais quand il n'y a ni vent ni soleil, elle produit son électricité avec les pires polluants, charbon et lignite. Résultat : elle émet près de deux fois plus de CO2 par habitant que la France. Dans l'état actuel de la transition, en l'absence de stockage d'électricité, il faut conserver les moyens de production classiques quand les renouvelables ne fournissent pas d'énergie. En France, ce sont les centrales nucléaires qui deviennent ainsi, avec l'énergie hydraulique, les supplétifs des renouvelables. Ceux qui font passer le développement des renouvelables avant la préservation du climat s'imaginent-ils qu'ils vont pouvoir truffer la France d'éoliennes géantes et les suppléer par des turbines à gaz ? Mais le gaz, il faut l'importer, et sa combustion émet du CO2. Si elle porte cette vision, l'apologie des renouvelables devient contre-productive.
La mission des écologistes est la sauvegarde des conditions de vie à la surface de la Terre que le changement climatique va profondément altérer. Ils doivent collectivement se montrer à la hauteur de cette mission et s'affranchir des dogmes que leurs aînés ont forgés dans les années 1970 – et dont j'ai fait partie. Nous avons la chance d'avoir un excellent ministre écologiste qui ne vient pas des courants les plus rigides de l'écologie politique. Au lieu de lui reprocher de n'être pas assez vert, il faut l'aider à ne pas l'être trop !
Brice Lalonde
© Le Monde

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