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mardi 31 juillet 2018

May Scaff Actrice et opposante syrienne


31 juillet 2018

May Scaff

Actrice et opposante syrienne

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L'actrice syrienne May Scaff, qui fut l'une des premières célébrités de son pays à se dresser contre le régime Assad, est morte, lundi 23  juillet, à Dourdan (Essonne), où elle résidait en exil, depuis 2015.
Sa disparition inattendue, à l'âge de 49 ans, de causes pour l'instant inconnues, a suscité une émotion très forte dans le monde arabe, qui l'avait acclamée dans plusieurs feuilletons à succès. Elle survient un an à peine après le décès prématuré d'une autre figure de la scène culturelle et de l'opposition syrienne : la comédienne Fadwa Souleimane, morte d'un cancer, en août  2017, à l'âge de 45 ans, dans un hôpital de la banlieue parisienne, où elle avait été contrainte, elle aussi, de s'installer.
Comme elle, May Scaff s'était jetée à corps perdu dans la révolution, qu'elle comparaît à une renaissance, lui ayant permis de se redécouvrir elle-même ainsi que son pays. Elle avait payé cet engagement de plusieurs arrestations, d'une mise au ban de sa profession, de menaces incessantes et d'un déracinement forcé, une punition terrible pour les âmes entières et passionnées comme elle.
" Aux funérailles de Fadwa, May avait pris la parole, se remémore le politologue libanais Ziad Majed, compagnon de route du soulèvement anti-Assad, qui vit à Paris.Toutes les deux étaient des femmes libres, militantes, que le chagrin de l'exil a consumées. "" Leur mort loin de leur patrie, seules, est une métaphore de la mort de la révolution syrienne, que le monde entier a abandonnée ", renchérit l'écrivaine Samar Yazbek, membre de cette troupe d'opposants, exilés sur les bords de Seine.
Convictions tranchéesMay Scaff naît en  1969, à Damas, dans un foyer mixte chrétien-musulman. Repérée sur des scènes de théâtre amateur, elle apparaît d'abord dans des adaptations télévisées de romans d'Agatha Christie. Puis elle obtient les premiers rôles dans plusieurs séries en costumes, comme Al-Ababid (1996), un drame antique, et Khan Al-Harir (1998), qui se déroule durant l'union syro-égyptienne (1958-1961), à l'apogée du nassérisme. Ces grosses productions historiques, qui inondent les télévisions arabes en période de ramadan, valent à May Scaff une grande renommée.
Son ascension s'interrompt en mars  2011, quand elle emboîte le pas aux Syriens qui descendent réclamer des réformes dans la rue. Dans le milieu de la télévision, souvent frileux, la star des moussalssalat (feuilletons) se distingue par ses convictions tranchées, proliberté et anticonfessionalisme. En mai, elle signe le " communiqué du lait ", endossé par d'autres figures de l'intelligentsia syrienne. Au motif de s'inquiéter de la santé des enfants de Deraa, le texte appelle à la levée du siège de cette ville, berceau de la contestation.
En juillet, elle participe à la " manifestation des intellectuels ", dans le quartier de Midan, à Damas, que les sbires du régime dispersent à coups de matraque. Sa témérité lui vaut d'être embarquée une première fois dans les cars des moukhabarat (services de sécurité), qui, compte tenu de sa notoriété, la relâchent rapidement. La seconde arrestation, en mai  2013, est également brève, mais elle est assortie d'une mise en garde explicite : la prochaine fois, ses geôliers ne lui accorderont aucun traitement de faveur.
Inquiète pour elle et pour son fils, qu'elle élève seul, meurtrie par la transformation de la révolte populaire et pacifique des débuts en une guerre civile, à connotations sectaires, May Scaff quitte la Syrie à l'été 2013. Elle se réfugie d'abord en Jordanie, puis gagne la France. Une nouvelle vie commence, à laquelle elle ne se fera jamais. En plus de la nostalgie du pays et de la culpabilité d'avoir abandonné ses camarades de lutte, elle doit composer avec de maigres ressources et un cruel sentiment d'isolement.
Lorsqu'elle quitte son domicile de Dourdan (Essonne), pour participer à des manifestations pour la Syrie, dans Paris, son état de tristesse frappe ses compatriotes. En octobre  2016, lors d'une conférence à l'Institut du monde arabe, elle s'effondre en sanglots à la tribune. Avant de s'éteindre, elle avait confié sur Facebook, le réceptacle de ses humeurs, un ultime message en forme de testament : " Je ne perdrai pas espoir, je ne perdrai pas espoir. C'est la magnifique Syrie, ce n'est pas la Syrie d'Al-Assad. "
Benjamin Barthe
© Le Monde

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